Courrier des Lecteurs
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La primaire socialiste
Quelle surprise! Le parti socialiste ne présentera pas de candidat aux prochaines élections présidentielles. En fait ce n’est guère une surprise. L’affaire couvait depuis un certain temps. Il suffisait d’une primaire pour faire passer la pilule démocratiquement.
Pourquoi Glucksmann? Il a fait un bon score aux européennes, il permet d’éviter une nouvelle déroute et surtout il est contre une alliance avec LFI. Drôle de façon entre nous d’entrevoir la lutte contre la droite et l’extrême droite.
Pour en revenir à la primaire, Ségolène Royal qui est une vraie socialiste a bien perçu le stratagème et c’est bien la seule à avoir parlé avec sincérité d’union de la gauche.
"Révo" ou "Révolo"
Dans votre article consacré à la disparition d’Henri Maler, vous indiquez que le « groupe Révolution! » était « familièrement appelé « Révolo ».
Durant mon militantisme à Révolution! (organisation communiste Révolution!) et jusqu’à la lecture de ce numéro de Politis, jamais je n’ai entendu cette appellation (qui sonne d’ailleurs bizarrement).
Dans ce milieu, les gens disaient « Révo ! ».
Ce « courant de gauche libertaire » ne « deviendra » pas « Gauche ouvrière et populaire (GOP), puis Organisation communiste des travailleurs (OCT) »: Révo! fusionnera avec la GOP (issue du PSU) pour donner l’OCT…
Bon, mais c’était bien que Politis évoque Henri Maler.
En attendant la pluie
Avec Mymi nous rentrons de vacances, une semaine passée au carrefour du Puy-de Dôme de la Loire et de la Haute Loire, dans une bourgade vieillissante au nom improbable de Craponne sur Arzon. C’était une belle semaine à deux, vélo, rando et ce beau temps qui n’en finit plus, là comme partout la nature est grillée, même si ces couleurs grillées collent parfaitement avec les espaces naturels protégés des Hautes-Chaumes, ça ne va pas du tout au teint des prairies où, des vaches bigarrées cherchent leur pitance. Le soir au gîte, nous reposons nos vieux os et par hasard surprenons le journal télévisé qui, en boucle nous montre les « violences lycéennes ». Partout des feux, des coups, des jeunes cagoulés et violents. Je suis à la fois réconforté d’être proviseur à la retraite et de ne pas avoir à gérer ce nouvel épisode de mouvement lycéen et à la fois, la rage monte en moi de voir le traitement médiatique et politique de ce temps fort pour la jeunesse.
En observateur attentif de ce qui est montré, je vois que la police a des ordres extrêmement précis pour intervenir, de nombreuses interpellations, des effectifs importants de police placés en face des élèves manifestants, et aucune distinction faite entre les quelques jeunes qui ont choisi de frapper fort à visage masqué avec les autres jeunes qui pancartes à la main essaient de faire passer un message et des revendications. Les médias donnent avec parcimonie la parole à n’importe qui, sans chercher un interlocuteur avisé, capable de décrire comment le mouvement s’est créé, pourquoi ce ras-le-bol, et qu’attendent-ils comme résultats de leur mobilisation. Une fois encore ma première impression est ce manque de considération pour la jeunesse et de ses organisations. Les médias et les commentateurs du gouvernement ne font preuve d’aucun discernement entre toutes ces jeunesses qui sont là dans la rue. Si le mouvement semble toucher beaucoup de lycées, il semble que ce soit depuis les lycées de la périphérie des grandes villes que le coup parti. Je vois bien que ces jeunes-là sont plus que les autres, considérés comme une masse uniforme et que, leur donner la parole, ne vient à l’idée d’aucun commentateur des grands médias.
Une fois encore, la police cogne sans retenue blesse les manifestants, comme lors des gilets jaunes, comme à Sainte-Soline ou sur les travaux de l’A69 ou pendant le mouvement sur les retraites. Une fois encore on éloigne les gens et les jeunes de leur police. Je sais que seul notre pays arme les policiers avec des armes extrêmement dures et dangereuses, partout en Europe, ces armements anti-émeutes sont retirés pour une approche plus respectueuse des mouvements populaires. Ici un œil perdu, ici une main, ici un visage et parfois aussi un mort, rien n’évolue, tout se radicalise la police et certain manifestant bien évidemment. Je sais que la police pourrait avoir une autre attitude et de faire en sorte de cerner mieux les personnes violentes pour protéger l’expression de la masse des manifestants, je sais que quand il s’agit de jeunes, cette approche devrait être une évidence, ce n’est pas le cas de nos ministres et de notre président. Je vois que le choix qui est fait est tout autre, élever la menace policière et étouffer coûte que coûte cette rébellion. J’ai une pensée pour les jeunes qui ont peur de tout cela et qui ne participent pas au mouvement.
