La fin de « 60 Millions de consommateurs » est un choix politique

Le gouvernement Macron préfère se débarrasser d’un média qui n’a jamais cessé de remplir sa mission d’intérêt public, plutôt que de s’attaquer à d’autres sources de revenus pour équilibrer les finances 2026.

Pauline Bock  • 7 avril 2026
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La fin de « 60 Millions de consommateurs » est un choix politique
© Maxime Sirvins

L’article le plus lu, ces jours-ci, sur le site de 60 Millions de consommateurs ? « Cadmium : les Français 3 à 4 fois plus exposés, comment être moins imprégnés. » Le cadmium, c’est ce métal lourd et cancérogène qu’on retrouve dans le blé, le pain, les pâtes et tous les produits à base de céréales cultivées dans les terres agricoles contaminées aux engrais phosphatés. Dans son article très clair, le magazine de l’Institut national de la consommation explique ce qu’est ce métal lourd et comment l’éviter au maximum dans l’alimentation quotidienne (consommer davantage de légumineuses, principalement).

Un article d’utilité publique, comme 60 Millions en publie par centaines chaque année.

Un article d’utilité publique, donc, comme 60 Millions en publie par centaines chaque année. Comparatifs des meilleurs contrats de gaz et d’électricité, de matelas reconditionnés ou encore de sauces tomate industrielles : 60 Millions est un guide précieux pour toute personne désireuse de se renseigner sur la qualité de la nourriture, des services et des produits de consommation quotidiens en France. C’est ce journal qui, alerté par une lectrice, a le premier enquêté en 2025 sur ce qui est devenu le scandale des poupées sexuelles Shein d’apparence enfantine.

Sur le même sujet : Poupées sexuelles Shein : les médias préfèrent parler économie plutôt que pédocriminalité 

C’est dans cet esprit d’intérêt public qu’est né, en 1966, l’Institut national de la consommation (INC), qui publie 60 Millions. Un esprit enterré soixante ans plus tard par l’État français, qui a choisi, parmi ses premières mesures d’économies de sa loi de finances 2026, de mettre fin à l’INC et de mettre en vente son magazine. Le site et le magazine de 60 Millions de consommateurs, mais aussi l’émission de télévision Consomag, sont donc menacés de disparition. Le texte de l’article de loi « ne dit rien de l’avenir des 60 salarié·es », s’inquiète la CFDT.

La fin du magazine et de l’INC laissent “le champ libre aux lobbys, aux publicités mensongères, aux intérêts privés”.

« Détruire un contre-pouvoir, c’est fragiliser la démocratie »

Dans une tribune publiée dans Le Monde en décembre dernier, un collectif de personnalités politiques, syndicales et associatives (dont le créateur du Nutri-Score Serge Hercberg, la directrice d’Oxfam France Cécile Duflot et la journaliste d’investigation Élise Lucet) dénonçait ce démantèlement annoncé, « inutile et dangereux », de l’INC et de son journal. Ils rappelaient « l’asphyxie financière » progressive du journal – dont les subventions ont diminué de 6,3 millions à 2,7 millions d’euros entre 2012 et 2020 – et alertaient sur le fait que « détruire un contre-pouvoir, c’est fragiliser la démocratie ». La fin de l’INC et de son journal, soulignaient-ils, signifie « laisser le champ libre aux lobbys, aux publicités mensongères, aux intérêts privés ».

Sur le même sujet : Dossier : Eau contaminée au CVM : un scandale d’État

Alors que les scandales alimentaires se multiplient, du cadmium aux eaux contaminées aux polluants éternels en passant par la bactérie E.coli et les salmonelles dans les pizzas et les chocolats Kinder, ou encore l’hexane – un solvant neurotoxique – retrouvé dans la moitié des aliments du quotidien, selon une étude de Greenpeace l’an dernier, on pourrait penser que l’Institut national de la consommation et son magazine sont plus précieux que jamais.

Mais le gouvernement Macron, qui ne cesse de faire des économies sur le dos des plus défavorisé·es, préfère se débarrasser d’un média qui n’a jamais cessé de remplir sa mission d’intérêt public, plutôt que de s’attaquer à d’autres sources de revenus pour équilibrer les finances 2026. Comme, au hasard, rétablir l’ISF ou faire davantage payer les milliardaires, dont certains possèdent des chaînes d’opinion qui sont tout, mais alors vraiment tout, sauf d’intérêt public.

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