La guerre de Trump contre la démocratie ne s’arrêtera pas avec les midterms

Les élections de mi-mandat peuvent affaiblir le président américain, mais certainement pas vaincre le « trumpisme ». Car le président des États-Unis mène un combat civilisationnel, jusqu’en Europe et au sein la présidentielle française.

Denis Sieffert  • 3 novembre 2026
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La guerre de Trump contre la démocratie ne s’arrêtera pas avec les midterms
Donald Trump en campagne, à Dubuque, dans l'Iowa, le 1er novembre 2026.
© Brendan SMIALOWSKI / AFP

On connaissait la guerre des Six-Jours, la guerre de Trente Ans, et même de Cent Ans. Voilà que Donald Trump nous annonce une guerre « qui ne prendra pas plus de dix minutes ». C’est le temps qu’il faudra, dit-il, à la puissance américaine pour anéantir le complexe d’enrichissement d’uranium de Pickaxe Mountain, situé dans la province d’Ispahan, au sud de Téhéran. Cette nouvelle vantardise du ploutocrate de la Maison Blanche, lâchée depuis sa résidence de Mar-a-Lago, pourrait prêter à sourire, mais il faut en retenir le message principal. Les États-Unis s’apprêtent à lancer une nouvelle offensive contre l’Iran. S’il s’est agi d’une ultime tentative de diversion, à 48 heures des midterms, elle est étrange, car elle ravive tout ce que les électeurs républicains reprochent à leur ancienne idole : la guerre et la flambée du prix du pétrole qui en découle.

Une analyse des résultats des midterms, à retrouver demain sur Politis.fr.

La bête blessée ne renoncera pas de sitôt à tenter d’effacer les échecs qui ont marqué ces deux années de mandat.

Il faut plutôt voir dans ces quelques mots inquiétants comme un programme d’après défaite. Dans un passionnant livre-entretien avec Pierre Haski, l’historienne Maya Kandel avance d’ailleurs l’hypothèse que Trump « se fiche » des midterms (1). Quoi qu’il advienne, il sait pouvoir se reporter sur la politique internationale. Et les quelques semaines qui le séparent de l’installation d’un Congrès hostile risquent d’être celles de la fuite en avant la plus débridée. La bête blessée ne renoncera pas de sitôt à tenter d’effacer les échecs qui ont marqué ces deux années de mandat.

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Trump a-t-il changé l’Amérique ?, Éditions Eyrolles.

L’Iran en est un. D’autant plus que Trump est flanqué dans cette affaire d’un très mauvais conseiller. La guerre est plus que jamais de l’intérêt de son ami Netanyahou, avec qui il a eu un entretien téléphonique peu avant sa fanfaronnade. Le Premier ministre israélien espère sortir de l’impasse dans laquelle il est enfermé depuis les élections législatives du 27 octobre, qui ont été marquées par sa défaite et une poussée historique de deux listes arabes. Dans une proclamation de racisme officiel, qui aurait dû susciter l’indignation des chancelleries occidentales, Netanyahou a interdit toute alliance avec les Arabes, pour lui, et de fait, pour le leader de l’opposition Gadi Eisenkot.

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Le blocage est donc total. Sauf s’il fait ce qu’il sait faire de mieux : la guerre. Avec le retour des drones iraniens sur Tel-Aviv, les esprits seront mûrs pour de nouvelles combinaisons. Un personnage comme Avigdor Liberman, par exemple, s’est dit prêt à passer d’une coalition à l’autre. Cette période post-électorale va durer en Israël. Elle peut s’éterniser aussi aux États-Unis à force de recours et de contestations. « J’accepterai le résultat si les élections sont honnêtes », a prévenu Trump. On sait comment il faut lire ce genre de menaces dans la bouche de l’homme qui a lancé des hordes de voyous à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

C’est la grande défaite historique de la gauche, ici comme outre-Atlantique, d’avoir reculé sur ce qu’il y a de plus fondamental.

Les combats engagés par Trump et les canailles qui l’entourent sont d’un enjeu trop considérable pour qu’une défaite électorale dans des élections intermédiaires y mette un terme. C’est une guerre civilisationnelle contre la démocratie et les droits humains. Un règlement de comptes historique avec l’Europe pour ce qu’elle incarne aux yeux de Trump, de Poutine et de tous les autocrates illibéraux de la planète. L’usage qui est fait dans le camp républicain des manifestations en France, en Italie et en Allemagne est à cet égard édifiant : ce sont des migrants qui ont envahi une Europe permissive. Le mythe éternel des barbares, Palestiniens pour les uns, immigrés ou non-Blancs pour les autres. L’Europe pour Trump, c’est un peu le Parti démocrate, note encore Maya Kandel. Ce qu’il déteste le plus au monde.

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La bataille se mène donc sur plusieurs scènes. La  présidentielle française notamment. Et c’est peu dire que le ver « trumpien » est dans le fruit. Avec Marine Le Pen bien sûr, mais pas seulement, tant s’en faut. Tous les discours sur le « grand remplacement », acceptés au sein même du gouvernement, le colloque annulé in extremis sur la « remigration », et même ce qui se joue dans la rue entre la vision sociale des manifestants et une autre, répressive, s’inscrit dans ce vaste conflit. Partout, c’est l’affrontement entre deux explications du monde, sociale ou identitaire. C’est la grande défaite historique de la gauche, ici comme outre-Atlantique, d’avoir reculé sur ce qu’il y a de plus fondamental. C’est pourquoi d’ailleurs il faudra être attentif à cette bataille dans la bataille que se livrent chez les Démocrates l’aile gauche du parti et un centre, certes anti-Trump, mais incapable de s’attaquer en profondeur aux inégalités.

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