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Publié le 8 avril 2011

I Wanna Be Demorandist

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Illustration - I Wanna Be Demorandist

— Et toi, petit, qu'est-ce que tu veux faire, plus tard?

— Nicolas Demorand.

— Tiens?

— Médecin, j'ai calculé: on parle quand même de trente à trente-cinq ans d'études, et à la fin, on n'est même pas certain que le gouvernement déréglementera pour de bon les honoraires.

— ...

— Je veux dire, imaginons que DSK ne soit finalement pas élu: est-ce que ça vaut le coup de se casser le cul à apprendre par coeur qu'un oesophage n'est pas un humérus, pour finalement se retrouver à soigner des bronchites à 22 euros à Lourd-les-Mines, Saône-et-Garonne?

— ...

— Naaan, m'sieur: personne a envie de ça.

— ...

— Alors que Nicolas Demorand, pardon: c'est pas non plus comme si ça réclamait d'avoir lu tout Guillaume Musso avant de passer l'oral.

— ...

— Je connais un gars, il a même pas fini son CM1, et le voilà qui nous raconte qu'il en a rien à foutre, vu que, de toute façon, il va faire Nicolas Demorand: il doit passer le concours la semaine prochaine.

— ...

— Bon, il se pointe là-bas les mains dans les poches, et vous savez quoi?

— Dis-moi?

— Il est reçu les doigts dans le zen, l'enfoiré - magna cum Claudettes, genre.

— Comment il a fait?

— Vous voulez dire: qu'est-ce qu'il a fait?

— Oui: qu'est-ce qu'il a fait?

— Rien.

— Comment ça, rien?

— Il arrive, les mecs lui demandent: «Rédigez-nous un éditorial de Nicolas Demorand, vous avez trois heures» .

— Le truc ardu, quoi.

— C'est ce que se disent les autres candidats, et vous les voyez qui se mettent à noircir du papier comme si leur vie en dépendait, à grands coups de: «Mais vous, Jean-Luc Mélenchon, vous êtes au fond assez lapéniste, comme mec, hein, Jean-Luc Mélenchon?»

— ...

— Mon pote, lui?

— Oui, lui?

— Rien du tout: le voilà qui se lève, et qui rend copie blanche.

— Gonflé, le gars.

— Attendez, vous avez déjà lu un édito de Nicolas Demorand dans Libération ?

— Oui, da.

— Et ça disait quoi?

— ...

— Alors, ça disait quoi?

— Rien, maintenant que j'y repense.

— Nous y voilà, Thomas: nous parlons ici de quelqu'un qui fait tous les jours 2.000 signes pour ne rien dire.

— ...

— Vous voulez qu'on vérifie dans son édito d'hier?

— Allez.

— Gadez: il raconte qu'avant, tout le monde était pour la mondialisation, et que maintenant, tout le monde est contre la mondialisation, et que, très bien, mais peut-on vraiment se passer (ou pas) de la mondialisation?

— ...

— Question: faut vraiment une carte de presse, pour produire quelque chose d'aussi tragiquement inintéressant?

— ...

— Ça marche aussi avec l'omelette au fromage, notez: y a des gens qui l'aiment baveuse, d'autre pas, mais peut-on vraiment (ou pas) s'en passer?

— ...

— Vous êtes proprio d'un quotidien, je vous fais 1,5 feuillet pour ne rien vous dire sur un non-sujet: vous m'embauchez?

— Pas tout de suite.

— Et comme je vous comprends - mais mon pote, là?

— ...

— Lui, ayé, il a reçu un coup de fil de Roschild: sa copie blanche a fait grand bruit.

— ...

— Ça s'est pâmé velu chez la société foncière Colbert.

— ...

— Tout le monde a senti qu'on avait là un gros potentiel de réenchantement de la gauche.

— Quelle belle histoire.

— N'est-ce pas?


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