Info Politis : à Mulhouse, une jeune de 17 ans perd la vision d’un œil après un tir de grenade lacrymogène, l’IGPN saisie

Une adolescente, Maïssa, a été gravement blessée à l’œil au cours de tirs de lacrymogènes par les forces de l’ordre le 17 octobre à Mulhouse. Elle a reçu un projectile en plein visage, une grenade lacrymogène selon des témoins et ne retrouvera pas la vision de l’œil gauche. La justice a saisi la police des polices.

Céline Martelet  et  Pauline Migevant  • 18 octobre 2026
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Info Politis : à Mulhouse, une jeune de 17 ans perd la vision d’un œil après un tir de grenade lacrymogène, l’IGPN saisie
© DR

Cindy ne pensait pas recevoir, ce samedi 17 octobre, cet appel d’une copine de sa fille. « Elle m’a dit qu’elle s’était pris un tir dans l’œil et qu’elle était par terre avec plein de sang », relate-t-elle. Hier, sa fille, Maïssa, 17 ans, allait manger avec des copines dans un kebab du centre-ville de Mulhouse (Haut-Rhin), vers Porte jeune. En sortant, vers 16 h 30, alors qu’elles veulent récupérer des vélos, elles tombent sur la manifestation.

« C’était calme, il se passait rien, juste de la musique. Les gens étaient heureux, ils faisaient rien de mal », raconte Maëlys* , une de ses amies, toujours sous le choc le lendemain des faits. « On était tous au même endroit. Et j’ai vu la police qui, d’un coup, a lancé du gaz. Les gens se rapprochaient de nous, ça faisait encore plus un troupeau. On voulait traverser mais on pouvait pas. La police a encore jeté tout plein de gaz et l’un est tombé sur l’œil de ma copine », poursuit la jeune fille, la voix nouée.

*

Les prénoms suivis d’une astérisque ont été changés.

Contacté, un autre témoin direct de la scène raconte à Politis : « Les flics étaient à 50 ou 80 mètres. Je les ai vus tirer à tirs tendu, alors qu’ils n’ont pas le droit, ils sont censés tirer en l’air. J’ai vu la cartouche grise taper dans l’œil de la gamine et quand ça a touché le sol, la lacrymo est sortie. » Une autre amie, elle aussi présente, confirme : « Ce qu’elle a reçu, c’est les trucs de lacrymogène. Il y en avait partout par terre en ville. »

J’ai vu la cartouche grise taper dans l’œil de la gamine et quand ça a touché le sol, la lacrymo est sortie.

Témoin

Perte de la vision

Maëlys décrit une « scène horrible » et répète qu’elle ne comprend pas « pourquoi la police a été aussi violente ». Au moment des faits, elle n’a pas saisi immédiatement l’ampleur de la blessure. Puis elle a vu son « œil en sang ». Elle se souvient avoir appelé à l’aide. Très vite, Maïssa et ses amies se réfugient dans un coin. Sur une vidéo consultée par Politis, tournée à 16 h 55, on voit la blessée assise contre une grille, la main sur l’œil, une moitié du visage recouverte de sang. La victime ne bouge pas, sidérée par la violence. Maëlys aussi est en état de choc.

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« J’ai appelé le Samu mais je n’arrivais pas à parler à cause du gaz et de la panique. Je pleurais. Je ne pouvais pas expliquer la situation alors que je connais parfaitement la ville. » Un homme prend alors son téléphone pour indiquer la localisation exacte aux urgentistes. « On était dans un coin sans issue, poursuit la jeune fille. Des gens ont commencé à essayer de désinfecter un peu son œil. D’autres sont venus et ont filmé. Ça a recréé un regroupement de personnes et la police a encore envoyé du gaz dans notre petit cercle. » « Ils ont lancé des gaz lacrymogènes sur nous pendant qu’on essayait de la soigner », confirme une autre témoin, sous le choc également.

Dès le départ, la police était sur les dents. La tension est montée au fur et à mesure de l’après-midi.

F. Claudepierre

Pendant que les forces de l’ordre poursuivent leurs tirs de lacrymogènes dans les rues aux alentours, aidée par des manifestants, Maïssa est emmenée vers un camion de pompiers qui la conduit à l’hôpital. L’adolescente est immédiatement opérée. Selon les médecins, cités par sa mère, la jeune fille a une fracture au niveau de l’œil, l’arcade est touchée, la cornée fendue en deux.

« Ils ont essayé de refaire l’étanchéité de l’œil mais elle ne reverra plus de cet œil-là. Si la douleur n’est pas supportable par la suite, il faudra lui retirer. » Maïssa pleure. « Elle n’a plus la même perception de la vie », souffle sa mère. La jeune femme venait de faire sa rentrée en licence de langues étrangères appliquées. Elle ne comprend pas pourquoi elle a subi ça alors qu’elle « ne faisait rien de mal » confie encore sa maman.

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Il y avait beaucoup de monde hier dans les rues de Mulhouse. Florence Claudepierre, militante à la FCPE et habituée des manifestations n’avait jamais vu ça. « Il y avait énormément de militants de longue date, mais également des gens qui ne viennent pas ou peu en manif. Et dès le départ, la police était sur les dents. La tension est montée au fur et à mesure de l’après-midi », raconte-t-elle.

« Je ne laisserai pas ça impuni »

Interrogée par Politis, la préfecture de police de Mulhouse confirme la blessure grave d’une manifestante et renvoie vers les autorités judiciaires. Dans un communiqué de presse publié hier soir, cette préfecture évoquait des « débordements » dans le centre-ville vers 16 heures, ayant justifié le renfort de gendarmes du groupement du Haut-Rhin en plus de la police nationale et municipale. Six personnes ont été placées en garde à vue après cette mobilisation. Joint, le procureur de la république de Metz, Nicolas Heitz nous informe que l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) a été saisie et ajoute qu’il est impossible encore à ce stade de déterminer quel projectile a atteint le visage de Maïssa.

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« C’est pas normal qu’en France, aujourd’hui, on se fasse arracher les yeux en étant mineur. Je ne pense qu’à cette gamine depuis hier. Je me suis dit : “putain, une enfant, quoi”… » lâche le manifestant qui a aidé Maïssa. Contacté, Frédéric Marquet, le maire divers centre de Mulhouse, n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. Patricia Legouge, sociologue et élue d’opposition à la mairie de Mulhouse dénonce quant à elle un drame « insupportable ».

Le fait que la jeune femme blessée ne participait même pas à la manifestation prouve à quelle point notre police n’a pas de réponse adaptée.

P. Legouge

« Le fait que la jeune femme blessée ne participait même pas à la manifestation prouve à quelle point notre police n’a pas de réponse adaptée. Quand bien même, elle y avait participé, le fait de se mobiliser ne devrait pas être ainsi réprimé », poursuit-elle. Elle se dit « effarée de l’irresponsabilité des personnels politiques aux commandes qui répondent par la répression ». Il faudrait, selon elle, « se saisir de ces aspirations de la jeunesse pour oxygéner notre démocratie à bout de souffle ». De son côté, la famille de Maïssa, qui a lancé un appel à témoins, entend porter plainte. Sa mère, Cindy, l’affirme : « Je ne laisserai pas ça impuni. »

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