Rue d’Aubagne : une indignité politique

Le procès en appel de la tragédie de la rue d’Aubagne s’est ouvert ce lundi 2 novembre. Derrière la mort de huit personnes, se cachent les conséquences de l’indifférence politique en matière de mal logement.

Pierre Jacquemain  • 2 novembre 2026
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Rue d’Aubagne : une indignité politique
Le 5 novembre 2023, des familles des victimes se sont recueillies sur « la dent creuse », nom d’usage pour qualifier le lieu des effondrements au 63 et 65 de la rue d'Aubagne, dans le centre-ville de Marseille.
© Tristan Dereuddre

Cette semaine, s’est ouvert le procès en appel de la rue d’Aubagne. Le 5 novembre 2018, huit personnes perdaient la vie dans l’effondrement de deux immeubles insalubres, au cœur de Marseille. Huit ans après, les ruines ont disparu mais la question demeure : comment une telle catastrophe a-t-elle pu se produire dans l’une des premières puissances économiques mondiales ?

La rue d’Aubagne est le nom d’une faillite. Celle d’un système dans lequel on peut encore mourir parce que l’on habite un logement indigne. Mais aussi mourir de froid, de précarité énergétique, d’humidité, de moisissures, faute de pouvoir se chauffer ou simplement vivre dans des conditions dignes. Dans la sixième puissance économique mondiale, le logement devrait être un droit fondamental. Il demeure une marchandise comme une autre.

Car derrière les effondrements spectaculaires, il y a les drames silencieux : les passoires thermiques, les logements insalubres, les loyers qui dévorent les revenus, les familles contraintes de choisir entre se nourrir et se chauffer.

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Il y a aussi l’insuffisance de l’ambition publique : rénovation énergétique trop lente – le gouvernement vient de mettre fin à cinq programmes d’aide à la rénovation énergétique des logements et des bâtiments publics –, encadrement des loyers contesté ou insuffisamment appliqué, production de logements sociaux à la peine, absence de volonté politique pour faire baisser le coût du logement, etc.

Et les chiffres disent l’ampleur de la violence sociale : près de cinq millions de mal-logés, des centaines de milliers de sans-abri, plus de 2 000 enfants à la rue. On se souvient de la promesse présidentielle : « Je ne veux plus d’ici la fin de l’année [2017] avoir des hommes et des femmes dans les rues. »

Irresponsabilités

Parce que la rue d’Aubagne est aussi le nom de l’irresponsabilité politique. Celle des élus qui ferment les yeux sur l’habitat indigne, des maires qui refusent d’appliquer la loi SRU, des gouvernements qui renoncent à mobiliser tous les leviers disponibles. Pourquoi laisser des logements vacants quand des personnes dorment dehors ? Pourquoi ne pas recourir au pouvoir de réquisition des logements et bâtiments inoccupés ? La rue d’Aubagne est aussi le nom de l’hypocrisie politique.

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Celle de Marine Le Pen, dont la presse s’est contentée de saluer le choix du logement comme thème de son premier grand meeting, sans dénoncer ce que recouvre son projet. Celui de la « préférence nationale », c’est-à-dire l’accès au logement social aux seuls Français. La candidate RN a aussi promis de mettre fin à la loi SRU.

La rue d’Aubagne est le nom d’une faillite. Celle d’un système dans lequel on peut encore mourir parce que l’on habite un logement indigne.

La rue d’Aubagne nous oblige à regarder cette réalité en face. Elle nous rappelle que l’habitat indigne n’est pas une fatalité, que le sans-abrisme n’est pas un accident de parcours et que la crise du logement n’est pas une simple défaillance du marché.

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C’est une question de choix politiques, de priorités budgétaires et de courage démocratique. Au fond, de quoi la rue d’Aubagne est-elle le nom ? De l’indignité en politique. De l’abandon des plus fragiles en privilégiant les spéculateurs. De l’irresponsabilité de ceux qui gouvernent et de l’hypocrisie de ceux qui prétendent apporter des solutions en désignant des boucs émissaires et en triant les citoyens.

Quelle conception de la République peut-on défendre en prétendant répondre à la crise du logement par la discrimination et la ségrégation ? Mais à présent la rue d’Aubagne doit être aussi le nom d’une exigence : celle de ne jamais accepter que la pauvreté condamne à vivre dans des logements qui tuent, ni que l’absence de toit devienne une composante ordinaire de notre paysage social.

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Parti pris

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