Je me souviens avec le sourire aux lèvres des précédentes bouffées de colères lycéennes (2005 Loi Fillon, 2006 le CPE, 2008 victoire contre Darcos, 2010 la première réforme des retraites Woerth et Sarkozy, 2016 la loi El Komery, 2018 Parcoursup, 2019 La réforme Blanquer) J’étais au cœur des groupes de lycéens chaque fois, pour modérer les blocages du lycée et aussi permettre des espaces de paroles et des espaces de préparation des manifs. Tout remontait à la surface, déjà cette évidence qu’ils ne se sentaient pas écoutés, pas pris au sérieux et je voyais qu’ils attachaient une importance considérable à la qualité de ce qu’il leur est proposé pour étudier. Toujours j’ai été désolé de voir l’arnaque que sont : la démocratie lycéenne, les conseils de la vie lycéenne, et souvent aussi le rôle de délégué ou d’élu au conseil d’administration. Toutes les revendications que je vois remonter du présent mouvement, je les ai entendues mainte fois exprimées, précises et documentées établissement par établissement, situation par situation avec une absence quasi-systématique des représentants des régions! Avec la condescendance crasse de l’autorité académique et des IPR vie scolaire démunis. Les effectifs de classe à 35 et plus, des salles qui accueillent mal de tels effectifs, des profs absents, des profs bidon, des internats où l’informatique ne fonctionne pas, des accès handicapés non conformes, du chaud, du froid, les toilettes dysfonctionnelles, du manque de place en étude, de certains locaux délabrés, du manque d’AVS, de l’absence d’infirmières et de médecins scolaires. La liste est longue. J’ai vu se faire au fil des années le désengagement des collectivités régionales et nationale chacune dans leur domaine. Je vous raconterai peut être un jour un peu de tout cela, la manière dont les agents régionaux étaient fiers d’avoir la charge de s’occuper des lycée juste après 1983 et les lois de décentralisation et les burn-out des mêmes agents quand ils ont été totalement démunis pour agir efficacement en faveur de ces mêmes lycées, comment nous sommes passé d’une logique d’amélioration à une logique d’urgences pour ralentir la dégradation générale. Et les régions gouvernées par la gauche n’ont pas fait mieux que les autres. Depuis le début des années 2000, les lycées ne sont plus une priorité régionale.
Je ne trouve rien à faire de mieux que d’écrire mon désarroi ! Toutes les carricatures faites à l’occasion de ce mouvement sont en fait le même manque de respect pour la parole des jeunes et le manque de confiance dans leur capacité à avoir des avis et demandes légitimes, même si j’ai bien entendu le ministre de l’EN employer ce terme « demandes légitimes », mais qu’a-t-il fait réellement pour les écouter et changer de politique sur les sujets qui aujourd’hui les jettent dans la rue ? Précisément rien, sinon aggraver les choses encore et encore.
Je sais que les lycéens ont un attachement à leurs professeurs, celui-ci est indécrottable, les intéressés savent bien qu’il faut rechercher progressivement le détachement d’une relation trop affective, mais voilà, là comme ailleurs il faut accepter l’attachement pour parvenir au détachement, toutefois j’y vois une sensibilité particulière de la part des lycéens à être sensible dans ce mouvement à ce que vivent leurs professeurs. Ils voient leur désarrois, le peu de confiance qui leur est accordé, ils voient aussi que dans l’échelle des salaires ils ont décroché par rapport aux métiers de même niveau de formation. Ils
voient que cela accentue leur sentiment de renoncement et conséquemment leur apporter une formation du meilleur niveau. Ils voient aussi les écarts entre les différents professeurs, avec de plus en plus de personnels non formés, pas au niveau dans leur discipline, pas structurés dans la façon de faire leur cours, le sentiment que les remplaçants, parfois ne remplacent pas leurs enseignants absents. Au niveau des enseignements techniques et professionnels, cet écart est manifeste, les contractuels engagés sont souvent éloignés de la culture pédagogique, leur connaissance technique est très souvent indéniable vu leur expérience en tant qu’opérateur dans les entreprises, mais leur capacité à transmettre est défaillante faute d’avoir suivi un parcours de formation long et cohérent pour leur nouveau métier. Oui le mythe du savoir-faire immédiatement transférable vers la classe existe encore chez nos technocrates, cela désole les IPR de ces spécialités, mais ils n’ont absolument pas les moyens humains ni le temps d’y remédier tant le système est dans l’urgence de mettre un adulte devant les élèves dans ces disciplines où on ne forme plus personne depuis bien longtemps. Les plus accrochés finissent par devenir de véritables professeurs en fournissant un boulot personnel de dingue, car c’est deux journées dans une qu’ils doivent faire pour se mettre à niveau. J’ai en tête l’histoire d’un contractuel staffeur ornemaniste, qui, après une carrière à courir des chantiers pharaoniques sur la planète entière, dans les palais du Moyen-Orient, les palaces flottants des navires de croisière, la rénovation des palais princiers d’Europe centrale et des expériences dans les maisons luxueuses des riches américains, a voulu se poser (reposer ?) et devenir professeur. Je cherchais cette perle rare faute de professeur pour mon CAP. Quand je lui ai annoncé le niveau de rémunération il a quitté sa chaise en douceur, s’est retourné sans un mot et a quitté mon bureau. J’ai alors appelé le rectorat, le service du remplacement pour expliquer la situation, mon interlocuteur m’a orienté vers l’IPR qui suit les métiers d’art (sans connaître véritablement les staffeurs) mais connait bien le problème de l’écart de salaire entre un pro et celui d’un contractuel. Me dit qu’il va voir avec le service financier si l’ancienneté et les compétences de cette personne peuvent être prises en considération pour l’employer à un indice supérieur « envoyez moi son CV » Il avait un Brevet des Métiers d’art, ouf ! car parfois ces profils n’ont qu’un BEP ou un CAP ? Attendre encore, les élèves ont toujours un emploi du temps vide de tout enseignement professionnel, soit quasi la moitié du temps en CAP. Je finis par avoir un retour positif, c’était encore possible en cette période (1999). C’était pas royal comme effort mais bon, je pouvais repartir à la charge. Je l’appelle, il accueille ma proposition avec bienveillance, mais décline à nouveau sans donner de chiffre. C’est foutu ! Toutefois quelques jours après, c’est lui qui m’appelle et me propose un arrangement, il prend le poste mais avec un emploi du temps ramassé sur 3 jours, on se met d’accord, il travaillera chez son ancien patron le reste du temps, uniquement en production à l’atelier sans pose sur les chantiers. OK ! Et va z’y que je recommence les emplois du temps en éborgnant au passage celui des autres classes et autres professeurs y compris de son collègue staffeur en raison du fait que nous n’avons qu’un seul atelier pour la spécialité.
