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Publié le 25 août 2011

Selon Que Vous Serez Macé-Scaron Ou Beyala, Les Jugements D'Assouline Vous Rendront Blanc Ou Noir

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Adoncques: le (très) divertissant Joseph Macé-Scaron, éditocrate passé de chez Le Figaro 1 à chez Marianne 2, aurait tendance à mettre dans certains de ses bouquins (et dans le dernier, en particulier) des bouts de tiers livres, en omettant, c'est ballot, de mentionner qu'il s'agit d'emprunts faits chez d'autres auteurs.

Et, bon, c'est quand même un peu emmerdant, car, comme dirait (sur son blog) le non moins divertissant Pierre Assouline: «Si être une fois accusé de plagiat est embarrassant» , l'être plusieurs fois «est suspect» .

Mais, justement: Pierre Assouline, dans ce cas précis, ne voit pas (du tout) où serait le problème.

Même: il crie ce soir, dans Le Monde , qu' «il n'y a pas d'affaire Macé-Scaron» , et que ça serait bien, maintenant, qu'on arrête de vouloir «tuer» un si brillant romancier en le traitant «de plagiaire» - sous le fallacieux prétexte qu'il a des fois trouvé son inspiration dans sa bibliothèque.

Car en effet, quand Joseph Macé-Scaron recopie dans un de ses livres des passages pris ailleurs, ce n'est pas (du tout) du plagiat, contrairement à ce que pourrait supputer un esprit borné: c'est (ne ris pas, Olga, ce n'est pas très sympa) de «l'innutrition» .

Ou, si tu préfères (et je suis sûr qu'en effet, tu préfères): de «l'intertextualité» .

(Et c'est vrai que ça change carrément tout.)

De qui Pierre Assouline tient-il cette révélation?

De Joseph Macé-Scaron lui-même, qui fait ici un témoin assurément impartial, et qui lui a gentiment «dit» qu' «au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon, de Barthes et de Genette ont montré que l'innutrition était la principale source de littérature, qu'elle soit ancienne ou moderne» .

Puis de préciser: «On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres» .

Puis de conclure: «C'est ce qu'on appelle désormais l'intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien» .

Et, bon, jusque là, je crois que je comprends à peu près le truc: constatant que Joseph Macé-Scaron fait «depuis le début de la semaine» une «amère expérience» où ses «emprunts» sont présentés comme «un plagiat» , Pierre Assouline, n'écoutant que son bon coeur, se porte au secours du pauvre gars, et lui fait dire que, non, il n'a copié sur personne, et que non, il n'a rien plagié du tout: il s'est juste innouri , nuance - et qu'est-ce qu'il y peut, lui, si des crétin(e)s ne savent strictement rien des raffinées subtilités de «l'intertextualité» ?

Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est ce qui a bien pu amener Pierre Assouline, sur un tel sujet, à changer d'avis du tout au tout.

Illustration - Selon Que Vous Serez Macé-Scaron Ou Beyala, Les Jugements D'Assouline Vous Rendront Blanc Ou Noir

Non parce que, si mes souvenirs sont bons3, il était vachement moins souple, dans le temps, Pierre Assouline, quand il tombait sur des «emprunts» .

Avec Calixthe Beyala, par exemple, il a été sans pitié: il a pas du tout envisagé, en 1996, quand il l'a traitée de copieuse, l'hypothèse d'une «innutrition» - ou d'une «intertextualité» .

Et quand l'Académie française a décerné son Grand Prix à la romancière camerounaise, Pierre Assouline, plutôt que de gueuler qu'il n'y avait pas d'affaire Beyala - circulez, y a que dalle à voir - s'est au contraire dit «consterné à la pensée que l'Académie» n'avait «rien trouvé de mieux à honorer» que l'oeuvre d'une piqueuse de phrases.

Question, dès lors: comment ça se fait-ce, que ce qui valut naguère pour Beyala ne vaut plus aujourd'hui pour Macé-Scaron - et inversement?

Mystère.

Nous pouvons juste remarquer une différence, qui est que Joseph Macé-Scaron «occupe» un poste de direction au Magazine Littéraire , où Pierre Assouline4 s' «honore de collaborer» 5.

Alors que Calixthe Beyala: non.


  1. Où il fut, sans désemparer, le dévoué porte-enseigne des briseurs de tabous. 

  2. Où il dénonce désormais (faut bien s'ajuster, mâme Durand) les briseurs de tabous. 

  3. Et ils le sont, espère. 

  4. Qui mentionne dans sa plaidoirie cette proximité. 

  5. Ne ris pas, te dis-je. 


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