Manifestations du 17 octobre : « C’est la convergence des colères aujourd’hui »

Société

Selon les organisateurs des manifestations, 800 000 personnes ont battu le pavé ce 17 octobre partout en France, et 550 000 selon le ministère de l’Intérieur. À Paris, la mobilisation a pris les airs d’un nouvel acte des gilets jaunes, huit ans après le début du mouvement. Reportage.

Céline Martelet  • 17 octobre 2026
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Manifestations du 17 octobre : « C’est la convergence des colères aujourd’hui »
Manifestation à Paris, le 17 octobre 2026, dans le cadre d’un appel à la mobilisation nationale.
© Guillaume Saligot / AFP

Il est 17 h ce 17 octobre. Le hall de l’hôtel Korner de la place de la République a été transformé en centre d’accueil pour blessé·es. Deux soignant·es bénévoles, des street medics, les prennent en charge. Un jeune venu de Courneuve a le dos criblé de plaies. Des impacts de grenades de désencerclement, visiblement. Plus d’une dizaine au total. « C’est une grenade ou je sais pas quoi, elle a explosé juste à côté de moi. Avec un énorme boom, je n’entendais plus rien… Alors qu’on était en train de quitter la place pour rentrer chez nous » explique le blessé.

Son t-shirt a brûlé, une partie de son pantalon aussi. Il appelle sa mère : « Maman je te jure, tu vois mon dos. Ça pique de fou ! » Un de ses amis a aussi été atteint dans le dos. Une plus grosse entaille, qui va nécessiter plusieurs points de suture. Une dizaine de manifestant·es a été prise en charge. Les propriétaires de l’établissement ont demandé à leurs employé·es d’ouvrir les portes. L’un d’eux filtre les arrivées. « Seulement les blessés, s’il vous plaît. » Deux jeunes filles tentent de retrouver un peu de calme dans la salle des petits déjeuners. Un autre manifestant accueilli promet de mettre la meilleure note possible à cet hôtel, qui choisit d’accueillir plutôt que laisser les gens blessé·es dehors. 

Cela ne va pas s’arrêter là, c’est certain.

Un soignant bénévole reçoit un message sur son téléphone. « C’est partout. » Et il énumère la longue liste des quartiers de Paris où d’autres street medics prennent en charge des blessé·es : Madeleine, Concorde, Sébastopol… Le jeune homme remet son sac de premiers secours sur le dos et s’enfonce dans la fumée noire. Juste devant, sur le boulevard de Magenta, les affrontements se poursuivent entre forces de l’ordre et des groupes plus ou moins organisés. Des détonations retentissent toutes les minutes : celles des grenades assourdissantes et des poubelles qui explosent.

Des dizaines de magasins ont été pris pour cible depuis le début de l’après-midi. Des banques, des assurances, des bureaux de tabac, un vendeur de moto… Une épaisse fumée noire recouvre la place de la République. Un mélange d’odeur de brûlé et de gaz lacrymogène sature l’air depuis plusieurs heures. Des camions des pompiers de Paris passent sans cesse, applaudis par la foule. Des scènes qui rappellent celles du mouvement des gilets jaunes lorsque que, le 17 novembre 2018, des milliers de personnes avaient pris possession de « la plus belle avenue du monde ». 

Gilets jaunes… version 2026

Cette fois, c’est également la jeunesse française qui est dans la rue. Une jeunesse ultra présente aussi dans le cortège qui a rejoint la place de la Clichy dans l’après-midi. Mela a 19 ans, elle est venue d’Ermont dans le Val d’Oise avec son amie Amélie. Tout l’après-midi, elles ont hurlé des slogans demandant la démission d’Emmanuel Macron et contre les violences policières. « Cela ne va pas s’arrêter là, c’est certain », assure l’étudiante. Jean Pierre, retraité de l’Éducation nationale, en est certain aussi. « Ça fait 50 ans que je manifeste, je ne vois pas comment ce gouvernement peut encore tenir 7 mois ! » À côté de lui, une femme vêtue d’un gilet jaune lance une « Marseillaise » dont le refrain est repris en chœur par toute la foule. 

La seule manière de gagner c’est d’être tous ensemble. Il faut pas qu’il y ait d’un côté les cheminots, les infirmiers, les fonctionnaires…

François

Ce 17 octobre était un moment de rendez-vous des gilets jaunes. Leur retour dans la rue, huit ans après la naissance de leur mouvement. Dans les artères de Paris, l’heure est donc aux retrouvailles. Ils se saluent, prennent des nouvelles des uns et des autres. François est venu de Rouen pour rejoindre ce qu’il appelle une convergence des luttes. « On était tout seul depuis trop longtemps, enfin les gens se réveillent. À notre époque, on demandait déjà la démission d’Emmanuel Macron mais on n’était pas assez nombreux. On aurait peut-être gagné du temps si on avait agi en masse, lance l’avocat. La seule manière de gagner c’est d’être tous ensemble. Il faut pas qu’il y ait d’un côté les cheminots, les infirmiers, les fonctionnaires… ou je sais pas qui. En face, l’Élysée joue là dessus. » 

Place aux jeunes

À l’approche du boulevard Barbès, un métro passe sur la voie aérienne. Son conducteur fait retentir son klaxon pour soutenir le défilé. Une manœuvre normalement réservée aux situations dangereuses. Aussitôt, il est acclamé. Les rues sont noires de monde, impossible parfois d’avancer. Au balcon d’un immeuble haussmannien très chic, un très jeune garçon tend un bout de carton sur lequel il a écrit « Bravo ». Le cortège passe devant les lieux très touristiques de Paris. Ce qui donne lieu à des séquences ubuesques, comme lorsque des jeunes montrent leur pancarte « Taxer les riches » à des couples attablés dans l’un des restaurants les plus chers du secteur. 

Aux habitant·es qui les regardent depuis leurs fenêtres, ils lancent : « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! » Sans grand succès. Fadi est professeur d’histoire dans un lycée de Tourcoing, un gilet jaune de la première heure : « Il y a 8 ans, ce soulèvement populaire avait déjà eu lieu. Les jeunes autour de nous l’ont suivi à la télévision. C’est à leur tour maintenant et ils se sont approprié des références comme la prise de Bastille. Écoutez- les, ils chantent “La Marseillaise”. C’est la convergence des colères aujourd’hui. »

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