Ce fut pour lui, un drame de ne pas réussir à accrocher les élèves tout de suite, « ils sont pas foutus de faire ce que je viens de leur montrer » (sic) Les cours de technologie tourne au chahut, il est sur le point de tout abandonner. Son collègue l’aide au maximum, il prend son jeudi matin pour fonctionner à ses côtés, sa collègue de tapisserie l’aide pour la technologie… Bref, je le vois souvent pour regonfler le moral et intervenir auprès de la classe pour solliciter leur « patience ». Trois ans après, il ne fait plus que 12 heures chez son patron, il a pris des heures au GRETA (formation pour adulte) il a même remplacé son collègue 15 jours alors en maladie. Il nous a trouvé des chantiers extérieurs passionnants pour les élèves. Des stages professionnels pour ses élèves y compris très éloignés (rares dans cette discipline) Il a fait un boulot dingue pour la journée portes ouvertes, pour valoriser cette formation de niche. C’était gagné, mais à quel prix pour lui qui n’a eu aucune formation par l’institution.
Si vous n’accordez pas votre confiance à cette personne, sans arrière-pensée, jamais il ne comprendra par lui-même qu’il en train de changer de métier, il se crispera sur son savoir-faire en pensant que ça doit suffire. L’IPR n’est jamais venu durant ces trois années, je ne sais pas si c’est regrettable ou préférable ? Il a pu rentrer dans un processus de titularisation, je n’étais plus là quand il a été promu. Combien se décourage pour combien qui s’accroche ? Cette situation tous les établissements professionnels la connaisse. Elle est inscrite en noir et rouge sur les pancartes en carton des lycéens professionnels.
Leurs pancartes ! En effet en carton, écrites aux feutres rouges et noirs. Elles parlent aux policiers, ne nous gazez pas protégez nous, vos enfants aussi ont des lycées mal entretenus. Elles parlent au gouvernement, arrêtez de nous mettre la pression avec vos changements incessants, votre plateforme Parcoursup, vos évaluations basées sur le stress, vos interdictions du téléphone portable. Prenez-nous au sérieux, nous sommes capables de réfléchir, vous ne nous aurez pas encore une fois avec vos paroles en l’air, on veut des actions et du fric pas des flics.
Ils ont plutôt bien accepté la présence de leurs parents et de leurs professeurs lesquels sont restés pour la plupart plutôt en périphérie du mouvement. Chacun a senti qu’il fallait les protéger des violences d’où qu’elles viennent. Quant aux prétendus récupérations politiques, agitées avec une force inégalée par les médias et les gouvernants :
– C’est à la fois une insulte de plus pour ces jeunes qui seraient manipulables.
– Un contre-sens total sur ce qu’est un mouvement politique. En effet comment imaginer qu’un parti politique digne de ce nom, ne vienne pas à leur côté pour essayer de comprendre ce qu’ils nous disent, pour faire le lien avec ce qui est en phase ou en désaccord avec leur programme ? Ces situations de crise sociale sont le terreau d’une réflexion qui amènera à une évolution des représentations de tous, passer à côté serait une faute. La véritable tentation de récupération elle est précisément là, dans cette attitude visant à discréditer ce mouvent en mettant l’accent uniquement sur les violences urbaines et la prétendue récupération par la gauche et l’extrême gauche. Le premier ministre lui-même, va plus loin à l’assemblée nationale en prônant une soi-disant « mise
devant leur responsabilité » des jeunes qui ne peuvent pas y échapper sous prétexte qu’ils sont jeunes. En individualisant cette responsabilité, il nie toute légitimité à leur action collective. Honteuse et illibérale cette intervention montre en creux l’état pitoyable de notre démocratie, non ! dans « une démocratie qui fonctionne bien » (pour reprendre ces termes) on ne fait pas uniquement appel au maintien de l’ordre et à la responsabilité individuelle, on protège de toutes violences les personnes qui s’expriment légitimement dans la rue (ils savent le faire pour les paysans qui pourtant débordent largement du cadre quand ils manifestent). Le ministre de l’EN a reconnu la légitimité de certaines revendications, il a obtenu quelques reculades sur les frais de scolarité généralisés aux BTS et classes prépa, quelques crédits d’urgence pour recruter des remplaçants (mais qui veut être remplaçant ?) Et il insiste maladroitement sur l’instauration d’un débat et d’une écoute active au sein des établissements. Les réunions mises en place dans les rectorats entre les leaders lycéens et les recteurs (les présidents de région toujours aux abonnés absents) ont été une mascarade totale, les élèves ne s’y sont pas trompés. Le système est à l’os, ils n’ont rien à concéder, « l’état des lycées ce n’est pas du ressort de l’état, les emplois du temps voyez avec vos proviseurs… » La technocratie a depuis longtemps sclérosé le système qui est arcbouté sur l’efficacité de la gestion et la recherche de marge d’économies potentielles.
