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Publié le 13 octobre 2008

Sauve qui peut !

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Plus de 1 400 milliards d’euros seront injectés par l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, membres de l’Eurogroupe, pour sauver le système financier. Les pays de la zone euro cumulent plus de 1 700 milliards d'euros pour le sauvetage du capitalisme financier.

En France, dans un discours prononcé lundi 13 octobre après un conseil des ministres extraordinaire, Nicolas Sarkozy, nommé le « robin des bois du capitalisme financier », a été jusqu’à appeler de ses vœux à une refondation du capitalisme. l’Etat consacrera pas moins de 360 milliards d’euros au sauvetage d’un système financier qui a puisé sa source dans la baisse continu de la part des richesses produites revenant aux salariés, rappellent syndicats et associations du collectif « Crise financière ».

L’Etat apportera une garantie « payante », mais peu coûteuse, des prêts entre banques jusqu’à 320 milliards d’euros et consacrera jusqu’à 40 milliards à la recapitalisation des banques en difficulté, telle la Société générale, qui sans doute succèdera à la franco-belge Dexia et à Natixis, filiale des Banque populaire et des Caisses d'épargne. Nulle doute que d’autres frapperont à la porte du Trésor pour satisfaire des actionnaires qui attendent un retour sur investissement malgré la crise. On ne peut s'empêcher de s'interroger sur la capacité de l'Etat à financer rapidement le système bancaire alors qu'il y a quelques semaines seulement, le gouvernement annonçait qu'il fallait privatiser La Poste parce qu'elle avait besoin de 3 milliards d'euros et que le budget de l'Etat ne pouvait se le permettre. Souvenons-nous aussi des polémiques sur le financement du RSA.

L’Allemagne a pour sa part annoncé un plan de secours comprenant garantie et recapitalisation à hauteur de 500 milliards d’euros, a avoué le ministère allemand des Finances. A Berlin, l’Etat a dû venir au secours d’HRE, sauvée in extremis de la faillite à deux reprises en moins de huit jours. D’autres suivront. La Grande-Bretagne a prévu l’injection de 256 milliards d’euros de liquidités ainsi qu’une garantie des prêts entre banques de 320 milliards d’euros. A Londres, l’Etat recapitalisera le secteur bancaire britannique jusqu’à 46,5 milliards d’euros. Barclays, RBS, HBOS et Lloyds TSB en cours de fusion, seront partiellement nationalisées.

Comble de l’ironie, c’est le Premier ministre britannique Gordon Brown qui a appelé à suivre l’exemple du Royaume-Uni dans son plan « révolutionnaire » visant à secourir le système bancaire par le biais de nationalisations partielles. Gordon Brown se pose ainsi en avant-garde révolutionnaire, lui qui empêcha Tony Blair d'adopter l’euro, qui introduit l’Eurogroupe et qu’on nommait le magicien du social-libéralisme anglo-saxon. Gordon Brown en donneur de leçons d'interventionnisme aux continentaux… Personne n’aurait misé sur ce virage idéologique à il y a quelques semaines.

Plus de 1 400 milliards d’euros consacrés par trois pays européens au sauvetage de l’économie capitaliste, c’est le prix de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits. Après le vent de panique sur les marchés boursiers, l'union sacrée des gouvernements européens a permis de mobiliser près de 1 700 milliards d'euros pour dégripper la machine bancaire. Un record qu'apprécieront ceux qui ont amassé des fortunes, souvent à l'abri dans des paradis fiscaux. A titre de comparaison, le plan Paulson aux Etats-Unis, qualifié par l’économiste américain, prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, de « transfusion sanguine à un malade souffrant d'une hémorragie interne », s’élève à près de 700 milliards de dollars [517 milliards d'euros]. Les garanties apportés par les Etats sont colossales, mais les plans de sauvetage colmateront au mieux les brèches ouvertes par les faillites bancaires. Cependant, faute de s’attaquer aux racines de la crise, ils n’empêcheront pas celle-ci de commettre des ravages sur l’emploi, les conditions de vie et l’équilibre des sociétés.

En France, les déclarations tonitruantes du chef de l’Etat contre les « parachutes dorés » sont un écran de fumée pour masquer des décisions purement idéologiques, qui visent à faire payer la crise par la grande masse des citoyens. Le projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie présenté mardi 14 octobre par le Premier ministre, destiné à assurer la confiance dans le système bancaire et financier, et à garantir le bon financement de l’économie française, ne contient aucune mesure visant à restreindre la financiarisation de l’économie et à sortir les salariés du marasme économique. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy ne s’attaque pas à la Banque centrale européenne ni au traité de Maastricht et à ses critères, pas moins au Traité de Lisbonne, qui ont largement soutenu la dérégulation des marchés.

Se limiter à moraliser le capitalisme et désigner quelques coupables au sein des marchés financiers, c’est rester au milieu du gué. Les plans de sauvetage ont des allures de mesures de court terme destinées à sauver provisoirement le système. Mais pas à empêcher de nouveaux désastres.


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