« Sous couvert de féminisme, Némésis ne scande que des slogans xénophobes »

La photojournaliste Anna Margueritat examine le rôle des médias et de la gauche face à l’instrumentalisation du féminisme par l’extrême droite, alors que le collectif nationaliste Némésis pourrait être présent lors de la manifestation du 22 novembre.

Hugo Boursier  • 21 novembre 2025 abonné·es
« Sous couvert de féminisme, Némésis ne scande que des slogans xénophobes »
Manifestation à Paris, le 8 mars 2025.
© Serge D'Ignazio

« Militante proche des terroristes ACAB (1), avec ses yeux injectés de haine et de perversité. » C’est ainsi qu’a été décrite la photojournaliste Anna Margueritat par le communicant et rédacteur en chef du média d’extrême droite, Frontières, Jordan Florentin. Signe que son travail – qui va de la couverture de manifestations à celle de procès médiatiques, comme celui de l’affaire Lola, ou celui des violeurs de Mazan, dont elle a tiré un livre, Pour que la honte change de camp (La Meute, 2025) – dérange les fascistes et ses représentantes fémonationalistes, comme Némésis.

Ce collectif, qui instrumentalise la lutte pour les droits des femmes à des fins racistes a, une nouvelle fois, annoncé sa présence lors de la manifestation féministe du 22 novembre. Anna Margueritat revient sur cette présence et alerte sur la relative passivité des médias et de la gauche.

Le collectif Némésis a prévu d’être présent lors de la manifestation du 22 novembre. Depuis plusieurs années, il essaie de s’infiltrer dans des manifestations féministes. Comment interprétez-vous cette présence devenue récurrente ?

Anna Margueritat : Cela s’inscrit dans une tentative de banaliser cette présence, de la rendre habituelle, coutumière. Cela va de pair avec un gouvernement qui, de plus en plus, est complaisant avec le fémonationalisme. Bruno Retailleau a félicité publiquement les actions de Némésis au travers d’Alice Cordier, sa porte-parole. Le message envoyé est très fort et légitime le fémonationalisme comme un courant républicain. Les militantes de Némésis se considèrent comme dissidentes, lanceuses d’alerte. Elles pensent représenter un mouvement à contre-courant de ce qu’elles appellent le « féminisme mainstream ».

Ce qu’elles attendent en allant en manifestations, c’est la confrontation. Elles multiplient les communiqués sur les interactions qu’elles ont avec d’autres manifestantes, et se nourrissent de ces confrontations et se dépeignent comme les perpétuelles cibles de l’extrême gauche. Ce pseudo-statut de victime leur permet de se figurer comme essentielles. Comme des martyrs.

Ils utilisent à leur avantage toutes les réactions qui s’opposent à leur idéologie.

Le 8 mars, les manifestantes ont réussi à sortir Némésis de la marche. Pourquoi cette action a-t-elle été vécue comme une victoire politique ?

C’est une question que je me pose tous les jours, et je n’ai pas la réponse idéale. Quand j’ai été confronté à Jordan Florentin lors de la manifestation fasciste qui a eu lieu pendant le procès de l’affaire Lola : il est venu me filmer, il m’a intimidé pour me pousser à répondre. Si on ne réagit pas, le narratif décrit une gauche qui n’a rien à dire. Si on part, on cible notre lâcheté. On leur répond, on est diabolisé et on devient des monstres. Ils utilisent à leur avantage toutes les réactions qui s’opposent à leur idéologie. C’est très compliqué, parce que l’indifférence peut être vue comme une forme de banalisation. Et en même temps, c’est aussi une manière d’éviter de leur fournir des images qu’ils peuvent utiliser pour leur communication. L’extrême droite veut nous empêcher de travailler.

Parmi le panel de réponses à avoir face aux fémonationalistes, il y a aussi le terrain judiciaire, même si l’institution, on le sait, est dysfonctionnelle. Vous avez écrit au procureur pour porter plainte contre le rédacteur en chef de Frontières et communicant, Jordan Florentin. Que s’est-il passé ?

C’est un outil, mais je n’en ferai pas la promotion parce qu’effectivement, le rapport que l’on entretient avec l’institution judiciaire est très propre aux positions de chacun·e. Le 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, j’avais fait le choix de suivre Némésis toute la journée. Ses militantes étaient accompagnées de tous les médias d’extrême droite : Valeurs actuelles,

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