Qu’est-ce que le proviseur, les professeurs, les CPE vont pouvoir apporter comme réponses aux lycéens ? Ils ne sont pas à l’évidence les moins qualifiés pour mettre en place une véritable écoute, ils savent le faire, ils ont le courage de le faire et pourtant ils prennent des coups (des deux côtés, par leur hiérarchie d’abord et parfois par les plus violents des jeunes devant les établissements et aussi par des parents). Alors oui sans surprise ils vont entendre: – les besoins les ras-le-bol les blessures les retards d’apprentissage accumulés les retards dans le programme les profs incompétents les outrages en classe les racismes ordinaires le stress les renoncements les conseils de discipline arbitraires les AVS manquants les foutages de gueule les toilettes qui débordent les douches froides les volets roulants cassés y fait trop chaud bon sang les vols aux vestiaires les salles d’étude fermées le CPE atrabilaire le père machin qui nous traite de con la mère machin qui nous passe des films au lieu de faire cours l’emploi du temps à trou le gymnase qui caille les voyages scolaires toujours pour les mêmes et trop chers l’infirmerie qui est fermée l’absence de médecin scolaire les repas bio y sont où le menu végé c’est pour quand le manque de place en fac Parcoursup « non mais vous avez vu Parcoursup » ? Le choix des spécialités « mais monsieur j’y arrive pas moi à choisir » pourquoi faut-il arrêter une option entre la première et la terminale ? Le local des élèves élus pourquoi on peut pas l’utiliser pour faire nos pancartes ? Et le foyer, il est fermé, pourquoi ? … Celui qui sera capable est suffisamment courageux pour remonter tout cela, où est-il ? Celui qui sera capable et suffisamment courageux pour dire qu’en effet c’est juste ce que les élèves rapportent, « bon à par l’histoire du foyer qu’ils ont un mal de chien à autogérer » ! Nous avons un véritable problème de gouvernance au sein des établissements, ce poste de proviseur omniscient qui doit tout maitriser tout décidé
ordonnateur organisateur des enseignements président du CA et pilote du projet d’établissement premier pédagogue…. Et j’ai cru à cela pendant toute une période de ma vie. C’est juste totalement anachronique avec toutes les découvertes en sciences de l’éducation et celles faites dans le domaine de la direction bienveillante des organisations. Nous sommes juges et parties, nous ne pouvons pas prétendre être pédagogue dans toutes les situations, ce foutu droit de réserve rappelé à tout bout de champ, dans ce contexte de bureaucratie, inhibe toute possibilité d’agir véritablement pour le progrès de l’ensemble, il laisse libre cours à tous ceux qui travaillent à son appauvrissement. Cette impasse n’est pas la moindre des impasses puisque l’organisation syndicale majoritaire (suivi par les autres) est arcboutée sur le maintien en l’état du statut des personnels de direction. Du côté des professeurs, la situation syndicale est me semble-t-il tout aussi bloquée, les syndicats les plus représentatifs ont agi de manière à « prolétariser » les profs, en refusant les évolutions du métier sous prétexteque: soit«onnesaitpasfaire»soit«cen’estpasdenotreressort» et«onapas été formé pour ça » soit on a pas les moyens » quand il s’agit de certaines tâches purement administratives ils ont raison mais quand il s’agit de l’accueil des handicaps ou de nouveautés programmatiques ou de nouvelles relations aux élèves et aux familles pour l’orientations la santé, les nouveaux défis de l’internet des portables et de l’IA, du climat et de l’écologie évidemment ça ne va pas du tout. La plupart des profs ont résisté à ce déclassement qui ne coïncidait pas avec l’idée qu’ils avaient de leur statut de cadre A de la fonction publique, ils sont parvenus à transformer en contenus de formations ces injonctions ministérielles floues (pas toujours accompagnées des moyens nécessaires). Mais devant le déclassement salarial que subissent les professeurs toutes ces bonnes volontés ne suffisent plus à retarder la régression du système. La confiance qui est accordée aux profs s’est totalement détériorée, elle est devenue une caricature, dans le discours on ne cesse de la valoriser, dans les faits c’est injonctions sur injonctions souvent contradictoires et plus souvent encore incohérentes et, à l’encontre de leurs convictions.
Grave est la situation, les jeunes en bougeant nous réveillent nous alertent. Les lycéens par leur âge intermédiaire entre les écoliers et collégiens d’une part et les étudiants d’autre part, ont un panorama à 360° ils sont sur un belvédère d’observation privilégié. Ils ont les capacités d’analyse et de compréhension du monde, donc en capacité de nous faire remonter les problèmes, peut-être pas encore les capacités de synthèse et des propositions construites pour y remédier mais, en tout cas, nous livrer un diagnostic cohérent. Si vous n’êtes pas convaincu de cela ? Je ne suis pas le bon interlocuteur, certes je ne suis pas non plus infaillible mais pour le coup mon engagement professionnel s’est forgé sur cette conviction, ce n’est pas une naïveté ni une coquetterie mais une certitude. Un fois encore ayons confiance en eux bordel !
Alors oui à des plans régionaux de plusieurs milliards pour réparer et améliorer et embellir les lycées de France.
Oui à un Grenelle des métiers de l’éducation. Avec une revalorisation salariale calquée sur la moyenne des pays européens comparables à la France.
Oui à une refonte totale du pilotage des établissements avec des acteurs élus et une séparation entre décideurs et pilotes des projets d’établissement.
Oui à l’ouverture de nouveaux droits pour les lycéens.
Oui à une refonte total du suivi de la santé des jeunes.
Oui à l’interdiction faite à la police d’utiliser tous projectiles face à des manifestants.
Oui à la suppression de Parcoursup en faveur d’un système moins désincarné capable d’agir sur l’offre et la demande de formation en fonction des souhaits des jeunes.
J’ai plein d’autres idées mais, écoutons les ça vaudra mieux.
Électeur (de Gauche) cherche Candidat (e) :
1/ Candidat (e) d’une Mouvance de reconnaissance d’Espérance, à même de clarifier programmatiquement parlant, ce que Droite et Gauche veulent dire.
2/ Y aurait-il un candidat(e) qui ne serait pas encore prononcer : pour être européen (d’Ouest en Est, et vice versa) parce que de Gauche d’Égalité ?
°Autrement dit Positivement :
*nécessairement européen pour concevoir que L’État-Nation : n’est qu’une étape dans l’avancée structurelle de La Démocratie, et non son Terminus en impasse nationaliste.
*indispensablement européen, parce qu’éthiquement écosocial égalitaire.
