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Publié le 14 décembre 2011

Retour en Palestine

L’occasion faisant le larron, j’inaugure ce blog avec ces notes prises au cours de mon tout récent voyage en Israël et Palestine.

Dîner puis soirée télé chez des amis à Jérusalem. L’affaire du jour est bien sûr la situation en Egypte d’où parviennent les premiers résultats des législatives. Chaque chaine a son débat. Sur la première, chaine d’Etat, réputée proche du gouvernement, quatre « experts » échangent à mesure que tombent des chiffres encore provisoires. Stupeur : les salafistes recueilleraient entre 20 et 30%. Du coup, les Frères musulmans, longtemps diabolisés, en deviendraient presque rassurants, avec leurs 40%. Premier sujet de discorde entre les intervenants : faut-il ou non additionner les voix des deux courants islamistes. L’un franchit le pas. Un autre s’y refuse. Mais — ô surprise — nous avons affaire à un débat plutôt nuancé, loin de la propagande indigeste dont la télé israélienne est coutumière. A propos des Frères, un expert rappelle l’exemple de l’AKP turc qui s’est fondu dans le système démocratique. On ne croit pas à une remise en cause des accords de paix israélo-égyptiens. On redoute en revanche le chaos et un climat d’hostilité anti-israélienne. Le souvenir de l’attaque contre l’ambassade d’Israël, en septembre, est encore vif.

Autre ton aux informations. Un porte-parole de «Bibi» Netanyahou, comme on l’appelle ici (sans affect particulier), ne se prive pas de triompher :« On vous l’avait bien dit, après le printemps arabe, voici l’hiver islamiste.» La formule a un succès fou. Elle conforte l’hystérie politique locale.« Bibi» aime jouer les Cassandre. L’échec des révolutions arabes, ce n’est pas tant pour lui une prédiction qu’un souhait. Après quelques semaines de tétanisation devant l‘irruption des révolutions tunisienne et surtout égyptienne, la propagande s’est rapidement réorganisée sur l’axe de la grande peur islamiste. Mais la hâte à exploiter le filon a mis mal à l’aise une partie de la classe politique. Même l’inoxydable Shimon Peres, président de l’Etat, s’était laissé aller à reconnaître qu’on ne pouvait pas se plaindre de la démocratisation du monde arabe. Dieu merci, voilà les salafistes ! Ils ont donné du grain à moudre à la pensée officielle israélienne qui se nourrit toujours de la même idée obsédante : nous sommes entourés d’ennemis, tous nos voisins veulent notre perte, et nous ne pouvons compter pour notre sécurité que sur nous-mêmes. Doublée de cette autre pensée indispensable : nous sommes la seule démocratie de la région.

On zappe. Autre préoccupation. Plus légère. La chaine 10 fait l’apologie d’un site français qui organise des rencontres féminines pour hommes mariés. Six mille Israéliens sont déjà inscrits, dit le commentaire…

Zappeur. Gros plan sur la présidente de la Cour suprême. Rompant avec la tradition d’extrême réserve de cette institution, le plus haut magistrat du pays a des mots très durs à l’encontre du gouvernement. Elle estime que la Cour suprême est victime de la part de certains ministres (très marqués à droite, proches d’Avigdor Liberman) d’une véritable opération de délégitimation. La Cour suprême n’est pas très courageuse dans la défense des libertés. Surtout lorsqu’il s’agit de défendre des Palestiniens. Mais elle fixe tout de même certaines limites. C’est déjà trop pour la droite au pouvoir. En quelques semaines, une série de lois ou de textes répressifs ont restreint les libertés publiques. Comme souvent, on a commencé par s’attaquer aux Palestiniens en mettant hors la loi toute évocation ou célébration officielle de la Nakba (la «catastrophe » en arabe, qui désigne l’exode forcé des Palestiniens au moment de la création d’Israël). Un déni d’histoire. Puis on a criminalisé les ONG israéliennes, couramment qualifiées de« terroristes», même et surtout lorsqu’elles ne font que dénoncer la colonisation. Enfin, troisième pied d’un triptyque inquiétant, jusqu’au cœur même de la société israélienne, une extension de la notion de diffamation. Une entreprise d’intimidation qui vise la presse, et encourage l’autocensure.

Demain, balade dans Jérusalem un jour de shabbat.


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