Entre les lignes

François Bégaudeau entrelace le témoignage de Florence Aubenas avec des commentaires personnels.

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Elle. Lui. C'est presque une conversation. Sauf qu'elle est seule à parler. Lui, il commente, dans sa tête. Elle, en italiques. Lui, en caractères romains. Elle, devant l'assistance. Lui, dans l'assistance. Elle parle d'elle. Lui aussi parle d'elle, de son discours, de sa syntaxe ­ « Bon, bref et donc sont trois starting-blocks qui pulsent son verbe » ­, de ceux qui l'écoutent, de lui quand il décroche... Et de leur rapport à l'Histoire. L'histoire de Florence Aubenas, otage en Irak, revenue d'Irak, qui délivre son témoignage en faisant tout pour « dégonfler la métaphysique du martyre ». Et l'Histoire tout court. Celle de l'Irak en guerre, où les journalistes se font enlever, où les otages libérés viennent faire leur rapport devant une assistance médusée. « Leurs papiers de demain dégoulineront de redondances en hommage à sa pudeur sans pathos, alors que pour elle, il ne s'agit que de taire ce qui va sans dire, de passer sur ce dont au fond il n'y a rien à dire. » Lui ne dit rien, ou presque, de l'affaire. Son sujet, c'est elle, sa voix rauque, son sourire, la façon dont elle se met en scène, et dont elle reconstruit ce qu'elle a vécu dans cette cave, cinq mois durant.

François Bégaudeau aurait probablement aimé que le plus intéressant dans ce livre soit la manière dont le narrateur décolle du sujet. Dont il évite l'Histoire et préfère (ose ?) s'introduire dans les creux du récit... Mais le plus intéressant, c'est précisément la manière dont il s'attaque au sujet. Serait-ce lui faire injure de dire que son approche n'est pas sans lien avec le journalisme ? Un journalisme, certes, comme on n'en fait pas, avec du temps, de l'imagination et, surtout, de la place. François Bégaudeau prend le temps et la place de rapporter cette conférence en ajoutant ses impressions entre les lignes, manquant parfois de sobriété mais empruntant le même ton anti-scoop que celui de la journaliste. Cependant que la conférence suit son cours, le narrateur s'intéresse aussi à son propre déroulé intérieur, repensant, par exemple, à cette petite qu'il a embrassée en CM1... avant de revenir à elle, Florence Aubenas. Le texte entrelace son monologue intérieur et le monologue de la journaliste avec un effet « en temps réel », que le chapitrage vient renforcer : 0'00'', 12', 30'11'', 45' enfin. Une structure en time codes . Fin de l'histoire , c'est un peu plus de trois-quarts d'heure dans la vie de cette femme qui revient de loin, et dans la tête de cet homme qui l'écoute. Et il s'en passe, des choses, en trois quarts d'heure.


Fin de l'histoire, François Bégaudeau, Verticales, 136 p., 12,50 euros.

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