°Et non Négativement :
*européen pour être néolibéral dévastateur de fait du tissu social, pour confondre le pouvoir d’achat individuel comme variable d’ajustement, avec les moyens communs (comme le transport) du mieux vivre (la vie bonne) : aussi bien en son travail, son environnement, que pour soi dans ses choix de vie.
*ou européen d’intention, mais contredit par un jeu d’ajustement d’alliances systémiques d’aménagement aveugle ou antisocial, délibérément productiviste. À l’instar des expériences du « modèle » marais d’indistinction, passant du compromis en compromission, ferment du Grand Ressentiment d’adhésion rancœur, au Pire.
* ou anti européen de principe, pour mieux se révéler être faussaire (sous couvert des mots d’anticapitalisme, ou pacifisme, à géométrie variable) du sens même, à portée de frontière commune, de l’inter- national de solidarité. (Ce qu’Europe Politique veut dire).
°Autrement dit : candidat(e) d’une mouvance sociale, qui osera défier les postures sondagières, pour poser comme socle politique, que L’Europe Sociale est l’enjeu national. Et conséquemment, s’engage à remettre en jeu, la cohérence indispensable d’une Constitution Européenne Démocratique. (Ce qui repose l’assise d’une VIe République).
Dans cette optique eurosociale, conséquemment pour la vie ordinaire de citoyenneté
Travail : Est-il encore possible à ce candidat(e) de remettre « sur le métier », ce que travail et auto-organisation collective du travail veulent dire, dans la réalité en marche de la robotique et de l’IA. Ce qui remet en jeu, le débat amorcé sur le Revenu Permanent de Base.
Logement : Est-il encore possible que ce candidat(e) puisse mettre en priorité absolue, le sens de ce que Banlieue veut dire, pour sortir de l’hypocrisie misérabiliste étatique établie, « commune riche/commune pauvre » ; et en mesure de dénoncer, à coups d’incantation de résilience, l’euphémisation paravent de la conscience tranquille du « quartier sensible », pour mieux stigmatiser à bon compte, et tenus responsable, les délaissés à leur sort, les prisonniers d’une survie indécente, et invivable.
Institutions hexagonales : Est-ce que ce candidat (e) peut nous dire Avant et non » Après on verra bien », ce que recouvre la VIe République, pour sortir -et par quel processus- du rapt permanent électoral au service du souverainisme présidentiel d’un autre Âge.
Qu’en sera-t-il de l’édifice nobiliaire de la Représentation Nationale des intouchables, pour sortir de la vacation citoyenne, accessoirement démocratique ?
Espace de Débat Démocratique : Enfin ce candidat(e), sera-t-il (elle) à même de trouver un endroit de sauvegarde de Débat démocratique, en chaînes publiques ; autre que prisonnier d’un formatage pseudo-moderniste, entre-temps haché et segmenté, en rubriques préfabriquées, à disposition du « journaliste vedette » qui se veut incisif, en question hérisson, pour un combat de coqs. Au lieu tout simplement, en mesure de faire face à un panel de journalistes qui cherchent à faire expliciter un Programme avec 1 candidat (ou deux ? sur quel critère ? en confrontation). Sans nécessairement convoquer un aéropage pour applaudimètre. Ou devoir nous assommer de % d’opinion, etc.
Au fond, au lieu d’attendre un Sauveur, et si les Gauches commençaient par le bon bout : à s’entendre sur un programme de gouvernance commune, d’inventivité sociale ?
Remobiliser les solidarités
Le traitement des récents phénomènes climatiques extrêmes illustre la prédominance de la narration sur la mise en œuvre d’une action réparatrice d’envergure, forcément impopulaire. Ici, comme dans d’autres domaines, les récits sur des thèmes périphériques prédominent sur l’essentiel. Il a été question du nombre de Canadairs, des équipements des services de secours, du débroussaillement, de l’extension des zones pare-feux, de l’installation d’appareils régulateurs de température dont la fonction ne répond pas aux désordres planétaires qui affectent la biodiversité … En revanche, l’exécutif a contesté tout manque de moyens. Plus généralement, les débats en cours exploitent les mécontentements, ils exacerbent les tensions, sans atténuer l’expression véhémente d’opinions tranchées dont la banalisation caractérise l’époque. Faute de procéder à des échanges pluralistes représentatifs de la diversité de la société, ils reproduisent ces oppositions binaires qui ne permettent guère de se forger une opinion. On sait depuis longtemps que la conquête du pouvoir se distingue de son exercice. Aujourd’hui, au-delà des confrontations bénéfiques à la vie démocratique, la discorde continue, déjà instrument de conquête du pouvoir, devient aussi un outil de gouvernance. Ainsi, ceux qui s’appliquent à consolider leur mainmise sur l’information se posent-ils en gardiens sourcilleux d’un pluralisme requis chez les autres. Quelques hérauts d’une liberté d’expression dont ils se réservent l’usage s’autorisent même à harceler leurs opposants, tandis que des dénonciateurs habituels du « système » le parasitent par des pratiques d’entrisme. L’emprise de ces artifices sur les esprits, conjuguée à l’individualisation du mode de vie, conduit nombre de victimes de la société à intérioriser les représentations négatives dont on les accable, à culpabiliser jusqu’à se soumettre à leurs détracteurs. Pourtant, dans ce pays sans doute moins divisé qu’il n’y paraît, on peut encore croire que la remobilisation des solidarités prévaudra sur toutes les formes d’exclusion.
