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Publié le 12 mai 2010

Christophe Et Denis Contre Les Nazis

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Illustration - Christophe Et Denis Contre Les Nazis

Dans son éditorial du 29 avril dernier, Christophe Barbier, le patron de L'Express , a produit, pour la promotion de l'interdiction de «la burqa» , un argument de poids (en même temps que d'un raffinement à faire pâmer Philippe Val), qui est que si tu es contre l'interdiction de «la burqa» , c'est que tu es limite nazi(e)1 - alors que Barbier, quant à lui, et par contraste, serait plutôt, c'est induit, un héros de la Résistance.

Plus précisément, Barbier soutient que l'idée selon laquelle «niqab et burqa ne concernent que peu de femmes en France» (et que c'est pas du tout la peine de s'énerver comme ça pour 367 nanas intégralement voilées) est une idée fausse, et qu'elle relève, de surcroît, de «l'esprit munichois» .

Le même esprit, tu sais, qui naguère a fait dire «la Rhénanie, ce n'est rien» , ou «les Sudètes ne sont pas grand-chose» , ou qu'il n'était pas question de « mourir pour Dantzig » - et d'autres vilenies dont, rappelle Barbier, «on sait comment cela se termine» .

Barbier assure également que l'affirmation que «chacun a le droit de se vêtir comme il veut» est, de même, dans ce contexte-là, insupportable, au sens premier du terme - et que, d'ailleurs, «déambuler déguisé en officier nazi entraîne, et c'est tant mieux, de graves ennuis» .

Donc: si tu es contre l'interdiction de «la burqa» , tu es de ces gens qui ont livré la Pologne à Hitler (et ce n'est pas vraiment étonnant, puisque tu es un(e) partisan(e) déclaré(e) du port de l'uniforme nazi) - et qui, nonobstant qu'on sait maintenant comment cela se termine, veulent recommencer.

(Je te le dis franchement: tu me dégoûtes.)

J'avais bien sûr beaucoup aimé cet éditorial, mais je regrettais un peu que Barbier soit si seul, dans son maquis: je sais bien qu'il faut une témérité peu commune, pour se dresser ainsi contre les nazis 65 ans à peine après qu'ils ont été vaincus, mais bon, je commençais à trouver «nos»2 éditocrates beaucoup moins courageux que je ne me l'étais imaginé, et je n'étais pas loin, je l'avoue, d'en concevoir de l'amertume, merde alors, j'avais pour vous une admiration infinie, mais là, sincèrement, vous me décevez, si, si, vous me décevez.

Mais ce matin, enfin: du renfort!

Et quel!

Illustration - Christophe Et Denis Contre Les Nazis

Dans Le Nouvel Observateur , Denis Olivennes choisit à son tour la liberté: «les populistes d'aujourd'hui» , reconnaissables à ce qu'ils psalmodient «nous ne voulons pas payer pour la Grèce» , sont exactement comme «les démagogues» à moustache qui, «à la fin des années 30» criaient «nous ne voulons pas mourir pour Dantzig » , écrit-il dans son éditorial.

(Quand je lis ça, évidemment, je suis comme toi: je ne peux pas m'empêcher de penser que si nous avions eu naguère, au lieu de Daladier, un Barbier ou un Olivennes, nous aurions évité le pire.)

Je résume, pour le cas où tu n'aurais pas complètement saisi la philosophie du réseau Barlivennes: si tu es contre l'interdiction de «la burqa» (et si tu défends par conséquent le droit que chacun a de se balader avenue des Gobelins déguisé en Gruppenführer), de même que si tu as l'effronterie de glisser dans la conversation que le «plan de sauvetage» de la Grèce qui nous a été vendu «vise à sauvegarder l'architecture néolibérale de l'UE» , tu es un peu hitlérien(ne), et tu t'apprêtes à plonger l'Europe dans un long cauchemar.

Barbier le confirme d'ailleurs, dans son édito de la semaine: «Si l'euro se fracture, les égoïsmes flamberont, qui feront bouillir en six mois la marmite des nationalismes et en cinq ans chauffer la forge de la guerre» .

Mais pas de panique: avec Christophe et Denis en face d'eux, cette fois-ci, ils ne passeront pas 3.


  1. Il suffit de l'énoncer tranquillement pour que tout devienne tellement plus simple... 

  2. Façon de parler... 

  3. Au reste, le même Barbier qui présentait le 29 avril l'interdiction de «la burqa» comme une résistance au totalitarisme propose cette semaine - deux précautions valent mieux qu'une -, pour «sauver la paix» en Europe, de «changer de système et de méthode» . «Cela nécessite un nouveau traité» , explique-t-il. Problème: « Traumatisés par le séisme actuel et les duperies d'hier, les peuples» - qui puent - «ne valideront jamais un tel traité» . Barbier conclut, et, crois-moi, nous y reviendrons: «Un putsch légitime est donc nécessaire» ... 


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