Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation

Seize personnes étrangères ont été enfermées au centre de rétention administrative de Vincennes après les dernières manifestations. Parmi elles, Stanislas*, 18 ans, étudiant de Paris 8, interpellé en marge de la mobilisation du 24 octobre. Ses avocats mandatés par la Legal Team Antiraciste dénoncent un « acharnement » qu’ils qualifient « d’illégal ».

Pauline Migevant  • 30 octobre 2026
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Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation
Le CRA de Vincennes.
© Pauline Migevant

Ils étaient environ 80, mercredi 28 octobre, à déambuler dans le bois de Vincennes, direction le centre de rétention administrative (CRA), où Stanislas*, un étudiant de 18 ans, se trouve depuis la veille. Rendez-vous avait d’abord été donné devant ce lieu où l’administration enferme les étrangers qu’elle souhaite expulser du territoire. Pour éviter la répression, la manifestation, non déclarée, est finalement partie de porte Dorée.

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Les prénoms suivis d’une astérisque ont été modifiés

« La répression des jeunes est insensée et énorme », souffle Lisa, la sœur du jeune homme. Interpellé en marge de la manifestation du 24 octobre, Stanislas a fait près de 48 heures de garde à vue et a été emmené au dépôt du tribunal de Paris pour être déféré devant le juge. « La comparution immédiate a sauté pour vice de procédure. Je devais être libéré mais on m’a envoyé en cellule et on m’a dit que je partais en CRA, alors que je ne suis pas poursuivi pour quoi que ce soit », témoigne Stanislas, contacté par Politis.

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« Nous, on n’a été avertis de rien », déplore Alexandra, sa mère, très marquée par son placement en rétention. Mardi, elle a attendu une heure et demie son fils devant le tribunal avec sa fille et l’avocat, avant que ce dernier, inquiet, n’entre dans le bâtiment et apprenne le transfert du jeune homme en CRA.« Les autorités étaient mécontentes du constat par le tribunal de l’irrégularité de la procédure et se sont vengées en utilisant le droit administratif », réagit Youri Krassoulia, un des avocats mandatés par la Legal Team Antiraciste.

Les autorités se sont vengées en utilisant le droit administratif.

Y. Krassoulia

Stanislas, de nationalité luxembourgeoise et d’origine congolaise, est arrivé en France à l’âge de 3 ans. « Il n’y a pas de logique, ça semble abusif », poursuit Alexandra, bouleversée. Avant la manifestation, elle s’est rendue au CRA pour voir son fils au parloir. « C’est choquant de le voir dans ce cadre. » Stanislas évoque la vétusté des locaux, l’hygiène « lamentable » des toilettes, les « matelas durs », les « moustiques » et « l’ennui » qui dicte les journées. « Il y a une télé qu’on regarde toute la journée, sinon on sort dans la cour. » Cette dernière est grillagée.

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« Un jeune homme noir, syndicaliste, qui participe aux mobilisations »

Derrière l’OQTF (obligation de quitter le territoire français) et l’ICTF (interdiction de circuler sur le territoire français) de 36 mois qui visent Stanislas, Louise Alwena Hubert, l’autre avocate mandatée par la Legal Team antiraciste, voit « un véritable acharnement » qu’elle qualifie « d’illégal ». Contactée, la préfecture de police n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Ses années de résidence sur le territoire lui ont ouvert, de plein droit, un droit au séjour permanent qui le protège contre une mesure d’OQTF », précise l’avocate. « On décrit Stanislas comme un étudiant luxembourgeois, ce qu’il est évidemment, mais c’est aussi un jeune homme noir, syndicaliste, qui participe aux mobilisations actuelles. Ces critères, en plus de la classe sociale, sont au cœur de la machine répressive », ajoute la Legal Team antiraciste.

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D’après les avocats, la préfecture invoque une « menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société » et le fait que Stanislas constituerait « une charge déraisonnable pour l’État français ». Des affirmations que Louise Alwena Hubert conteste. « Sur la prétendue menace, rien dans le dossier ne la caractérise. Quant à la “charge déraisonnable”, on reproche à ce jeune de ne pas avoir de revenus, comme tout étudiant de 18 ans, et de percevoir les aides auxquelles son statut lui donne droit. »

Dès que l’administration considère qu’il y a une menace à l’ordre public, le droit au séjour prend fin. 