Catherine Ringer, le temps des pleurs
Trop longtemps j’ai tenu les Rita Mitsouko à distance. Via des clips, la radio, ou lors de soirées, je recevais leurs déflagrations baroques en pleine poire, mais une fois passé le choc, je les effaçais (une certaine forme de snobisme n’est pas à exclure), jusqu’à la prochaine fois… Au début des années 2000, tombé en zappant sur un live du groupe, j’avais pu constater combien, même sur des morceaux moins chatoyants, la rythmique demeurait impeccable, et Catherine Ringer une chanteuse hors-norme. Cela restait du rock, du vrai. Apparemment, j’avais raté quelque chose, un truc que je m’étais promis de rattraper à l’occasion.
L’occasion s’est présentée au printemps 2007, dans l’élégante dynamique de l’album Variéty. Fred Chichin n’en faisait pas mystère, la genèse du dernier Rita Mitsouko s’inscrivait dans une expérience unique : assigné à résidence par la maladie, il avait pris son temps, enfin, s’était rassemblé pour donner le meilleur de lui-même. De cette urgence lente était né Variéty, album salué par la critique, qui voyait dans ce nouvel opus un clair renouveau. J’ai acheté Variéty, puis plus tard The Eye, son complément 6 titres, et je les ai beaucoup écoutés. La simplicité des compositions, une certaine épure guitare acoustique-harmonica qui mettait en valeur la puissance fluide de Catherine Ringer, faisaient mouche. Parmi les ballades insolites structurant l’oeuvre, l’une se distinguait par son caractère poignant : Même Si. Hanté par des sirènes au charme infini, Même Si se posait en défi face à la mort qui rodait. Si quelque vent du nord bien féroce / De ses rafales gelées glaçait ton cœur…
Et l’heure avait sonné de partir en tournée, une de plus, certes, mais celle-ci s’annonçait plus joyeuse que les précédentes puisqu’elle devait surfer sur ce qui déjà apparaissait comme un succès. Tout à fait par hasard, via FR3 Régions, j’avais assisté au départ, dans une lumière d’été. Le bahut qu’on achève de charger, quelques mots de Fred Chichin, dandy éthique, plus creusé qu’à l’ordinaire (et qui, l’espace d’un instant, m’avait évoqué Willie de Ville, son frère en excès.) « Encore une histoire de guitares. », avait-il lâché. Du coup m’était revenu, qu’au début des années 90, Fred Chichin avait racheté la Telecaster d’un de mes amis musiciens dans la dèche. « C’est toujours une histoire de guitares. », avait-il doublé, comme un riff bien en place. « Il y aussi une bonne chanteuse ! », avait conclu Catherine Ringer, avec une moue ironique fissurée par un je ne sais quoi troublant. Et ils avaient pris la route. Quant à moi, j’avais réservé deux places pour leur second Olympia (le premier était déjà complet). A un mois près, cela ferait pour Diane un joli cadeau d’anniversaire.
La suite est connue. Des festivals en Europe puis, en novembre, la santé de Fred Chichin qui brutalement se dégrade, annulations, la première date à l’Olympia sans lui, et l’annonce de son décès, le 27, le jour même du second Olympia. Je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai pu faire des billets… Peut-être pour des raisons contractuelles, assurément pour ne pas laisser à la faucheuse le dernier mot de leur histoire, au printemps 2008, Catherine Ringer a repris la tournée Variéty sous le nom: Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more. Sans aucun doute, le and more trouvait sa justification dans les deux ou trois reprises insérées dans sa set-list, mais il faisait sonner la phrase de façon funèbre . En tout état de cause, même s’il n’était plus question d’anniversaire, j’ai réservé deux places à la Cigale. Ainsi, le 19 avril, nous tenions-nous, Diane et moi, assez près de la scène, sur la droite, pour assister au retour des Rita Mitsouko, corps et esprit.
En certaines circonstances, il est des absences insurmontables, mais Catherine Ringer était là, précisément, pour illuminer cette insurmontable absence, la chérir, par de brèves remarques : « je crois que Fred serait content. », ou de courtes anecdotes (l’histoire d’un homme amoureux d’une guitare devenue chanson), bref, elle était là pour honorer son compagnon, en donnant la pleine mesure de son immense talent, bonheur irradiant dès le troisième morceau : Rendez-vous avec moi-même, un des titres phares de Variéty, au groove entêtant. Soutenue par ses musiciens, et son clan au balcon juste au dessus de nous, l’artiste s’est tenue jusqu’au bout droite, adossée à l’univers que Fred et elle avaient bâti. Pourtant, au cœur de cette si étrange et belle soirée, j’ai tremblé, lorsqu’elle a entonné Même Si, ce morceau qu’elle aurait pu esquiver. Non ! Elle avait choisi de porter ses paroles (probablement écrites comme un exorcisme) maintenant, dans leur déchirante poésie. Même si, même si, tout s’effondrait / Je serais près de / Toi, même si, même si / Même si, même si, tout disparaissait… Comme beaucoup d’autres dans la salle, je n’ai pu retenir mes larmes, tandis qu’impavide, la chanteuse rapidement enchaînait.
A la sortie du concert, qui s’était conclu par un Martia Baïla apaisé, guitare en main, sans gesticulations, ni rage, tel un pacte nouveau avec l’au-delà, à la sortie du concert donc, et bien après, je m’étais dit : quelle voix ! Quelle femme ! Et comment a-t-elle pu chanter Même si sans verser une larme ? Comment ? Comment ?
Des années plus tard, lors d’une interview télévisée, Catherine Ringer avait donné sa réponse, la voici : en fait, elle n’avait jamais vraiment cru à l’éventualité de la mort de Fred, et quand « cette chose impossible » s’était produite, elle avait été en proie à une longue sidération. Les larmes étaient venues, le 27 juillet 2008, à l’issue de la tournée, après le dernier concert au Métropolis de Montréal. Là, soudain elle avait pleuré, des heures, des jours, elle avait pleuré toute une rivière… sans retour.
Raoul Vaneigem
Je ne vous cache pas que, depuis la rentrée, j’attendais une brève ou une notule sur la mort de Raoul Vaneigem en juillet dernier.
