Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.

Kamélia Ouaïssa  • 14 octobre 2026
Partager :
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
1789-2026 : jeudi 8 octobre, à Paris, la jeunesse mobilisée a (re)pris la Bastille.
© Maxime Sirvins

« Je suis entièrement solidaire de leur mouvement social », affirme Almamy Kanouté, militant activiste depuis plus de vingt ans et membre fondateur de l’Assemblée des quartiers. Pour lui, le soutien aux lycéen·nes relève surtout d’une responsabilité collective. « En tant que responsable associatif, mais aussi en tant que père et citoyen, je me dois d’être le plus proche possible de notre jeunesse », explique-t-il. Sa camarade Céline, militante et cofondatrice de l’Assemblée des quartiers, se dit « admirative » et même « fière de ce que [les lycéen·nes] font ».

Pour Sophie Lapoix, directrice de l’Association des femmes du Franc-Moisin, si « ce n’est pas la première fois que les jeunes se mobilisent », l’ampleur de ce mouvement a quelque chose de singulier. « Ce qui m’a étonnée, c’est la capacité des jeunes à rassembler depuis les banlieues, puis à s’étendre à toutes les régions de France, jusqu’aux territoires d’outre-mer. » Elle se dit admirative, elle aussi, de cette nouvelle « voix commune ».

Sur le même sujet : Mobilisation des lycées : les quartiers populaires à l’avant-garde

Almamy Kanouté retient « la spontanéité des prises de parole », qu’il qualifie de « belles et brutes », ainsi que « des prises de position » des jeunes engagé·es depuis le départ des blocus. Il pointe deux différences notables avec les mobilisations d’antan : « On a affaire à une génération, la Gen Z, qui a compris qu’il fallait hausser le ton pour se faire entendre », mais qui a aussi sa manière bien à elle d’agir et de mobiliser « grâce à son usage des réseaux sociaux ». « Tout le monde s’en trouve dépassé, s’amuse le responsable associatif. Là où nous, adultes, perdons du temps sur certains points, eux en sont déjà à créer une fédération des lycées d’Île-de-France. C’est une véritable leçon en termes d’action politique. »

C’est une véritable leçon en termes d’action politique.

A. Kanouté

De son côté, Marie, membre de la Confédération paysanne, créée en 1984, souligne « la détermination des lycéens à continuer de se mobiliser malgré l’intense répression qu’ils subissent ». Cette mobilisation vient aussi bousculer les discours sur cette jeunesse. « On entendait beaucoup que les jeunes n’étaient pas politisés et ne s’engageaient pas. Là, c’est vraiment une inversion d’interprétation », observe-t-elle. Pour Céline, de l’Assemblée des quartiers, cette mobilisation est d’autant plus significative « que ça vient de banlieue, ça vient d’en bas ». Lors de sa première manifestation, il y a presque trente ans, alors qu’elle était lycéenne, elle avait le sentiment « que les mouvements partaient davantage de Paris, d’en haut ».

À Paris, place de la Bastille, le 8 octobre 2026. (Photo : Maxime Sirvins.)

Pour celles et ceux qui luttent depuis longtemps, ces nouvelles mobilisations impulsées par les lycéen·nes représentent un nouveau souffle. « Ils redonnent de l’espoir et de l’énergie », explique Sophie Lapoix. Constat partagé par Marie, pour qui « ces jeunes montrent qu’il faut continuer à se mobiliser malgré l’impression de ne pas réussir à obtenir de victoires dans les mouvements sociaux ». Le soutien s’impose alors comme une évidence.

Sur le même sujet : Mouvement lycéen : la joie comme étendard

La solidarité s’inscrit dans « un prolongement naturel de la lutte. Nous défendons l’émancipation des femmes, mais ça ne s’arrête pas aux portes de l’association, explique Sophie Lapoix. Ces femmes sont aussi des mères, des voisines, des travailleuses et, parmi elles, certaines s’inquiètent pour leur enfant, directement concerné par la répression policière. » 

Une lutte qui concerne tout le monde

Même les personnes qui ont des réserves sur les revendications ne peuvent pas rester indifférentes au fait qu’on canarde des jeunes.

S. Lapoix

Au-delà des revendications liées aux conditions de scolarité, Sophie Lapoix voit dans cette mobilisation l’expression de colères qui se rejoignent. « Les prémices de cette convergence des luttes initiée par les jeunes étaient présentes dès le début du mouvement, estime-t-elle, nourries par le sentiment que le pouvoir politique ne laisse plus de place au dialogue. » Selon elle, l’intensité de la répression policière marque un tournant : « Même les personnes qui ont des réserves sur les revendications ne peuvent pas rester indifférentes au fait qu’on canarde des jeunes. »

À Paris, le 8 octobre 2026. (Photo : Maxime Sirvins.)

À la Confédération paysanne, « des parents membres ont des enfants concernés par la mobilisation », rapporte Marie. Leur présence concrète auprès des plus jeunes « a pour but avant tout de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, que ce combat nous concerne aussi ». Elle raconte que « des militants se sont rendus sur les blocages pour apporter à manger aux manifestants et ont participé aux mobilisations en masse ». Elle rappelle leurs « inquiétudes autour des services publics et de la montée de l’extrême droite, notamment dans le milieu rural ».

Sur le même sujet : Cette jeunesse qui parle en son nom

Soutenir les lycéen·nes, c’est aussi, pour certain·es, transmettre des outils sans confisquer la parole. « Je reçois énormément de sollicitations de jeunes qui viennent nous poser des questions », raconte Almamy Kanouté. Céline estime que les aîné·es de lutte ont un rôle à jouer, « celui d’assurer une certaine forme de transmission pour éviter aux jeunes de perdre du temps à mener des actions sur lesquelles ils vont se retrouver confrontés à un mur », mais « sans jamais faire de cette transmission une leçon donnée », nuance Almamy Kanouté, qui insiste sur la nécessité de chacun·e de se préserver et de se sécuriser avant tout. Reste une exigence, selon lui : « Ne surtout pas laisser le combat des lycéens être détourné ! »

Tout Politis dans votre boîte email avec nos newsletters !
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »
Analyse • 14 octobre 2026 abonné·es

Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »

Depuis bientôt un mois, les lycéen·nes qui luttent pour leur avenir mènent un mouvement social de grande ampleur pour exiger notamment de meilleures conditions d’apprentissage. Dans leur sillage, et face à la répression qu’ils et elles subissent, des parents se mobilisent à leurs côtés. Certains sont organisés en collectif.
Par Pauline Migevant et Kamélia Ouaïssa
Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes
Violences • 13 octobre 2026

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes

Après plusieurs mutilations de lycéens, une pétition réclame l’interdiction de plusieurs armes et techniques policières lors des manifestations lycéennes. Une demande loin d’être récente malgré des avertissements répétés, jusqu’aux Nations unies.
Par Maxime Sirvins
OQTF : « Ma plus grande peur, c’était de savoir si j’allais sortir de ce commissariat »
Entretien • 13 octobre 2026 abonné·es

OQTF : « Ma plus grande peur, c’était de savoir si j’allais sortir de ce commissariat »

Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, Fatima a eu peur de porter plainte après une agression subie en octobre. Le rejet de l’article 62 de la « loi intégrale » contre les VSS, lequel visait à protéger les femmes étrangères, ravive ses craintes quant à son droit d’être protégée.
Par Kamélia Ouaïssa