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Publié le 30 juillet 2015
«On abuse de nous parce qu'on n'a pas de quoi se défendre»

«On abuse de nous parce qu'on n'a pas de quoi se défendre»

C'est une histoire vraie, évidemment, de celles que l'on se raconte en atelier d'écriture. Celle-ci m'a particulièrement touchée. Je décide alors de l'écrire moi-même, avec Morshein et Mars...

C'est l'histoire d'un pauvre mec qui n'est pas celui qu'on croit...

Mars est arrivé à l'atelier, entouré de ses deux chiens, dans un mutisme implacable. Pas un mot. A peine un regard... Mars a les boules... Il faut dire qu'il s'est fait avoir. On ne va pas refaire l'histoire de Mars, mais il dort dans sa voiture et vient manger à l'accueil de jour. Il a un gros chien qui vieillit, et le petit Bob tout fou, d'à peine 4 mois... Sa voiture est garée devant les Restos du Cœur...

Un jour, un des bénévoles lui propose de bosser pour lui en échange d'un peu d'argent. Mars accepte tout de suite. Pendant 5 jours, il lui refait son jardin. Mais, à plusieurs conditions: personne ne doit le voir, le propriétaire ne veut pas que l'on sache qu'il embauche «un clochard», donc il arrive avant le lever du jour et repart à la tombée de la nuit. Il doit laisser ses chiens dans la voiture, s'habiller mieux, ne plus traîner avec ses copains de la rue... Bref se faire discret... Privilège ultime: Mars a le droit de déposer ses affaires chez le bénévole des Restos du cœur. Il est content, surtout qu'il doit partir à Lyon faire opérer son chien de l’œil. Il aura de l'argent pour l'essence et l'autoroute.

A la fin des cinq jours où nous retrouvons Mars plein d'égratignures à cause de la coupe des rosiers, il a donc le regard dans le vide.
Non seulement il n'a pas eu d'argent, le bénévole des Restos du cœur jouant l'abonné absent, mais en plus il n'a pas pu récupérer ses affaires, dont des affaires très personnelles...

On a évidemment le nom de ce monsieur, on a même son numéro de téléphone... Et nous savons bien que nous récupérerons les affaires de Mars d'ici peu, et qu'il aura, on l'espère, un peu d'argent...

Mais Mars a les boules quand il nous raconte son histoire:
«Tu vois, moi j'ai rien pour me défendre, j'ai accepté de bosser comme ça sans contrat parce que j'ai vraiment besoin d'argent... Là demain, je vais partir à Lyon pour mon chien, je vais être obligé de griller l'autoroute, si tu savais comme ça aurait été un luxe de la payer! On abuse de nous, juste parce qu'on ne peut pas se défendre: on n'a pas d'avocat, pas d'énergie, et personne ne nous donne la parole...»

Mars n'est pas le premier à nous parler de ça. Nombre de SDF sont «embauchés» pour garder des parkings et autres petits boulots payés des misère, quand on daigne leur donner un peu d'argent.

Nous espérons que Mars retrouvera ses affaires et un peu d'argent. Car dans cette affaire, c'est un peu sa dignité qu'il nous dit avoir perdu.

Je le réconforte comme je peux: «Tu sais le connard dans l'histoire c'est pas toi...»

«Oui mais moi je suis encore le baisé...»


Photo d'illustration: CITIZENSIDE/DAVID LE TELLIER / CITIZENSIDE.COM

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