En Outre-mer, révolte pionnière

Depuis le 17 octobre, les débats médiatiques tournent autour de la mobilisation nationale. Mais avant les lycées hexagonaux, ce sont ceux des Outre-mer qui se sont mobilisés, sans que la situation sur place ne soit documentée.

Rokhaya Diallo  • 19 octobre 2026
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En Outre-mer, révolte pionnière
© Guillaume Saligot / AFP

Faut-il que la crise éclate dans l’Hexagone pour que la souffrance des Outre-mer devienne visible ? » interroge le député EELV Steevy Gustave. En effet, si l’on s’accorde à attribuer au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil l’origine du mouvement lycéen, c’est à 8 000 kilomètres de la région parisienne que le premier blocus a eu lieu fin août.

J’ai moi-même commis cette erreur avant d’être interpellée par un commentaire sous une de mes vidéos, publiée sur Instagram. Son autrice m’informait ainsi du fait que le lycée polyvalent de la Cité du Nord, d’Acoua, à Mayotte, en était à sa troisième semaine de blocage – mené notamment par un collectif de mères, avec le soutien de personnels et de syndicats.

Ce lycée rural construit pour accueillir 900 élèves en compte désormais 2 300, Le Journal de Mayotte évoquant des classes qui atteignent jusqu’à 38 élèves dans des salles exiguës et mal ventilées. Outre le personnel manquant – les manifestant·es réclament deux infirmier·ères et neuf agent·es d’entretien –, les conditions de vie des étudiant·es sont indignes : coupures d’eau régulières, sanitaires inutilisables, fosse septique débordant lorsqu’il pleut et des problèmes de communication amplifiés par le cyclone Chido. Depuis, le lycée a rouvert à la suite de promesses d’amélioration mais la grogne avait déjà largement gagné les Outre-mer.

Sur le même sujet : À Mayotte, des lycéens à cran, un système scolaire à bout

Selon France-Guyane, dès le 7 septembre, une dizaine d’élèves du lycée Félix-Éboué, à Cayenne, ont bloqué l’entrée puis présenté au proviseur 17 revendications concernant les équipements, la chaleur et le manque de ventilation, l’hygiène des sanitaires et des fontaines à eau ou encore le prix et le fonctionnement de la cantine.

En Guadeloupe, Radio Caraïbes International rapporte 21 établissements scolaires perturbés, dont quatre fermés, les revendications portant sur la chaleur, l’absence de ventilation et la vétusté. 

Le 1er octobre à La Réunion, près de 400 élèves se rassemblent devant le lycée Roland-Garros au Tampon, dénonçant l’insalubrité, les classes surchargées et le manque de personnel. Dans Le Monde, Alexis Chaussalet, jeune maire du Tampon et ancien responsable local de l’Union nationale lycéenne, offre son soutien aux élèves, rappelant les effets dévastateurs de « la machine à broyer qu’est Parcoursup » et « les inégalités des chances pour un étudiant ultramarin ».

Les lycéens d’Outre-mer ont parlé les premiers, il serait injuste qu’ils soient servis les derniers.

Car si les effets discriminatoires de Parcoursup sont au cœur des revendications lycéennes, son impact est plus lourd encore sur les jeunes destinées ultramarines. Le rapport sénatorial de 2026 relatif aux inégalités systémiques frappant ces anciennes colonies, aujourd’hui départementalisées, montre combien la célèbre maxime d’Aimé Césaire qualifiant leurs habitant·es de« citoyens à part entière ou entièrement à part » est toujours tristement d’actualité.

Le rapport souligne notamment que parmi les étudiant·es ultramarin·es qui quittent leur territoire, la moitié ne dispose pas localement d’une formation équivalente. Faute d’options, et étant donné la distance avec l’Hexagone, les contraintes de logement, de transport et de mobilité pèsent donc plus lourdement que pour d’autres sur leurs chances de poursuivre des études. À cela s’ajoute le racisme qui frappe bien souvent les étudiant·es, qui constatent leur condition minoritaire une fois arrivé·es en Hexagone.

Comme le déplore Joseph Kahia, président de l’Association des communes et collectivités d’Outre-mer,« les lycéens d’Outre-mer ont parlé les premiers, il serait injuste qu’ils soient servis les derniers ». En imposant un couvre-feu aux mineurs en Guadeloupe plutôt qu’en répondant à leurs revendications, le gouvernement révèle la persistance d’une logique coloniale où la répression l’emporte sur la dignité et le droit à l’éducation.

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Parti pris

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