Direct : un 5 novembre de grève et de manifestations
Politis vous propose de suivre cette nouvelle journée de manifestations dans tout le pays, avec un appel à la grève générale de l’intersyndicale. Nos journalistes suivront les événements notamment dans la région de Grenoble, dans la Sarthe, à Vitry-sur-Seine et Paris pour faire remonter les images et revendications des cortèges et des grèves.

9 h 30
Le ministère de l’Éducation nationale estime le taux de grévistes jeudi à 17,54 % dans le premier degré public. Dans les transports, où quatre organisations de la SNCF (CGT, Unsa ferroviaire, Sud Rail et CFDT) ont appelé à la grève, le trafic est annoncé « perturbé » sur les lignes régionales et franciliennes et « légèrement perturbé » pour les TGV.
8 h 30, Grenoble
Ici les drapeaux de la Confédération paysanne et de la Palestine flottent côte à cote. Malgré la fraîcheur et le vent, près de 150 manifestants sont présents et ont mis en place un barrage filtrant aux trois entrées du rond point. Après plusieurs minutes à bloquer, un véhicule passe parfois. L’ambiance est calme et festive : musique, petit déjeuner solidaire, déguisement de dinosaure. Quelques échanges calmes avec la dizaine de gendarmes qui demandent parfois aux manifestants de laisser passer quelques véhicules.
Camille et Jean-Luc, manifestants insoumis, habitent les environs : « Les gendarmes sont plus conciliants avec les agriculteurs. On a envie d’être là pour faire des actions qui ont des effets autres que la grève. On soutient la Confédération paysanne. » Un dinosaure, « symbole » du mouvement lycéen, est monté sur un tracteur de la Confédération paysanne. « Plutôt blocage que filtrant », dit un gendarme. Un automobiliste demande à passer pour son rendez-vous à l’hôpital. 1 heure 40 d’attente pour une automobiliste, qui assure malgré tout son soutien. 1 heure d’attente pour une femme accompagnant son fils au lycée, en route pour le travail, très agacée.
Une motarde : « Je n’attends pas depuis longtemps. Je soutiens cette mobilisation. » Derrière, un automobiliste confirme : « C’est chiant mais c’est bien. Ça fait 1 h 30 que j’attends. Je soutiens les lycéens. Ma fille est au lycée, entre Parcoursup et le manque de chauffage, c’est pas possible ! Et puis le prix essence, le prix du caddy a triplé. C’est à cause du gouvernement actuel je pense. »
8 h 40, Vitry-sur-Seine
Les lycées de plusieurs villes du Val-de-Marne sont fermés pour deux jours dans département, où la mobilisation lycéenne est importante depuis fin octobre. Au lycée polyvalent Adolphe-Chérioux, à Vitry-sur-Seine, les blocus avaient repris depuis le retour des vacances, comme dans plusieurs établissements d’Ivry-sur-Seine ou de Créteil.
8 h, Grenoble, rond-point près du magasin de producteurs La ferme des saveurs.
Marie Allagnat, paysanne boulangère, produit des céréales transformées en farine et pain en Nord-Isère. Elle est membre du comité départemental (CA) de la Confederation Paysanne 38 : « On rejoint la mobilisation des lycéens et cette journée de grève nationale. On dénonce la repression policière sur le mouvement social. Le monde agricole subit de grosse difficultés et ça suffit. Cet été avec la canicule et sécheresse, des fermes ont mis la clé sous la porte. On en arrive à bout des ces politiques agricoles pour l’agro-industrie. Il faut rediscuter de la question du revenu, de l’argent public… C’est le même modèle économique qui broie les paysans et le service public. Aujourd’hui, l’argent public va a l’agro-industrie et des paysans travaillent jusqu’à 16 h par jour. »
« Plus largement, on est ici en solidarité avec le mouvement en cours, contre les crimes racistes et les violences policières. On s’oppose enfin contre l’extreme droite qui instrumentalise les gens : nos combats ne sont pas opposés. On est solidaire face au capitalisme. Par exemple, aujourd’hui, les mêmes syndicats agricoles qui ont cassé sont pour la loi « casseurs-payeurs » : la Coordination rurale et la FNSEA », dénonce-t-elle.
À l’aube, sur l’autoroute menant à Grenoble
Le jour se lève ici, dans les environs de Grenoble. Le point de rendez-vous d’une mobilisation d’agriculteurs de la Confédération paysanne, au rond-point à côté du péage, est déjà occupé par un important dispositif avec une cinquantaine de gendarmes. L’AREA, structure de l’autoroute, installe des blocs de béton pour éviter le passage des tracteurs qui s’apprêtent à arriver. Selon eux c’est un arrêté préfectoral qui a demandé la mise en place de ces plots. Une dizaine de manifestants sont présents. Un gendarme présent précise : « Nous sommes là pour sécuriser la manifestation des agriculteurs et celles des voitures et personnes qui vont au travail. » Sur le côté un gendarme prépare un drone de surveillance.
À 7 h 30, une quinzaine de manifestants sont présents au rond point précédent. La zone industrielle est vide. Seules des voitures passent. Il semblerait que les tracteurs se soient arrêtés en amont face au dispositif de gendarme mis en place. Des voitures en civiles sont également présentes. Le dispositif de gendarme perturbe les plans et la mise en place d’un barrage filtrant tarde à se mettre en place.
Bienvenue dans notre direct. Ce 5 novembre 2026 s’annonce un moment clé du mouvement social – nourri de la mobilisation lycéenne depuis la rentrée –, avec cette journée interprofessionnelle de grèves et de manifestations pour la revalorisation des salaires et du Smic, des pensions, la défense des services publics, de meilleures conditions d’études… Les syndicats, rejoints par les jeunes et les gilets jaunes, appellent le secteur public et privé à manifester et cesser le travail. Plus de 250 actions annoncées dans toute la France, selon une carte de la GGT. Mercredi soir, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a installé le rapport de force en annonçant la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes, promettant « une réponse d’une extrême fermeté » aux éventuels « débordements ». Politis suivra notamment les actions du côté de Grenoble, dans la Sarthe, à Vitry-sur-Seine et Paris pour faire remonter les images et revendications des cortèges et des grèves.
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
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