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Publié le 7 juin 2007

Rapprocher les chercheurs et la société civile

Alors que se poursuit la casse de la recherche publique, des membres de la fondation Sciences citoyennes veulent relancer les « boutiques de science », pour répondre aux demandes sociales et environnementales.

Les partenariats de recherche public-privé sont communément entendus, et la plupart du temps à juste titre, comme l'incursion brutale et autoritaire des intérêts industriels et financiers dans la sphère publique. La casse de la recherche publique mise en place par le gouvernement de Villepin va, n'en doutons pas, prendre une ampleur nouvelle avec le nouveau gouvernement ultralibéral de François Fillon, enhardi par un long et probablement douloureux tunnel de cinq ans.

Au regard de l'augmentation des crédits alloués à la recherche publique, qui est en fait strictement équivalente à l'inflation, les aides aveugles aux entreprises se succèdent et s'étoffent considérablement. Le crédit-impôt-recherche, énième cadeau fiscal, s'élève déjà à presque un milliard d'euros et est dilapidé sans qu'aucun bilan de son impact ni de son utilité pour répondre aux besoins sociétaux ne soit envisagé. Si on y ajoute les deux milliards dévolus à l'agence de l'Innovation industrielle 1, on voit que l'État dépense sans compter au profit d'entreprises dont l'unique objectif est d'obtenir, à court terme, des retombées à même de grossir suffisamment le dividende d'un carré d'actionnaires peu soucieux de l'intérêt collectif.

Cela dit, la recherche « privée », si on l'oppose à la recherche publique, comporte une composante occultée, qui mérite pourtant le détour : la recherche mise en oeuvre ou soutenue par ce qu'on désigne comme le « tiers-secteur scientifique » (citoyens lambda, militants associatifs ou syndicaux, collectifs d'usagers ou de praticiens : par exemple malades, paysans, informaticiens, etc.), qui produit ou coproduit du savoir et de l'innovation socialement et/ou écologiquement utiles. Il prend en compte les réels besoins sociétaux touchant à l'environnement, à la santé, au partage ou à la coproduction de savoirs, le tout avec des moyens dérisoires comparés aux mannes évoquées plus haut.

Une des composantes de ce tiers-secteur scientifique est ce qu'on appelle les « sciences Shops » ou « boutiques des sciences », à propos desquelles nous travaillons depuis quelques années avec l'aide du réseau international des boutiques des sciences (Living Knowledge 2]). Ces structures, comme leur nom ne l'indique pas, sont des interfaces non-marchandes entre les demandes de recherche ou d'innovation de populations (associations, collectifs d'usagers, etc.) a priori non solvables et les structures ou représentants de la recherche publique ayant la capacité d'y répondre. Ces organisations offrent à des groupes de citoyens un accès facilité aux connaissances et aux recherches scientifiques et technologiques, afin qu'ils puissent améliorer leurs conditions sociales et environnementales. Elles visent à marquer un rapprochement entre le milieu de chercheurs et les représentants de la société civile, afin de porter la recherche au plus près de demandes concrètes. Leur organisation (en termes de rapports entre les différentes parties prenantes), leur fonctionnement (matériel, financier) et leur niveau d'institutionnalisation varient de manière considérable d'un pays à l'autre.

Il existait seize boutiques de science en France dans les années 1980, mais aucune n'a survécu aux problèmes financiers, à l'absence d'une réelle volonté politique et à la faible implication de la société civile organisée, des scientifiques, des étudiants et des universités françaises à l'époque. Or, le contexte est très différent aujourd'hui. Les questionnements de tout un chacun par rapport à la science, à la technologie et à leurs impacts ont pris une ampleur sans précédent à la suite des crises successives auxquelles nous avons été confrontés (Tchernobyl, OGM, vache folle, etc.). Le travail en réseau des institutions de recherche et des associations s'est considérablement développé. Les nouveaux dispositifs institutionnels conçus pour la thématique Science et Société, bien qu'ils représentent souvent un ultime exercice de gavage du citoyen à des fins d'acceptabilité des orientations technoscientifiques mises en place, suscitent beaucoup d'intérêt et évoquent, par là même, l'urgence pour inventer de réelles alternatives.

Dix-sept ans après la fermeture de la dernière boutique de science française, une nouvelle boutique est née à l'ENS Cachan 3, tandis qu'il en existe plusieurs dizaines en Europe. Or, il est essentiel de favoriser la montée de ces outils permettant de démocratiser la recherche, même si ce ne sont pas les seuls. Après avoir prospecté auprès de nos partenaires, nous pensons que le moment est opportun pour reconstruire les bases d'un réseau national de boutiques des sciences. Trois pôles régionaux joueront dans un premier temps le rôle de pilote : Île-de-France 4, Paca 5 et Rhône-Alpes 6.

En parallèle à ces activités, Sciences citoyennes organise la 3e conférence Living Knowledge, une grande rencontre internationale portant sur ce thème et intitulée « Quand chercheurs et citoyens coproduisent les savoirs et les décisions scientifiques et techniques » 7 .

De nombreux ateliers y sont proposés concernant l'ouverture à la société civile des universités et institutions de recherche, les mouvements sociaux face au développement technoscientifique, les politiques de recherche, notamment sous l'angle « science en société », les citoyens au coeur de l'innovation et du développement durable et les processus de participation du public aux choix technologiques.

De nombreux acteurs partageront ainsi leurs expériences et leurs réflexions. Parmi eux, des membres d'ONG (associations, boutiques des sciences) et des universitaires, des instituts indépendants, des centres de recherche participatifs, des acteurs de mouvements sociaux, et tous ceux qui partagent le désir d'un nouveau contrat social entre recherche et société.

http://sciencescitoyennes.org


  1. L'AII, un outil pour institutionnaliser les erreurs passées :

  2. [

  3. Contact : Glen Millot, 09 54 06 54 09 ;

  4. Contact : François Warlop, 04 90 84 01 70 ;

  5. Contact : Adreca (Association pour le développement d'une recherche citoyenne active), 06 20 70 16 92 ; .) 

  6. Du jeudi 30 août au samedi 1er septembre 2007, à l'École des mines à Paris, 60, bd Saint-Michel, 75006 Paris. 


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Le goût subtil de la gentrification

Société
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