Syndicats sous pression

De la mise en examen de Sophie Binet après ses prises de position sur les Pfas aux attaques des municipalités du RN contre les syndicats, une même logique est à l’œuvre : affaiblir la démocratie sociale.

Pierre Jacquemain  • 25 mai 2026
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Syndicats sous pression
Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT), lors du congrès « Made in France » de la CGT à Pont-de-Claix, le 26 mars 2026.
© Alex MARTIN / AFP

La mise en examen de Sophie Binet après une plainte déposée par Tefal n’est pas un simple épisode judiciaire. Elle révèle une évolution politique profonde : la criminalisation croissante de l’action syndicale dans la France d’Emmanuel Macron. Que reproche-t-on à la dirigeante de la CGT ? D’avoir dénoncé une « répression patronale violente » contre une salariée ayant alerté sur la présence de Pfas dans la production industrielle. C’est précisément ce rôle de contre-pouvoir que le macronisme a cherché à affaiblir depuis 2017.

Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants.

Les deux quinquennats qui s’achèvent resteront ceux des gardes à vue de militants, des réquisitions contre les grévistes, des poursuites disciplinaires et des violences policières contre les mouvements sociaux. Des raffineries aux universités, le pouvoir a répondu à la contestation sociale par une logique de maintien de l’ordre. L’affaire des Pfas marque une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher des revendications salariales : il s’agit de faire taire celles et ceux qui alertent sur les conséquences sanitaires et environnementales de certains modèles de production.

Responsabilité historique

Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants. Or, face à la catastrophe écologique, les syndicats sont indispensables. Qui, sinon eux, peut articuler défense de l’emploi, santé publique et transformation écologique de l’industrie ? Qui peut empêcher que la transition écologique soit menée contre les travailleurs plutôt qu’avec eux ? Cette offensive ne vient d’ailleurs pas seulement du pouvoir central.

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Les municipalités dirigées par le RN expérimentent déjà localement une politique de répression sociale. À Saint-Avold, la fête de la CGT a été interdite. À Carcassonne, leurs locaux ont été retirés à des syndicats. À Hénin-Beaumont, le maire RN, Steeve Briois, a exclu deux syndicalistes de la fonction publique municipale. Partout, la même logique : affaiblir les organisations capables de structurer des solidarités populaires et des résistances collectives.

Le mouvement syndical ne pourra plus se contenter d’être un simple acteur de négociation sociale.

Le plus inquiétant est peut-être la convergence croissante entre macronisme et extrême droite dans leur rapport aux contre-pouvoirs. L’un parle de modernisation, l’autre d’ordre identitaire ; mais tous deux considèrent les conflits sociaux comme des obstacles à neutraliser. Quand des syndicalistes sont poursuivis pour avoir dénoncé des pollutions industrielles, quand des municipalités censurent des organisations ouvrières, ce n’est pas seulement le droit syndical qui recule : c’est la démocratie sociale elle-même qui est menacée. Car une démocratie sans syndicats puissants est une démocratie amputée.

Sur le même sujet : « Le syndicalisme doit se doter d’une vraie stratégie politique »

À l’heure où s’ouvrent les congrès syndicaux, une responsabilité historique se dessine. Face à la montée des logiques autoritaires et à l’offensive conjointe du néolibéralisme et de l’extrême droite à l’endroit des contre-pouvoirs, le mouvement syndical ne pourra plus se contenter d’être un simple acteur de négociation sociale. Il lui faudra sans doute assumer pleinement un rôle démocratique : fédérer les résistances, faire converger les luttes sociales et écologiques, et redonner une perspective politique au monde du travail.

À l’horizon de l’élection présidentielle, l’urgence impose de dépasser les cloisonnements traditionnels et les réflexes d’appareil. Car il ne s’agit plus seulement de défendre des acquis sociaux, ni même de proposer de nouvelles conquêtes, mais de préserver les conditions mêmes d’une société démocratique.

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