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Publié le 6 mars 2008

Méconnu, le Parlement européen veut des votants (1/2)

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Vous êtes absorbés par les municipales. D’autres pensent à l’échéance suivante. « Le Parlement européen doit maintenant se préparer aux élections européennes » , a déclaré mercredi Hans-Gert Pöttering. Le président de cette assemblée s’exprimait à l’ouverture d’une conférence sur « l’opinion publique et le Parlement dans l’Union européenne dans le contexte des élections européennes de 2009 » .

C’est un peu tôt, mais compréhensible vu le peu d'intérêt suscité par les dernières élections européennes. À ce propos, savez-vous quand auront lieu les prochaines ? Si vous hésitez, rassurez-vous vous êtes un européen moyen : 75 % des citoyens européens ignorent à quelle date sera renouvelé le parlement européen. Seulement 14 % savent que ce scrutin aura lieu en 2009 et 10 % qu’il se déroulera en juin, comme c’est le cas depuis 1979, première année où les députés européens ont été élus au suffrage universel direct.

Ignorances et idées fausses

Cette méconnaissance du fonctionnement des institutions européennes et singulièrement du Parlement, est un des principaux enseignements d’un Eurobaromètre 1 spécial, rendu public, hier, lors de cette conférence.
- Près de deux européens sur trois avouent ignorer le nombre de députés de leur nationalité qui siègent au Parlement européen. Certes, l’exercice n’est pas simple, mais ceux qui pensent le connaître sous-évaluent généralement le nombre de leurs députés. C’est ainsi que les Français interrogés répondent en moyenne 46 députés alors que notre pays en compte 78. Notez qu’en décomptant les « touristes », 46 élus actifs c’est peut-être bien près de la vérité. Les seuls à surévaluer le nombre de leurs députés sont les Italiens : 122 au lieu de 78. Il est vrai que le gouvernement Prodi comptait une centaine de ministres…
- Seulement 32 % des sondés savent que le Parlement européen a été créé il y a 50 ans (28 % des Français). La confusion peut venir du fait qu’avant d’être élu au suffrage universel direct, le parlement existait sous la forme d’une Assemblée parlementaire européenne regroupant des représentants des parlements nationaux.
- Il est toutefois inquiétant de constater qu’aujourd’hui encore 48 % des Européens savent que les députés européens sont directement élus par les citoyens de l’UE. Les Français, où l’on vote pour désigner les eurodéputés depuis 1979, la proportion est encore plus faible : 41 %.
- Plus grave, 44 % des européens pensent que les députés siègent en fonction de leur nationalité (46 % des Français), 33 % seulement savent que les eurodéputés se regroupent en fonction d’affinités politiques (39 % des Français), et 23 % ne savent pas (15 % des Français).
- Logiquement, ils sont aussi 41 % (47 % de Français) à penser que les décisions du Parlement européen se font avant tout « en fonction des intérêts des Etats membres dont sont issus les députés européens » et non « en fonction des affinités politiques des députés » (25 %).

Signe de l’abyssale méconnaissance des institutions européennes dans la population, une majorité d’Européens (43 %) est persuadée que le Parlement européen est de toutes les institutions européennes celle qui « a aujourd’hui le plus grand pouvoir de décision » . Ils ne sont que 14 % à citer la Commission européenne et 11 % le Conseil de l’UE. 9 % estiment que ces trois institutions « ont toutes le même pouvoir » . Cette croyance trouve vraisemblablement son origine dans les campagnes de propagande des 15 dernières années : les zélateurs des traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice ou de Lisbonne (pour ne rien dire du défunt traité constitutionnel) ont à chaque fois - c'était même leur principal «argument de vente» - mis en avant l'augmentation des pouvoirs du Parlement européen. À force d'entendre dire que ces derniers augmentaient, les gens ont fini par croire que les eurodéputés avaient pris le pouvoir au sein de l’UE.

La faute aux médias

La responsabilité des médias dans cette méconnaissance du rôle et des activités du Parlement européen ne fait aucun doute , aussi bien pour l’institut de sondage qui a réalisé cette étude, que pour les universitaires et députés qui se sont exprimés lors de cette conférence. Deux questions parmi la vingtaine posée dans cette enquête d’opinion ont été particulièrement mises en avant, y compris dans les documents distribués. Elles portaient sur le sentiment d’information des citoyens.
- À la question « avez-vous récemment lu dans les journaux, vu sur internet ou entendu à la radio ou à la télévision quelque chose au sujet du Parlement européen » , 54 % des personnes interrogées répondent « non » (70 % de Français !), 42 % « oui » (27 % de Français).
- 73 % des sondés (79 % en France) estiment être « plutôt mal ou très mal informés sur les activités du Parlement européen » , 24 % seulement (17 % en France) étant d’un avis contraire.

Cette absence de publicité sur ses activités préoccupe le Parlement européen, à quinze mois de son renouvellement. Les dernières élections européennes avaient été marquées par un record d’abstention. Dans l’ensemble de l’Union européenne, la participation électorale était tombée sous la barre des 50 %, pour la première fois depuis 1979. En 2009, la présidence du Parlement aimerait bien enrayer cette désaffection des électeurs. D’où cette conférence, organisée par la direction général de l’information du Parlement en direction des médias, préalablement instruits que l’enquête Eurobaromètre avait « notamment pour but » de permettre au Parlement européen « d’adapter [sa] stratégie de communication aux attentes des citoyens de l'Union européenne » .

Comme si convaincre les électeurs de retrouver le chemin des urnes était uniquement affaire de communication.

La suite ici...

| Voir la présentation de cet Eurobaromètre spécial |
| sur le site du Parlement européen. |
| On peut aussi télécharger l'intégralité de l'étude |
| ou consulter les fiches de résultat par pays. |



  1. C’est ainsi que l’on nomme les sondages réalisés dans l’ensemble des pays membres de l’Union européenne (UE), vingt-sept depuis l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie le 1er janvier 2007. Réalisé en tête à tête par l’institut TNS, entre septembre et novembre 2007, ce sondage porte sur un échantillon de 26 768 personnes. 


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