Universitaire et historien médiéviste, il était aussi le biographe de Rabelais, Scutenaire et Lautréamont. Mais il était surtout poète, philosophe et, avant tout, révolutionnaire.
Il avait été très actif dans l’Internationale Situationniste aux côtés de Guy Debord et d’autres militants que l’on qualifierait aujourd’hui d’ultra-gauche.
Le situationnisme, dont l’internationale née en 1957 s’est auto-dissoute en 1972, était un mouvement à la fois politique et artistique (l’artiste de Cobra Asger Jorn était des leurs et ils avaient inventé des concepts comme le détournement – publicitaire ou cinématographique -, la psycho-géographie ou encore les villes mouvantes, l’urbanisme par le jeuo). L’imagination au pouvoir, comme on disait alors.
La même année, en 1967, avait paru La société du spectacle de Debord et Le traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, deux maîtres livres qui ont eu un impact énorme sur les soixante-huitards et, au-delà, sur une certaine gauche radicale se réclamant du conseillisme et de l’anarchie.
Contrairement à Debord qui, en pape du situationnisme (et auparavant du lettrisme) en constituait la face d’ombre, Vaneigem en incarnait le côté solaire.
Gentil, généreux, drôle et abordable, il a écrit une bonne quarantaine d’essais et, jusqu’à la fin, avait soutenu les Gilets jaunes, les Zadistes et les Zapatistes.
Un seule réserve à ce panégyrique, Vaneigem ne votait pas, en anar orthodoxe, et il vouait l’État aux gémonies, sans voir ce qu’il pouvait avoir de bénéfique dans la redistribution, les services sociaux ou les services publics, ce que Bourdieu appelait « la main gauche de l’état », qui n’était pas qu’un léviathan administratif, oppresseur et bureaucratique.
Mais personne n’est parfait et, si tu connais pas Raoul (comme il est dit dans Les tontons flingueurs),il est temps de découvrir mon Belge favori, ne serait-ce qu’avec son Traité de savoir-vivre plein d’aphorismes du genre : « l’espérance est la laisse de la soumission ». Ce qu’on peut appeler avoir le désespoir politique, et révolté.
Trois arguments contre les mauvaises rengaines
Voilà trois arguments puisque on entend toujours les mêmes rengaines : « la gauche est divisée, irréconciliable », « on n’a pas encore essayé l’extrême droite en cravate », « il faut craindre le pire, qui serait un deuxième tour entre les deux extrêmes » où disparaissent le macronisme qui a fait dix ans en enrichissant au maximum les déjà très riches et le parti socialiste qui s’est fourvoyé en cherchant à négocier avec eux et en se faisant rouler dans la farine, d’autant qu’on se souvient encore bien de Hollande président…
Alors, voilà :
1. « l’Avenir en Commun » était le programme commun validé par le PS, EELV, PC et LFI au sein de la Nupes, puis du Nouveau Front populaire (NFP), et qui a permis l’élection de nombreux députés et la survie financière du PS, EELV, PC en groupe parlementaire. Ce programme (« réactualisé » pour cette élection 2027) est le plus novateur, en rupture avec ce système du président-roi. Il revoit les institutions et rééquilibre l’économie, la richesse, l’exploitation minière et les ressources naturelles. Il revoit la mondialisation et combat racisme et exclusions. Pourquoi ce programme qui a été signé par tous les partis de gauche ne fait-il plus consensus deux ans après ? Par calcul de stratégie égotique où le PS veut remonter sur le trône -comme Hollande- avec toutes les compromissions qu’on a vues lors de ces dernières séquences parlementaires ? Ce programme qui était commun, l’est toujours, mais plus porté par toutes les composantes, même si Les Ecologistes (ou du moins une grande partie d’entre eux) et le PC pourraient rejoindre cette force montante du désir d’autre chose, d’un autre système, …
2. « On ne les a pas encore essayés », c’est ce qu’on entend quand on parle du RN-FN comme si ce seul fait leur donnait une légitimité, alors qu’ils n’ont pas de programme opérant et une représentante condamnée déjà deux fois par la justice de son pays et en sursis. Mais si on reprend cette phrase, alors on peut l’attribuer tout autant à « l’avenir en commun » puisque cela non plus n’a jamais été essayé. On a vu au pouvoir la droite UMP, RPR, LR, puis le PS, puis le centre mou et la caste avec MODEM, HORIZONS, RENAISSANCE, EN MARCHE… Mais jamais le FN-RN, jamais la Gauche de transformation, de rupture et qui s’attaque aux racines des injustices et dérèglements climatiques et sociaux. Ils sont deux systèmes qu’on n’a jamais essayés.
3. Lors des deux dernières élections présidentielles, comme d’autres avant, on a agité le racisme, l’exclusion, le manque de programme, la peur d’un Front National au pouvoir et il y a eu un appel pour un « Front Républicain » contre l’obscurantisme d’un parti fascisant. Les partis de gauche se sont joints au centre et encore républicains pour éviter cela. La question qui se pose, en conscience, est que si au deuxième tour, on se retrouve avec l’extrême-droite face à la gauche de transformation, que vont choisir les Français ? Et que vont déclarer les camps centriste, macroniste, socialiste ? Est-ce que le Front républicain se constituera aussi ?
La question est cruciale sur ce que les habitant·es de ce pays veulent pour leur pays et l’image donnée au monde entier.
Un programme commun de gauche rejeté par le PS alors qu’il leur a bien profité il y a deux ans. Qu’est-ce qui a changé chez eux ?
On n’a pas encore essayé, mais pas qu’un seul groupe, le choix est entre deux groupes très différents de l’idée de la France.
