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Publié le 9 juin 2012

Yankee Doodle Went To Latin America (Mais Pas Que)

Illustration - Yankee Doodle Went To Latin America (Mais Pas Que)

Kofi Annan (photo), missionnaire des Nations Unies à Damas, vient de narrer qu'il serait plutôt partisan, pour ce qui le concerne, d'associer l'Iran (plutôt que, par exemple, Bernard-Henri Lévy) à la recherche d'une sortie négociée de ce qu'il est convenu d'appeler la crise syrienne.

Quand on y réfléchit: ce n'est pas complètement idiot.

Car en effet - et quelle que soit, par ailleurs, la méchanceté du personnage: Ahmadinejad est probablement l'un des seuls mecs qui puisse aujourd'hui tempérer les ardeurs d'Assad.

(Alors que si Bernard-Henri Lévy se pointe et dit Bachar, maintenant, tu prends tes pilules: il risque d'essuyer un refus.)

Mais les États-Unis d'Amérique ne veulent pas entendre parler, sauf vot' respect, m'sieur Annan, d'une participation de l'Iran - qui d'après leur point de vue «fait partie du problème» syrien, et non de sa solution, puisque, expliquent-ils: ses dirigeants prodiguent un «soutien actif» à leurs homologues de Syrie, dont le comportement, depuis quelques temps, est, toujours selon les États-Unis d'Amérique, un odieux «affront à la dignité humaine» .

Quand on entend ça, n'est-ce pas: on se pince, et on tourne.

Histoire de vraiment vérifier si on ne serait pas, des fois, en train de faire un mauvais rêve.

Car en effet: s'il y a bien un pays au monde qui est tôt passé maître (quinzième dan) dans le soutien actif à des régimes spécialisés dans l'affront à la dignité humaine1, ce n'est bien évidemment pas l'Iran, mais, précisément, les États-Unis d'Amérique.

En Amérique Latine, par exemple, et dans une (longue) période qui a grosso modo duré jusqu'à la toute fin des années 19802: des centaines de milliers de civil(e)s ont été broyé(e)s dans des massacres auprès de quoi les crispations post-titistes de MM. Milosevic et Tudjman prennent rétrospectivement des airs de cours de gym douce pour retraité(e)s fragiles du pied.

Est-ce que les États-Unis d'Amérique ont plissé du nez, et constaté qu'il y avait dans ces gigantesques tueries l'esquisse d'un conséquent affront à la dignité humaine?

Point: les États-Unis d'Amérique ont plutôt continué d'assurer dans la région, à la fin de les maintenir au pouvoir, la formation, l'encadrement et (il va de soi) l'armement des bouchers fascistes qui les perpétraient.

Pour le dire autrement: ils ont très activement soutenu de monstrueux psychopathes.

Dans une autre extrémité du vaste monde, et dans une période qui pour le coup ne semble pas devoir se terminer après-demain: l'armée israélienne fait depuis des décennies de réguliers hachis de Palestinien(ne)s, mélangés aussi de quelques pâtés de Libanai(se)s, où le réalisme oblige à constater que les enfants sont beaucoup plus nombreux à se faire tuer qu'en Syrie ces derniers temps.

Est-ce que les États-Unis d'Amérique ont suggéré que le gouvernement israélien soit tenu loin des instances internationales - et n'y revienne qu'après avoir définitivement renoncé à tout affront à la dignité humaine, parce que là, vraiment, Bibi, ça commence à bien faire?

Nenni: les États-Unis d'Amérique continuent de soutenir activement le gouvernement israélien, et de lui fournir du gros matos militaire.

Quand les États-Unis d'Amérique s'érigent en arbitre des élégances diplomatiques, et prétendent décider de qui pourra contribuer à la recherche d'une sortie de la crise syrienne, et de qui devra rester chez soi à réciter des actes de contrition pour avoir trop attenté au(x) bien(s) d'autrui: c'est donc un peu comme si Hannibal Lecter se mettait soudain à nous dispenser une leçon de maintien humanitaire, sur le thème: «Tu ne tueras point ton prochain.»

Mais apparemment: ils trouvent encore quelques supporteurs - dont, dit-on, quelques philosophes - de ce côté-ci de l'Atlantique.


  1. Nous ne parlerons pas ici - ça nous prendrait beaucoup trop de temps - des innombrables fois où ce pays a directement perpétré d'infâmes tueries de masse, sans même passer par l'entremise de sanguinaires supplétifs: pour plus de renseignements, consulter par exemple n'importe quel paysan(ne) nord-vietnamien(ne) de plus de quarante ans. 

  2. Avec tout de même du rab en Colombie. 


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