Élections de mi-mandat : la panique de Donald Trump

À trois semaines du scrutin, le Président américain a trouvé le vrai responsable des désordres économiques mondiaux : Zelensky. Évidemment.

Denis Sieffert  • 13 octobre 2026
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Élections de mi-mandat : la panique de Donald Trump
Donald Trump, à l'issue d'un meeting électoral au Covelli Centre de Youngstown, dans l'Ohio, le 12 octobre 2026.
© Kent NISHIMURA / AFP

Non, Trump n’a pas changé d’avis sur l’Ukraine. Non, il n’a pas opéré un « tournant radical », comme on le lit et l’entend ici et là. Il ne fait que tomber du côté où il penchait depuis son retour au pouvoir, en janvier 2025. On a seulement assisté ces derniers jours à une soudaine accélération du soutien au dictateur russe. Si ses fondamentaux n’ont pas changé, la conjoncture l’a incité à mettre bas un masque qui ne trompait guère que les naïfs et les complices. En vérité, Trump est pris de panique. Les élections de mi-mandat sont dans trois semaines et les sondages sont toujours aussi calamiteux pour le camp républicain. Le prix du diesel est au plus haut et son propre électorat ne décolère pas. Il fallait agir sur les cours et, plus encore, trouver un responsable à ce désastre électoral annoncé.

Trump est l’allié naturel de Poutine.

C’était ou lui, qui a semé le chaos au Moyen-Orient, ou Poutine, qui poursuit sa guerre aussi meurtrière qu’économiquement coûteuse, ou Zelensky, victime expiatoire qui refuse de capituler. Trump a évidemment choisi de cibler le président ukrainien. Non seulement parce qu’il apparaît à ses yeux comme étant le plus faible, mais surtout parce qu’il représente tout ce que le président américain déteste : l’Europe, et l’aspiration à la démocratie. En cela, Trump est l’allié naturel de Poutine. Joignant l’utile à l’agréable, il a levé les sanctions à l’encontre de la Russie, libéré le bras du crime au moment où celui-ci est le plus meurtrier, et alimenté ses cuves de diesel en espérant donner quelques gages à l’électeur de Virginie et de l’Ohio.

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Il n’est pas sûr que ce triple pari soit gagnant. Il est peu probable que les quelque 410 millions de tonnes de carburant que Trump espère importer de Russie aient l’efficacité escomptée à la pompe du consommateur américain. Il n’est pas certain non plus que le coup de pied de l’âne asséné à l’Ukraine fasse fléchir Kyiv. Encore que d’autres dispositions militaires, comme le désarmement de l’Ukraine en termes de renseignement, sont tout à fait redoutables. Car le discours de Trump va jusqu’au bout de son adhésion à la propagande poutinienne. Pour parachever sa trahison, il en appelle à des élections dans une Ukraine en guerre. « Il est temps que Zelensky s’en aille », a-t-il péroré.

On en vient au fond de l’affaire, à la haine que Poutine et Trump vouent conjointement à l’Europe.

On entrevoit les conséquences d’un tel scrutin. Après des élections manipulées par Moscou, le pays hériterait d’un clone d’Alexandre Loukachenko, le dictateur biélorusse à la solde de Poutine. Retour à la situation de 2014 qui avait motivé les grandes manifestations de la place Maïdan d’un peuple qui voulait s’émanciper de la tutelle de Moscou. On en vient donc au fond de l’affaire, à la haine que Poutine et Trump vouent conjointement à l’Europe. C’est probablement la motivation profonde de la guerre lancée par la Russie en 2022. Comme toujours, Volodymyr Zelensky a fait mine de « positiver » en se prononçant pour une trêve de soixante jours afin d’organiser des élections. « Un seul jour », a répliqué cyniquement Poutine.

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Quant à Trump, il a proclamé « un cessez-le-feu énergétique ». La formule dit tout du président américain : poursuivons le massacre des civils, mais épargnons les raffineries ! Trump espère in extremis tromper les électeurs américains. Croiront-ils ce qu’on veut leur faire accroire, à savoir que la flambée des prix du pétrole et du diesel a pour responsable Zelensky, et non la guerre d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, et non les missiles houthis sur Ryad, qui tétanisent le président américain ? La réponse interviendra aux élections du midterm, le 3 novembre. Poutine a dit à sa façon ce qu’il pense de la « trêve énergétique » en ciblant des installations électriques à Kharkiv quelques heures après la déclaration de Trump. Zelensky, lui, promet de poursuivre ses attaques sur les raffineries russes.

Trump apprécie l’évolution de la société russe d’où est bannie toute démocratie.

On est donc plus loin que jamais d’une paix introuvable. Que serait-elle d’ailleurs ? En l’état actuel du refus russe, elle ne pourrait reposer que sur un abandon d’une partie du territoire ukrainien et un changement de régime à Kyiv aux conditions de Poutine. En achetant du gazole russe, Trump finance la guerre du dictateur russe et encourage son refus. Depuis le premier jour, et en dépit d’une rhétorique sinueuse, le président américain soutient Poutine. Il aime le dictateur. Il apprécie l’évolution de la société russe d’où est bannie toute démocratie. Il adhère à son conservatisme moyenâgeux. Il partage avec lui une détestation de l’Europe. Tout le reste n’est qu’illusions.

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