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Publié le 17 mai 2013

Du Trocadéro aux pillages des magasins Virgin, où sont les barbares?

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Combien des bons apôtres qui ont condamné et dénoncé les pilleurs de la Place du Trocadéro se sont brutalement rués depuis quelques jours dans les magasins Virgin ? Combien de ceux qui réclament une « justice sévère » contre la violence des jeunes et moins jeunes interpelés et jugés en comparution immédiate ont usé d’une violence comparable dans ces magasins Virgin de Paris et d’ailleurs, bousculant, insultant voire volant ? Sans aucune préoccupation pour les salariés de cette chaine, sans éprouver la moindre honte, sans le moindre regret face à leurs angoisses. Juste pour faire « une bonne affaire ». Comme ceux qui, dans des dizaines de villes de province se pressent dans les ventes aux enchères qui dispersent les derniers biens des entreprises en faillite devant les derniers salariés à la foi honteux et consternés face aux charognards qui emportent une imprimante pour 10 euros, un ordinateur pour 25 et un groupe électrogène pour 80. Ils achètent ainsi le désespoir des salariés, la richesse qu’ils ont accumulée pour un patron ou un groupe.
Les mêmes continueront à acheter chez Carrefour, Auchan et les marques de prêts à porter, les T-shirts ou les jeans en provenance du Bangladesh, même quand c'est écrit dessus. Mais qui regarde ?

En revoyant les images, notamment celles de Paris et de Toulouse, de ces nouveaux pillards de malheurs, je ressens une grande indulgence envers ceux que la presse, l’opposition et la majorité appellent les « casseurs du Trocadéro ». Des supporters et de jeunes badauds désœuvrés qui ont tout simplement exprimé une rage face à l’étalage de richesse d’un club de football, de ses dirigeants et de ses joueurs. Simplement les quelques pillages (deux bus et une boutique) dont ils se sont rendus coupables n’étaient pas légaux. Comme l’explique le directeur de Politis, ils ont quitté un instant le vide de leur vie pour affronter un autre vide, le sport spectacle sur l’esplanade des Droits de l’Homme.

Mais si les clients de Virgin ne sont pas coupables aux yeux de la loi, ils participent de la même société du pillage et du mépris des autres. Les prophètes du rabais et de la gratuité qui ne veulent pas savoir que tout se paye, surtout quand c’est gratuit. Ceux qui payent sont toujours les salariés ou tout au moins ceux qui ont encore un boulot. De combien de licenciements, par exemple, la baisse des forfaits téléphoniques, la baisse des appareils électroniques ont été payées depuis quelques années ? De combien de faillites d’agriculteurs ont été et sont encore payés les baisses de fruits, de légumes et de viandes en trompe l’œil vantées par les grandes surfaces ? De combien de délocalisations quelques centimes en moins sur une boite de conserve ou un surgelé ont été la cause, frappant en priorité ceux qui se livrent aux pillages des bonnes affaires ? De combien de chômeurs se payent toutes les bonnes consciences qui se servent gratuitement en livres électroniques, en musique et en films sur Internet, expliquant sans gêne que le droit d’auteur, c’est du vol. Ben voyons ! Les militants les plus anciens se souviendront que la Librairie de François Maspero, dans les années 70, fut ruinée par les vols. Ils étaient alors commis (au moins officiellement) pour des raisons idéologiques. Aujourd’hui, vols et pillages sont commis sous l’emprise de l’idéologie du gratuit. Comme si les objets, culturels ou non, poussaient pas miracle, sans recours à des salariés.

En fin de compte la nuée de rapaces qui s’abat sur les magasins et les entreprises en faillite, m’inquiète beaucoup plus que le comportement des « casseurs » du Trocadéro. Elle montre que les « bons citoyens » qui dénoncent ces derniers ont perdu toute conscience de ce qu’ils font, tous repères. Notre société est en train de s’ensauvager et tend à amnistier les politiques et les industriels qui se livrent aux mêmes pillages. Ils rééliront, peut-être pas celle fois ci (et encore) un Jérôme Cahuzac, comme ils ont réélu un Balkany, un Alain Carignon et quelques autres.

Notre société glisse vers la barbarie.


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