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Publié le 11 mars 2013

Le coût économique d'une catastrophe nucléaire, on s'en fout, ce n'est pas l'essentiel

Fidèle à ses mauvaises habitudes, à ses obsessions économistes, le système en place vient de nous livrer son estimation de ce que couterait à la France (et les pays voisins) un accident nucléaire majeur. Comme si ces dépenses éventuelles avaient réellement de l’importance, comme si elles devaient constituer l’essentiel de nos préoccupations. Une dizaine de séjours dans la zone irradiée de Tchernobyl, un voyage dans la région de Fukushima et deux reportages au cœur des espaces irradiés de Tcheliabinsk dans l’Oural russe, m’ont démontré que l’important n’est pas dans le coût mais dans les maladies qui se préparent pour se déclarer un quart de siècle plus tard, dans le traumatisme et le désespoir des habitants, dans l’horreur de leur exil, dans la destruction progressive des paysages et dans l’insécurité permanente et l’angoisse sur l’avenir qui se traduisent par des dépressions nerveuses et des affections inconnues…que nul n’a envie de reconnaitre. Une catastrophe nucléaire, cela se traduit en nombre d’enfants qui seront un jour malades, en habitants dont la vie sera abrégée.

Transformer un accident en simple hypothèse économique, c’est masquer l’essentiel, c’est laisser libre cours à une bataille de chiffres qui occulte la réalité : la région qui entoure une centrale accidentée se transforme en désert humain, en zone de souffrance. La discussion économique a évidemment l’avantage de provoquer une polémique qui occulte tout le reste : pendant que des experts, dont la Cour des Comptes a dit en janvier 2012 en quelle piètre estime elle tenait les calculs d’EDF et de tous les acharnés du nucléaire, vont se déchirer sur le nombre des milliards d’euros, le public oubliera les dégâts humains pour lesquels il n’existe pas de calcul. Qui peut dire et chiffrer la souffrance de la famille de mon ami Oleg mort en 1998 à Kiev des conséquences de son irradiation dix ans plus tôt ? Qui peut transformer en formule économique le désarroi des paysans de la région de Fukushima qui avaient consacré leurs vies à bâtir une agriculture bio renommée dans tout le Japon ? Qui peut évaluer le prix du traumatisme de cette femme des environs de Fukushima qui revient furtivement dans sa maison, malgré les interdictions, pour nourrir ses deux chats qu’elle n’a pas eu le droit d’accueillir dans son hébergement provisoire ? Au moins, à Tchernobyl les habitants évacués avaient eu le droit d’emporter leurs animaux familier et de faire transporter leur bétail !

Transformer l’éventualité d’un grave accident en simple question économique représente la dernière habilité des nucléocrates de détourner l’attention de la population.
Et, enfin, qui va évaluer le coût social et le coût politique d’une catastrophe: que fera-t-on quand l’accident se produira et que la population, négligeant les avertissements se précipitera sur les routes pour fuir la radioactivité, Quelle réponse apportera le pouvoir en place aux foules qui se presseront devant les autres centrales pour exiger leur arrêt ? On fera donner la troupe ? On ouvrira le feu ?


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