Avec son nouveau programme, LFI veut plier le match des idées
Avec 1 069 mesures, les insoumis dévoilent une mouture mise à jour de L’Avenir en commun. Entre nouveautés écologiques, droits inédits et marqueurs historiques, le mouvement entend imposer ses idées dans le débat public et ainsi prendre une longueur d’avance dans la course présidentielle.

© JEFF PACHOUD / AFP
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« Un mur, ça se monte, ça se démonte » : la France insoumise rêve de casser la finance Les insoumis rêvent d’élargissement mais le reste de la gauche préfère attendreC’est un peu Noël avant l’heure, le jour que les insoumis attendaient tous. Car leur programme, c’est leur religion. Depuis des semaines, les députés Clémence Guetté et Hadrien Clouet planchent sur l’ultime réactualisation de L’Avenir en commun, édité cette année aux éditions La Dispute. Le « bon à tirer » de 216 pages est prêt depuis quelques petites semaines pour que le programme débarque dans les librairies ce 6 novembre. Le manuscrit était bien gardé. Seuls des exemplaires en papier ont été distribués aux rédactions. Au dernier moment. Pas de version numérique par peur d’une fuite. Leur bible devait rester secrète jusqu’au bout.
On est les seuls à mettre des idées nouvelles dans le débat public.
H. Clouet
Avec ce nouveau programme, Jean-Luc Mélenchon et les siens veulent plier le match idéologique. Depuis des mois, les insoumis se frottent les mains quand ils constatent que leur champion perce le mur du son avec des mesures volontairement provocatrices, sur l’annulation d’une partie de la dette, ou avec des réformes plus techniques, comme les écorégions. « Jean-Luc en parle trois minutes dans un meeting. Et ça part », sourit Hadrien Clouet.
Le député de Haute-Garonne et coconstructeur du programme observe un vide idéologique dans cette campagne, à gauche comme à droite. « On est les seuls à mettre des idées nouvelles dans le débat public. Quelles idées nouvelles ont mis Retailleau, Attal ou Philippe dans le débat ?, attaque-t-il. Une partie des responsables politiques pensent parler aux gens avec des discours simples, alors que les gens ont envie de réfléchir. »
24 000 contributions, 200 auditions, 1 069 mesures
Pendant des semaines, Clémence Guetté et Hadrien Clouet ont reçu plus de 24 000 contributions citoyennes. Les groupes thématiques insoumis ont mené au moins 200 auditions. « Les mesures proposées ne sont pas les inventions de quelques technocrates seuls dans un bureau », écrit Jean-Luc Mélenchon en introduction du livre.
Cette démonstration de force n’occulte pas leur difficulté fondamentale : comment gagner au deuxième tour ?
D. Cormand
« Il n’y a pas d’ONG ou d’associations qui disent que les insoumis sont clivants. C’est fini ça. Quand on est en capacité d’être au deuxième tour, ça change tout », se réjouit Clouet. Les architectes du programme se sont appuyés sur les militants insoumis qui se sont massifiés dans le pays et le réseau de hauts fonctionnaires, ces «Phrygiens » présents dans tous les ministères, et dont seul l’inspecteur des affaires sociales Simon Arambourou parle à visage découvert.
Six parties, 23 chapitres, 1 069 mesures… Au total, les insoumis présentent plus de 400 mesures de plus par rapport à la dernière présidentielle. Inflation programmatique. Cette somme insoumise fait la fierté de leur mouvement. Mais David Cormand s’en moque un peu. « Ce n’est pas sur un programme que se joue une élection, dit l’eurodéputé écolo. Cette démonstration de force n’occulte pas leur difficulté fondamentale : comment gagner au deuxième tour ? »
Reste qu’en 2022, près de 144 000 exemplaires ont été vendus. Aujourd’hui, les cerveaux mélenchonistes scruteront avec attention les ventes de cette ultime actualisation de L’Avenir en commun, tirée à 130 000 exemplaires cette année. Le 4 novembre, les cadres du mouvement juraient avoir déjà enregistré 10 000 précommandes.
Grands principes et nouveautés
Sur le fond, les grands principes insoumis sont toujours là. Constituante pour la VIe République, démantèlement des empires médiatiques, contrer le droit de propriété privée pour les biens communs, blocage des prix pour les produits de première nécessité, Smic à 1 700 euros net, retraite à 60 ans, Sécurité sociale « intégrale », gratuité réelle de l’école… « Des énormes surprises sur le programme si vous n’avez pas suivi les dix ans de lutte contre Macron, vous n’en aurez pas », confiait d’ailleurs Hadrien Clouet, quelques jours avant la sortie.
Ce dernier affirme néanmoins avoir été surpris par quelques contributions « un peu techno » concernant les indicateurs pour les Pfas ou le PIB, sur le droit des animaux, la lutte contre les sargasses… Le logiciel idéologique prend davantage en compte les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Les nouveaux droits entre amis, travail porté par la députée Clémence Guetté, viennent se joindre à ce corpus. Désormais, les mélenchonistes plaident pour la création d’un congé de proche aidant, un congé de sept jours pour le décès d’un proche familial ou amical et un statut légal pour le baptême civil.
Accusés depuis plusieurs années d’alimenter l’antisémitisme, les insoumis promettent un plan d’action pour lutter contre l’islamophobie, l’antisémitisme et toutes les formes de racisme avec un milliard d’euros de budget. Ils disent vouloir assurer la sécurité des lieux cultuels en renforçant, si nécessaire, les protections policières « du fait des attaques et menaces contre des mosquées et des synagogues », et veulent créer un organisme indépendant pour lutter contre les complotismes ainsi que les haines antisémites et islamophobes en ligne, sous la tutelle de l’Arcom.
« Élever le niveau de conscience politique »
Surtout, les insoumis font la part belle à l’écologie. En la matière, leurs propositions sont très nombreuses : inscription de la « règle verte » dans la Constitution, une « règle bleue » sur le même principe, écorégions, planification du 100 % d’énergies renouvelables pour 2060 au plus tard, lancement d’un fonds abondé par les consommations polluantes pour aider les victimes des pollutions et les lanceurs d’alerte, création d’un tribunal international de justice climatique et environnementale ainsi qu’une organisation mondiale de l’environnement… Stratégiquement, ces propositions peuvent apparaître comme une tentative de capter l’électeur vert. À défaut d’obtenir le ralliement de l’appareil écolo.
On pourra avancer nos propositions sur les questions qui font débat pendant la campagne.
A. Léaument
Dans l’écosystème insoumis, pétri de militants politiques aguerris passés par de nombreuses chapelles de gauche, ils sont nombreux à savoir qu’une campagne politique se construit en séquences, qu’il est capital d’être organisés, de rester maître de son propre calendrier. Son nouveau programme est prêt, Jean-Luc Mélenchon peut désormais dérouler. « On pourra avancer nos propositions sur les questions qui font débat pendant la campagne », annonce le député Antoine Léaument.
Dans les prochains mois, les insoumis prévoient de publier une quinzaine de plans. Des kits argumentaires devront aussi être déployés dans leurs réseaux militants. Plus que jamais, les insoumis voient cette campagne présidentielle comme un moyen, selon les mots de plusieurs cadres, d’« élever le niveau de conscience politique ». Le 7 novembre, lors d’un grand meeting au parc des expositions du Bourget, ils accéléreront leur marche. Avec un objectif : inonder le débat public.
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