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Publié le 31 octobre 2014

Michelle, femme à la rue depuis 2 mois

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Je suis restée plus d’un an dans une chambre meublée à Clermont-Ferrand. La propriétaire était une personne très âgée. Une femme instruite, qui a beaucoup voyagé. Son pays préféré : La Norvège. Elle parlait parfaitement l’anglais.

Elle a eu une belle vie, et vivait aisément. Mais elle était fière et égoïste, menteuse et surtout raciste. Son jardin était en friche, elle n’était jamais là. Elle vivait dans la maison en face de celle qu’elle louait. Sa femme de ménage ne s’occupait que de sa demeure principale.

Dans sa location, les chambres du rez-de-chaussée étaient destinées aux étudiants. Mais ils ne restaient jamais très longtemps. Moi, je restais même si c’était une vieille maison délabrée. Nous avions du moisi sur les murs, dans le placard de la chambre, mes vêtements étaient mangés par les mites, et ça sentait l’humidité.

Un des locataires avait appelé les services sanitaires pour un contrôle. Elle a été contrainte à faire des travaux qu’elle n’a jamais réalisés. Moi, je bossais en hôpital, elle me détestait, la propriétaire, se méfiant de mes éventuels appels aux services sanitaires. Alors, pour tenter de me faire apprécier, j’ai désherbé son jardin, gratuitement. Mais cela n’a rien changé. Elle était toujours méprisante, et méchante.

Je m’appelle Michelle pourtant, elle disait aux autres locataires  « encore une Arabe » . Mais j’ai persisté à être sympa, je lui achetais son journal le dimanche, prenais soin de ses rosiers. Mais un jour, elle m’a dit qu’il fallait que je libère ma chambre, qu’une jeune fille de sa famille allait venir étudier sur Clermont-Ferrand et que cela faisait trop longtemps que j’étais là.

Alors, après avoir perdu mon travail, et sans en avoir jamais retrouvé (NDLR Michelle approche de l’âge de la retraite), je suis restée sept jours dans un hébergement à CÉCLER (Hebergement d’urgence). C’était bien, c’était propre, de bons repas, les gens, le personnel l’accueil, tout était parfait. Le matin, il fallait partir vers 9 heures et on pouvait revenir dès 17 heures.

Le week-end on pouvait rester dans notre chambre toute la journée. Mais faute de place, j’ai été plusieurs semaines dans la rue. J’ai vu peu de femmes, beaucoup d’hommes. J’ai eu la chance de rencontrer que des gens gentils. Mais dans la rue, la nuit, il fait froid, pour une femme, c’est dur de vivre sans logement.

Moi, j’avais peur de croiser des gens méchants, mal intentionnés. C’est en fait, un autre monde, plein de surprises : de la générosité, beaucoup. Un homme m’a offert un matelas de camping. Mais parfois, certains ont fait venir les gendarmes à 3 heures du matin. Je dormais bien, ils m’ont réveillée.

Alors qu’ils voulaient que je parte, je leur ai demandé qu’avec ce froid, j’en étais incapable. Ils m’ont laissée dormir, mais m’ont intimé l’ordre de trouver un autre endroit pour dormir le lendemain. Je ne comprenais pas.

J’entendais les gens dire  « ben celle-là elle ne risque rien ! » . Quand je me suis réveillée, le lendemain matin, j’ai compris, le beau bâtiment que j’avais dégoté pour passer la nuit n’était autre qu’une Gendarmerie !

J’ai aussi dormi sur un banc. Une vieille dame m’a réveillée pour m’apporter une couverture. On a discuté, je lui ai rendu la couverture après la nuit. Parfois, je lui rends visite. Elle m’a offert une écharpe.

J’ai aussi dormi au même endroit qu’un autre SDF. Mais chacun dans son coin. Les premiers jours, j’avais mis des sacs plastiques sur le sol, et j’avais sur moi deux vestes. J’ai dû lui faire de la peine, car il m’a filé une couverture rose et son ami un duvet.

Les gens de la rue sont solidaires entre eux. Quand on leur donne quelque chose, ils partagent toujours. Un de mes camarades de rue m’a même offert un pyjama !

Une des personnes qui habitaient pas loin de l’endroit où je dormais m’a apporté des plats chauds, des pâtés au fromage, des légumes de couscous, des gâteaux et des fruits. Il m’a dit que lui aussi s’était trouvé dans la même situation il y a quelques années. Il comprenait.

Le midi, je mange à l’accueil de jour de la fondation Abbé Pierre. Le soir, on mange dehors.

Certains des gens de la rue ont des chiens. Ca fait une présence, de l’affection, car souvent, nous n’avons pas ou plus de famille, et ils se sentent protégés. Nous ne sommes pas à l’abri d’une agression. La dernière fois, l’un d’entre nous a été agressé par un jeune de 16 ans !

L’accueil de jour est toujours propre. Le personnel est bien (Alex, David, Sybille…). Il y a une machine à laver, et une personne pour nous couper les cheveux. On peut y petit déjeuner et y prendre le repas de midi de 12 Heures à 13 h 45. On peut y voir des médecins et des infirmières. Et ils s’occupent de notre courrier.

On m’a redonné une chambre au Cécler pour 7 jours. Cette fois au premier étage. J’y croise des enfants avec leurs parents, ils peuvent bénéficier d’une aide pour les devoirs. Nous avons une salle avec télévision, et une petite cuisine commune.

J’ai aussi été accueillie dans les bungalows (autre hébergement d’urgence). Pendant une semaine. Nous étions trois par structure. Je dormais avec une femme qui ronflait et l’autre parlait toute seule de jour comme de nuit. Pour aller aux toilettes ou prendre sa douche, il fallait traverser la cour. Nous n’étions que trois femmes. On devait quitter les lieux de 9 heures à 17 heures.

Moi je me balade toujours avec mon caddie. Certains commerçants font des réflexions sur les SDF. Ils pensent que nous sommes tous des voleurs. J’ai moi-même déjà donné des sous à des gens dans la rue, aux sans logement. Moi, je ne fais pas la manche. J’ai le RSA. Mais certains n’ont droit à rien, pas même à une pension retraite. Certains sont très jeunes et d’autres très âgés.

Il faut construire plus de logements sociaux, ou restaurer les vieux bâtiments qui ne sont plus occupés de puis longtemps. Car, il ne faut pas croire, les gens avec petite retraite, ou petites pensions, et même ceux qui n’ont rien, ça existe.


En partenariat avec l’accueil de jour de Clermont-Ferrand de la fondation Abbé Pierre, ce blog ouvre ses pages à ceux que l’on ne voit ni n’entend jamais. Les sans-domicile-fixe clermontois, par le biais d’un atelier d’écriture animé par Éloïse Lebourg, pourront désormais raconter chaque semaine leur quotidien ou réagir à l’actualité.

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