Les médias de milliardaires outrés de la « chasse aux riches » proposée par LFI

Les médias de Bolloré, et d’autres détenus par des milliardaires, sont vent debout contre l’idée de LFI d’interdire les grosses fortunes. Leurs journalistes, bien que non concernés, ont même fait preuve d’un zèle à toute épreuve.

Pauline Bock  • 31 août 2026
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Les médias de milliardaires outrés de la « chasse aux riches » proposée par LFI
© Montage : Maxime Sirvins

Message de prévention : si vous possédez une fortune de plus de 12 millions d’euros, la lecture de cet édito pourrait heurter votre sensibilité d’ultrariche. Pour tous les autres, pas de souci : vous pouvez travailler toute votre vie, vous ne serez jamais concernés. Oui, même si vous travaillez très très dur, comme par exemple les petits journalistes de CNews, qui charbonnent tout l’été en plateaux pendant que Pascal Praud et consorts se dorent la pilule sur la plage. Jacques Serais, visage remplaçant inconnu au bataillon, s’est ainsi lancé le 26 août dans une tirade outragée contre la proposition de mesure économique formulée par la députée LFI Manon Aubry : limiter les grosses fortunes.

Les riches ont décidé de faire sécession et ne participent plus à la solidarité nationale.

M. Panot

Durant l’université d’été de LFI à Valence, le 21 août, la députée a appelé à « ne pas seulement taxer les riches », mais à « interdire les milliardaires » : « D’un point de vue purement économique, je veux vous convaincre, aussi, d’à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles », a déclaré Manon Aubry. « S’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui détient les médias, il n’y a plus personne qui massacre la planète. »

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Le chiffre de 12 millions provient, lui, de Mathilde Panot, qui a réagi le 25 août en ajoutant que « les riches ont décidé de faire sécession » et « ne participent plus à la solidarité nationale », en citant les 13 000 millionnaires qui « ne payent pas un seul euro d’impôt sur le revenu » et les « super-héritiers » qui tirent leur fortune d’héritages. Sur l’héritage, a-t-elle déclaré, « à partir de 12 millions d’euros, nous prendrons tout ».

Sur CNews, Jacques Serais a donc défendu ces pauvres milliardaires à qui l’on « prendrait tout » si LFI était au pouvoir : « C’est une confiscation ! » s’est-il exclamé. « Appauvrir un milliardaire n’enrichit personne. Interdire les milliardaires, cela ne veut économiquement rien dire. » Bien sûr, Jacques Serais n’est pas concerné lui-même par une telle mesure. Un journaliste de CNews, surtout un remplaçant du mois d’août, est très probablement payé au lance-pierre, comme toutes les petites mains de sa profession en rapide précarisation.

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En réalité, même Pascal Praud n’est – a priori – pas concerné. Mais il était de retour dans « L’Heure des Pros » du lendemain, le 27 août, pour s’indigner lui aussi : « Prenons l’exemple du Parisien, qui perd 75 millions d’euros par an : c’est LVMH, Bernard Arnault. Mais sans Bernard Arnault, il n’y a plus de Parisien, ils mettent la clé sous la porte ! » C’est oublier que le Parisien est le titre de presse qui reçoit le plus d’aides publiques (16 millions d’euros en 2024). Surtout, si l’on poursuit cette logique, cela veut dire : plus de Vincent Bolloré, et donc plus de médias Bolloré, dont certains sont déjà bien déficitaires : Le Journal du dimanche, notamment, a perdu 15 millions d’euros l’an dernier. 

« L’objectif, c’est la purge ! »

Praud défend son patron, bien sûr, tout comme ses collègues sur la chaîne du milliardaire concurrent, Rodolphe Saadé. Sur BFM et RMC aussi, la proposition de limiter les héritages devient une « chasse aux riches » : « Ce n’est pas parce que vous dites “mettez au feu la dette et zigouillez les milliardaires” que vous construisez une vraie politique économique ! » (Laure Closier, journaliste économie BFMTV) ; « Est-ce qu’on prend toutes les entreprises à chaque changement de génération ?! » (Raphaël Grably, grand reporter BFMTV, pour qui cette mesure fait « penser à Georges Marchais ») ; « L’objectif, c’est la purge ! (…) Quand on dit que les milliardaires sont des nuisibles, on déshumanise des personnes. Alors on peut, bien sûr, regretter la concentration des richesses, mais des nuisibles, ça veut dire que vraiment, ils n’ont pas le droit à la dignité ! » (Joëlle Dago-Serry, chroniqueuse des Grandes Gueules). À la niche !

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Heureusement, à Arrêts sur images, on pense aux ultrariches qu’une telle politique pourrait horrifier, et on a même la solution. Message à tous ceux ou celles qui possèdent plus de 12 millions d’euros (c’est-à-dire aucun des journalistes cités) : n’hésitez pas à faire don de vos millions superflus au(x) média(s) indépendant(s) de votre choix ! Vous éviterez ainsi la « chasse aux riches » lancée par LFI, et, en plus, c’est défiscalisé à 66 %. La redistribution des richesses au lieu de la course éternelle à l’accumulation ferait du bien à l’économie française (puisqu’on embaucherait plein de gens) et à votre karma ! Et si, au fond, c’était ça le message politique derrière une telle mesure ?

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