Transports : un service d’utilité publique dépecé au profit du privé ?
Après avoir lancé et soutenu un service de transport mettant en relation des conducteurs volontaires et des usagers isolés, la communauté de communes Larzac et Vallées et le parc des Grands Causses ont décidé d’y mettre fin, malgré un bilan humain et financier positif. Le territoire se retrouve donc sans offre de transport public. Gilles Gesson, habitant du territoire, témoigne.
dans l’hebdo N° 1939 Acheter ce numéro

© Toutaitanous / Wikimédia Commons / CC BY-SA 3.0
La communauté de communes Larzac et Vallées regroupe seize communes du sud-Aveyron. Comme dans tout territoire rural, nombreuses y sont les personnes isolées géographiquement et/ou socialement. Début avril 2025, pour permettre à ce public d’accéder facilement aux structures de soins, aux commerces et aux administrations, Larzac et Vallées et le parc des Grands Causses ont mis en place le Transport d’utilité sociale (TUS), qui consiste à mettre en relation des conducteurs volontaires utilisant leur véhicule et des personnes désireuses de se déplacer lorsqu’aucune autre offre de transport public n’existe.
Aucune raison à cet arrêt brutal n’était donnée.
Fin septembre 2026, un rapport d’activité très positif était publié. On y lisait notamment que parmi les bénéficiaires, majoritairement âgés de plus de 65 ans, 93 % avaient repris un traitement médical (!) grâce au TUS. Autre atout : la valorisation d’autres services de proximité (marchés, épiceries, coiffeurs, etc.). Le bilan financier était aussi positif, incitant le parc des Grands Causses à prolonger le financement du dispositif jusqu’en décembre 2027, tout en accompagnant Larzac et Vallées dans sa recherche de subventions pour permettre à terme la pérennisation d’un dispositif ayant grandement démontré son utilité publique sur le territoire.
Pourtant, fin juillet 2026, à la surprise générale, l’ensemble des conducteurs et des bénéficiaires recevaient un courrier annonçant la fin de « l’expérimentation » du TUS au 30 septembre. Étonnement parmi les bénévoles. Étonnement et surtout désarroi parmi les bénéficiaires. D’autant qu’aucune raison à cet arrêt brutal n’était donnée.
J’ai été conducteur volontaire du TUS et j’ai voulu comprendre. La décision incombant à Larzac et Vallées, j’ai envoyé un courriel aux seize mairies la composant avec cette question simple : qu’avez-vous voté et pourquoi ? Seules trois ont répondu. Les édiles des treize autres considèrent donc qu’ils n’ont pas de comptes à rendre à leurs administrés qui, en tant qu’électeurs, les ont pourtant mis là où ils sont et qui, en tant que contribuables, paient pourtant leurs émoluments…
« Chacun pour soi »
Qu’à cela ne tienne. Tout ce beau monde se réunissant en conseil communautaire, je m’y suis rendu pour obtenir de vive voix les réponses à mes questions. Je pensais que nous pourrions prendre le temps d’échanger entre simples voisins, en fin de réunion, sur une problématique concernant les habitants les plus fragiles de notre territoire. Mais après un très vif échange verbal avec le président de Larzac et Vallées (aussi maire de Cornus, vice-président du parc des Grands Causses, conseiller départemental, etc.), qui ne souhaitait visiblement pas que le moindre débat s’installe sur le sujet, j’ai été exclu avec fracas…
Une pseudo-concurrence éliminée sous la pression d’un lobby local.
Quelques semaines plus tard, une rapide recherche m’a fait découvrir l’existence de taxis dans trois communes de Larzac et Vallées (dont Cornus), pouvant donc considérer le TUS comme un concurrent, bien qu’il ne s’adressât pas du tout à la même « clientèle »… Une pseudo-concurrence éliminée sous la pression d’un lobby local par les manigances d’un petit potentat, dans l’opacité la plus totale et avec la complicité passive d’une majorité d’édiles ? Voilà qui pourrait être une explication… mais pour laquelle il n’y a, il est vrai, aucune preuve.
Même si cela revêt, en une étrange coïncidence, les caractéristiques typiques d’une politique de droite (une droite très présente dans notre sud-Aveyron) pouvant être résumée par l’adage : « Chacun pour soi et Dieu pour tous… » Auquel on peut ajouter : « Et si au passage on peut saboter un service d’utilité publique pour l’offrir aux copains, on ne va pas se gêner, d’ailleurs on est là pour ça… » Et quid des personnes renvoyées sans ménagement à leur isolement, après avoir « goûté » à l’amélioration de leur quotidien ? « Chacun pour soi », vous dis-je !
Alors ? Le TUS Larzac et Vallées a-t-il été dépecé au profit de quelques intérêts privés ? Je ne peux pas l’affirmer. Mais je m’interroge. Et ne demande qu’à être éventuellement contredit par la divulgation de la raison, toujours étrangement cachée, de l’arrêt brutal d’un dispositif d’utilité publique qui avait fait ses preuves…
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