blog /

Publié le 13 mars 2011

Laurent Joffrin Ne Craint Dégun (2)

None

Illustration - Laurent Joffrin Ne Craint Dégun (2)

D'après Laurent Joffrin, passé comme on sait de big boss de Libération à big boss du Nouvel observateur (et qui donc a de la prédilection pour les publications où l'on n'hait point le patronat): «Pour la première fois depuis la Libération, les idées les plus réactionnaires ont» chez nous «gagné droit de cité» dans le débat public.

D'après Laurent Joffrin: «Cette acclimatation» est le résultat d'un «long travail de sape» où, durant «près de vingt ans, on a entendu qu'il fallait “briser les tabous”, rejeter le “politiquement correct”, dénoncer la “pensée unique”, s'affranchir de la “bien-pensance”» 1.

Laurent Joffrin s'énerve: «Sous couvert d'anticonformisme» , une «petite troupe de publicistes et d'intellectuels» a de cette vilaine façon «réhabilité (...) la droite» 2

Et ce n'est pas faux du tout, car en effet: ça fait trop d'années qu'une réduite camarilla d'éditocrates s'embosse dans la répétition quotidienne qu'il est temps qu'on brise (nonobstant que ladite coterie les a déjà mille fois rompus) les «tabous» qui nous font des fois nous défier de son capitalisme nourricier.

Par coïncidence: l'un de ces truqueurs - assurément l'un des plus appliqués - fut un certain Laurent Joffrin.

Serait-ce, mâme Dupont, le même Laurent Joffrin qui se désole désormais que d'aucun(e)s aient trop psalmodié qu'il fallait «s'affranchir de la bien-pensance» ?

Oui, da: c'est.

(Convenez que c'est cocasse?)

Dans un bouquin paru en 2007, il écrivait par exemple - sous les nourris applaudissements du Figaro de Serge Dassault (de l'UMP): «Une série de ### tabous et de totems pèse encore» sur «la gauche» (qui ne s'est pas encore assez donnée au capital).

Hiiiii.

Haaaaan.

Puis d'ajouter: «Une orthodoxie déplacée entrave l'action du camp progressiste» (et retarde qu'il ajoute enfin dans son panthéon le coruscant Milton Friedman).

Hiiiii.

Haaaaan.

Puis de conclure (en se tirant les poils du menton): «Une ### bien-pensance paralysante empêche la gauche d'épouser son temps» (et la maintient dans la déplacée nostalgie du soviet de Петроград).

Et vous allez me dire, mâme Dupont, qu'il faut des cojones d'Andalousie, pour oser piauter qu'on a trop «entendu qu'il fallait “briser les tabous”» , quand on vient de passer vingt années de sa vie à scander brisons-les-tabous.

Et vous n'avez pas tort - mais ce n'est pas non plus comme si nous découvrions que pour ce qui serait de prendre les gens pour des noeuds?

Laurent Joffrin ne craint dégun.


  1. 400.000 années (tout de même) après que l'Homme a pour la première fois fait du feu, Laurent Joffrin découvre qu'en frottant deux silex, on produit une étincelle, mais bon: mieux vaut tard que jamais. 

  2. Laurent Joffrin compte, parmi ces gens, «Alain Finkielkraut» : le gros penseur de télévision, tu sais, qui, lové dans la posture grotesque (mais traditionnelle, en philosophie médiatique) du (courageux) résistant à d'imaginaires tyrannies, déplora dès tôt, sous le sceau de sa dissidence à deux balles, qu'on puisse plus compter qu'il y avait quand même touuus ces Noirs, dans «l'équipe de France de football» (et taaant de Noirs, en vérité, que ça faisait glousser le voisinat) sans être aussitôt mis «en prison» . Fort bien. Mais, rappelons-nous: qu'est-ce qu'il a fait, Laurent Joffrin, quand il était le patron de Libération ? Il a régulièrement publié, sans jamais narrer qu'ils participaient d'un «long travail de sape» , les raffinés avis sur la vie d'Alain Finkielkraut - les mêmes, en fait, dont il dénonce désormais la nocivité. Puis encore, et de même: Laurent Joffrin, quand il était le patron de Libération , a fait (dans l'Isère, principalement) de burlesques séminaires, où fut régulièrement convié, parmi d'autres clercs de même gros niveau, un certain Alain Finkielkraut: le même, toujours - mais qui jamais ne fut présenté par Laurent Joffrin, patron de Libération , qui aimait plus que tout l'associer au débat, comme l'un des chefs de «la petite troupe de publicistes et d'intellectuels» dont Laurent Joffrin, patron du Nouvel Obs , déplore soudain si fort qu'ils aient gravement sapé le débat. Au barbichu bal des faux-culs? Ça se trémousse grave, dirait-on. 


Haut de page

Voir aussi

Articles récents