M. Buffiere

Alexandra, la mère du jeune homme, ne pensait pas que les citoyens européens pouvaient être enfermés en CRA. De fait, cela arrive régulièrement. « Les ressortissants européens ont droit à la libre circulation en principe mais dès que l’administration considère qu’il y a une menace à l’ordre public, le droit au séjour prend fin », précise Mathilde Buffiere, responsable du service rétention du Groupe SOS Solidarités-Assfam, association qui détient le marché public d’assistance juridique au sein du CRA de Vincennes. D’après le ministère de l’Intérieur, en 2025, 2 485 citoyens européens ont subi un « éloignement forcé ».

« À bas les CRA, les flics et les fachos »

Assis sur un banc, un retraité qui profite du soleil lève la tête au passage du cortège. Quatre jeunes brandissent une banderole de la Fédération syndicale étudiante (FSE) : « Solidarité avec tous les réprimés ». « À bas, les CRA, les flics et les fachos », scandent les manifestants. « Et pierre par pierre et mur par mur, nous détruirons les centres de rétention », enchaînent-ils.

(Photo : Pauline Migevant.)

Au cours du mois d’octobre, une autre étudiante étrangère de l’université a été arrêtée place de la Nation, « au hasard », selon son binôme de manif ce jour-là. Après une garde à vue, l’étudiante en question a été visée par une OQTF contre laquelle elle a formé un recours. Elle aurait été enfermée brièvement en CRA avant d’être assignée à résidence, ce qui l’oblige à signer au commissariat trois fois par semaine, d’après ses camarades. « On aimerait que la présidence de la fac se positionne en soutien [à Stanislas] », explique Eva, de la FSE 93, à Politis.

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Contactée, l’université ne nous a pas répondu. C’est à vingt minutes à pied du centre de rétention que le cortège s’arrête. La Brav-M – unité policière de maintien de l’ordre motorisée – serait en route, selon les organisateurs. Drapeaux sous le coude ou dans les sacs, les manifestants s’éparpillent, repartent en petits groupes à travers les sentiers.

« Antichambre du programme de Le Pen »

Ici, c’est comme la prison sauf qu’on n’a rien commis et que c’est pas un tribunal qui décide de nous y envoyer.

Stanislas

Depuis le début du mouvement social entamé par les lycéens, seize personnes ont été enfermées au centre de rétention de Vincennes après avoir fait des gardes à vue. « Sur les 12 personnes placées après la manifestation du 17 octobre, 8 ont été libérées. Une a été expulsée et trois autres sont toujours au CRA », détaille Mathilde Buffiere. Les quatre autres personnes, dont Stanislas, y ont été enfermées après la manifestation du 24 octobre. Concernant les motifs invoqués par la préfecture, « il s’agit de questions d’ordre public, de vol ou de dégradation de biens publics, de participation à un attroupement en vue de commettre des violences. Certains sont visés par des poursuites pénales mais d’autres non », ajoute la juriste.

« La remise en cause du droit au séjour et à la circulation est toujours l’une des modalités de la répression politique pour les étrangers », réagit la Legal Team Antiraciste, qui a accompagné des « dizaines et des dizaines » de personnes visées par ces procédures à la suite de mobilisations politiques. L’un des tout premiers cas suivis par le collectif créé en juillet 2023, quelques jours après le meurtre de Nahel et le début des révoltes, était d’ailleurs « celui d’un homme de nationalité malienne poursuivi et visé par une OQTF pour des tweets contre la police ».

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« Ici, c’est comme la prison sauf qu’on n’a rien commis et que c’est pas un tribunal qui décide de nous y envoyer », ajoute Stanislas. L’étudiant qui est soutenu humainement et juridiquement, tient à dire que « le plus dur », ce n’est pas son « cas personnel ». Sylex, un de ses coretenus, arrivé en France il y a quarante ans, est enfermé depuis un mois et demi. « Je n’ai pas pu renouveler mon titre de séjour à cause des délais à la préfecture. Ils m’ont arrêté dans la rue, m’ont mis une OQTF et placé au CRA », souffle l’homme, fatigué notamment par le bruit « 24/24 » au sein du centre.

Ça fait plusieurs années que Macron suit les politiques de l’extrême droite et c’est évident que les CRA sont la continuité du racisme d’État.

Stanislas

Ces dernières semaines, il a perdu plusieurs kilos. Quand il est arrivé en France, il avait sept ans. Dans ce qu’il qualifie de « prison administrative » tout est fait, dit Sylex, « pour te tuer moralement et physiquement. C’est pas humain ». Stanislas abonde : «  Ça fait plusieurs années que Macron suit les politiques de l’extrême droite et c’est évident que les CRA sont la continuité du racisme d’État. » Pour lui, les centres de rétention ne sont rien d’autre que « l’antichambre du programme de Le Pen ».

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