Quand la fac rackette les étudiant·es étranger·es

Doctorante à Paris-I, Inès Odette Ternons dénonce la hausse massive des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·ères, qu’elle juge discriminatoire. Avec plus d’une centaine d’enseignant·es, elle participe à un mouvement de rétention de notes pour faire pression sur la présidence de l’université.

• 22 mars 2026
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Quand la fac rackette les étudiant·es étranger·es
Sorbonne Université, Rue de l'École de Médecine, Paris, France
© Guillaume Didelet / Unsplash

« Bienvenue en France. » On appréciera l’ironie du nom du plan lancé en 2019 par celui qui était alors premier ministre, Édouard Philippe, qui autorisait les universités à drastiquement augmenter les frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·ères extracommunautaires. À l’époque, j’étais étudiante à Paris-I. J’étais contente de voir que ma fac refusait d’appliquer ce décret. Elle décidait alors d’exonérer les étudiant·es concerné·es de ces frais supplémentaires. Son honneur, sans doute.

Maintenant, je suis doctorante et j’enseigne à Paris-I. Cette année, pour le budget 2026, le CA de l’université a voté une explosion des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·ères. Ils sont multipliés par 16 : 2 895 euros pour une année de licence, 3 941 euros pour une année de master.

En voyant cette mesure, je ne peux qu’y reconnaître un projet discriminatoire et xénophobe. Le budget prévu pour 2026 est un budget raciste, puisqu’il n’épargne que les étudiant·es européen·nes. Pour l’université, un déshonneur, assurément.

Pourquoi cette mesure ? La présidence tire le signal d’alarme sur le déficit de l’université. Elle cherche des recettes supplémentaires : on a besoin de 7 millions d’euros. À Paris-I, on s’attaque toujours aux plus précaires : les vacataires ne sont jamais payé·es à temps ou font simplement du travail gratuit – à moins d’attaquer la fac au tribunal –, on fait payer leur inscription aux doctorant·es et vacataires, qui assurent pourtant l’essentiel des enseignements, on paie les Ater [attachés temporaires d’enseignement et de recherche] moins que le Smic, les salaires des catégories C et B stagnent au Smic, sans revalorisation de prime (si tant est qu’ils et elles y aient droit)… Et maintenant, on fait payer les étudiant·es étranger·ères.

On a besoin de cet argent, dit la présidence. Sans ça, le rectorat nous mettrait sous tutelle. Et la présidence a peur du rectorat. Il disait quoi, déjà, Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite ? Ah oui, il dénonçait la « peur de mécontenter un puissant d’aujourd’hui ou de demain ». L’équipe présidentielle est élue par les membres de la fac, elle est censée défendre les intérêts de l’université. Un comble, donc, que cette mesure raciste pour une présidence qui se réclame du grand Marc Bloch et qui ne manque pas une occasion de le rappeler (panthéonisation, restitution des livres spoliés, colloques).

Le 17 mars, Christine Neau-Leduc (notre présidente) concluait une journée d’étude consacrée à l’historien et résistant. À méditer. La mesure xénophobe de Paris-I s’inscrit dans un contexte politique déjà très hostile aux étranger·ères, qu’ils et elles soient étudiant·es ou non : suppression discriminatoire de l’APL, difficultés croissantes à obtenir visas et permis de séjour, augmentation du prix du timbre fiscal. Paris-I n’est pas la seule à racketter les étranger·ères…

Je suis inquiète. Inquiète et en colère. Et je ne suis pas la seule : depuis le 16 décembre, nous sommes plus d’une centaine d’enseignant·es de Paris-I, doctorant·es, vacataires, Ater et titulaires, issu·es de différents départements, à pratiquer une rétention des notes.

Que produit une fac ? Des diplômes. Comment bloquer le processus de production ? En retenant les notes des très nombreuses copies que nous avons dûment corrigées.

C’est ainsi que, soutenu·es par nos collègues non enseignant·es, nous faisons pression sur une équipe présidentielle sourde à nos revendications. La présidence ne se contente pas de nous ignorer, elle nous menace de sanctions disciplinaires et exerce une pression sur les responsables administratif·ves pour qu’ils et elles fassent remonter le nom des rétentionnaires.

Le mouvement de rétention des notes a permis d’obtenir une première concession. Les étudiant·es étranger·ères déjà inscrit·es dans un cycle pourront poursuivre leurs études… jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Et après ? Combien vont devoir arrêter leurs études après la licence ? Combien ne pourront tout simplement pas les commencer ? Combien ne pourront pas renouveler leur titre de séjour et se retrouveront en situation irrégulière faute de pouvoir payer leur année universitaire ?

La présidence nous somme de ne pas ternir la prestigieuse image de Paris-I. Tant pis pour sa belle image : si la politique menée par ma fac est xénophobe, je me fais un devoir de le dire et, avec les collègues mobilisé·es, nous continuerons de la combattre.

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