Une France à deux vitesses
La politique de l’offre macroniste, qui se solde par un chec, crée une situation explosive illustrée par la multiplication des mouvements sociaux, et lourde de menaces avec l’extrême droite aux portes du pouvoir.
dans l’hebdo N° 1936 Acheter ce numéro

© Guillaume Deleurence
Depuis 2017, Emmanuel Macron a imposé une « politique de l’offre » fondée sur la croyance que la prospérité de l’économie dépend de la capacité des entreprises à faire des profits et à être compétitives. Selon cette vision défendue par les économistes néolibéraux, pour « libérer » l’offre, il faut supprimer les freins réglementaires et fiscaux qui entravent les entreprises. Le président a ainsi inauguré son premier mandat, en 2017, en déréglementant le travail par des ordonnances qualifiées de « scélérates », qui ont réduit les droits des travailleurs et le pouvoir des syndicats, considérés comme des entraves à la libre entreprise.
Cette politique de l’offre s’est soldée par un échec total.
Le deuxième axe de cette politique a pris la forme de baisses spectaculaires des impôts en faveur des plus riches et des entreprises : suppression de l’ISF et de la taxe d’habitation, réduction de l’impôt sur les bénéfices. Cela a conduit à une perte cumulée de recettes fiscales de 300 milliards d’euros, qui est l’une des causes principales de la hausse de la dette publique.
Cette politique de l’offre s’est soldée par un échec total : depuis 2017, la réindustrialisation n’a pas eu lieu, la production industrielle a stagné, le solde commercial industriel est resté fortement déficitaire (autour de 60 milliards par an), l’emploi a connu une embellie temporaire grâce à des aides publiques massives au titre de l’apprentissage, dont la réduction en 2025 a conduit à une forte dégradation de l’emploi des jeunes. Les aides publiques aux entreprises, estimées par le Sénat à 210 milliards d’euros, ont été distribuées sans contreparties, et leur efficacité n’a fait l’objet d’aucune évaluation.
Montée spectaculaire des inégalités
Entre 2016 et 2022, le revenu des 0,1 % les plus aisés a bondi de 56 %.
Dans la réalité, le « choc d’offre » a eu pour contrepartie un « choc de répartition », avec une montée spectaculaire des inégalités en faveur des plus riches, alliés objectifs du président. D’après l’Insee, entre 2016 et 2022, le revenu des 0,1 % les plus aisés a bondi de 56 %, tandis que la grande majorité des professions recensées (222 sur 343) a subi une baisse du pouvoir d’achat et de salaire réel : ainsi, les enseignants du secondaire ont perdu 5 %. On a assisté à une inversion de la fable néolibérale selon laquelle les hausses de revenus des plus riches devaient « ruisseler » vers le bas, comme l’illustre le dernier livre d’Attac (1).
Le Partage des richesses, toute une histoire, Attac et VAP, Éditions de l’Atelier, 2026.
Le projet de budget Lecornu pour 2027 s’inscrit dans la poursuite de cette logique inégalitaire, avec les coups de rabot décidés en priorité sur les dépenses sociales touchant les familles les moins favorisées telles que le RSA, les APL, les allocations de rentrée et familiales. Dans le même temps, comme le dénonce le Conseil des prélèvements obligatoires, il n’y a pas de remise en cause des avantages fiscaux réservés aux plus aisés, tels les crédits d’impôts pour l’emploi de personnel domestique. Une France à deux vitesses s’est mise en place, créant une situation explosive illustrée par la multiplication des mouvements sociaux, et lourde de menaces avec l’extrême droite aux portes du pouvoir.
Chaque semaine, nous donnons la parole à des économistes hétérodoxes dont nous partageons les constats… et les combats. Parce que, croyez-le ou non, d’autres politiques économiques sont possibles.
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…

Faut-il brûler la dette ?

Reconstruire la puissance publique

Canicule, sécheresse : changer de modèle agricole