Le Front républicain qui a profité à deux fois à celui qui s’est comporté comme un roi absolu va-t-il se reconstituer avec les mêmes arguments de dangerosité ?
Qu’est-ce qui a changé en deux ans ?
Il ne faut pas se laisser endormir par la propagande distillée quotidiennement sur quasi toutes les chaînes et même les réseaux sociaux mis aux ordres comme Kombini et Brut par exemple…
Les Français ont toujours été d’un esprit critique et combatif. Qu’est-ce qui nous a endormi, rendu craintif avec un sentiment d’impuissance ? C’est le collectif qui donne la puissance et change les rapports de force. L’histoire est là pour nous le rappeler, même si aujourd’hui la démocratie (et la République) sont en danger, fortement malmenées.
Ils ont l’argent, mais on a le nombre !
Un second tour à hauts risques
Bien d’accord comme toujours (ou presque) avec vos éditos (Pierre Jacquemain et Denis Sieffert), je pense qu’il faut aller au bout du raisonnement de Pierre Jacquemain pour constater que voter Mélenchon au premier tour, c’est voter Le Pen…
En effet, on est sûr d’une seule chose, c’est que Marine Le Pen sera au second tour, or son meilleur adversaire, celui qui la fera élire dans un fauteuil, c’est Mélenchon, donc si Hélas Mélenchon est au second tour, on aura Le Pen à l’Elysée…
C’est bien sûr regrettable, mais hélas mathématique, il est donc urgent que la gauche nous trouve un vrai candidat de gauche hors Mélenchon bien sûr.
FOOTBALL AMÉRICAIN 2 (SUITE ET FIN)
La 23° Coupe du monde de l’histoire a livré son verdict. On était très critique à l’égard de cette édition de la démesure (48 équipes, 12 groupes de qualifications, 104 matchs dans 3 pays et 16 villes durant un mois et une semaine). Sans parler du désastre écologique. La Coupe du monde des records, a-t-on pu entendre un peu partout. Je m’étais promis de me tenir à distance, mais j’ai repiqué au truc en fan indécrottable, phalène attirée par les lumières des stades géants dans un été en surchauffe. Racisme, homophobie, tricheries, ingérences, arbitrage défaillant, commentaires laborieux et big money, comme disait Dos Passos.
Ça avait mal commencé, avec des tarifs prohibitifs, des coûts de transport dissuasifs, un Trump désireux de s’introduire en roi de la fête et, plus grave, une ICE (Immigration and Customs Enforcement) – la police anti-migrants du roi Trump – plus féroce que jamais avec des arrestations et des menaces d’expulsion de supporters jugés indésirables et jusqu’à des joueurs d’’équipes africaines. On a parlé d’une caution de 15000 dollars exigée pour être bien sûr que ces supporters repartiraient sagement chez eux après l’élimination de leurs équipes favorites. On a parlé aussi de déploiements de l’ICE pour renforcer des contrôles contre les populations latino-américaines. Tout cela dans le cadre de la grande fête fraternelle du sport qui était la vitrine de la FIFA puisque, après diverses appellations dont World Cup, Coupe du monde, Mondial ou Mundial, on avait maintenant droit à « La coupe du monde de la FIFA », comme s’il en existait d’autres, avec le grotesque Infantino toujours en tête de gondole, visible à chaque match dans la tribune d’honneur avec les présidents de fédérations qui lui sont inféodés grâce aux généreuses prébendes qu’il leur octroie et qui lui valent ses réélections dans un fauteuil. Notre Michel Platini national, évincé par l’infâme Gianni, sorte de Machiavel du ballon rond, est en procès contre lui et on verra ce que cela va donner, sans se faire trop d’illusions tant le bonhomme a su tisser des liens avec les puissants du monde entier.
On avait eu d’agréables surprises au début, avec des équipes qu’on n’attendait pas et qui faisaient mieux que se défendre. Le Qatar tenait en échec la Suisse, les îles du Cap vert faisaient match nul contre l’Espagne et se qualifiaient après des performances étonnantes et un gardien exceptionnel du nom de Vozinha qui restera peut-être le joueur de cette coupe du monde. Des surprises mais, au final, on retrouvait les quatre meilleures équipes du classement FIFA au rendez-vous des demi-finales, sans surprise malgré l’élimination prématurée des Pays-Bas face au Japon et de l’Allemagne face au Paraguay. Le Brésil tombait contre la Norvège, mais était-ce vraiment une surprise ?
On suivait la compétition match après match et on y prenait même du plaisir à voir les matchs de l’équipe de France qui, sans trembler et avec une aisance technique incroyable, battait facilement ses adversaires. Mbappé redevenait grand, Dembélé justifiait enfin son ballon d’or et Olise s’affirmait comme le passeur inspiré de cette équipe chatoyante, véritable n°10 à l’ancienne. Et puis, quand ça ne souriait pas, les rentrées de Barcola ou de Doué pour débloquer tout ça et renverser l’échiquier.
Il y a eu ensuite ces orages de haine, proférés par des femmes et hommes politiques qui n’avaient pas été sans remarquer que la plupart des bleus avaient la peau noire ou le type arabe. Des Français, ça? On avait commencé avec une députée paraguayenne qui, après l’ex gardien international Chilavert et à la suite de la défaite de son équipe nationale au terme d’un match marqué tout du long par des brutalités, des provocations et des tricheries, insultait Mbappé avec les pires clichés racistes. Si l’homme descend du songe, d’après Blondin, la sénatrice renvoyait Mbappé aux singes. Madame Amarilla (jaune en français) recevait une réponse admirable du joueur du Real qui la jugeait méprisable et indigne de sa fonction. La dame persistait et en venait sur le terrain de la misogynie et du sexisme.
Côté argentin, après les dérapages racistes et homophobes d’après finale qatari en décembre 2022, on avait droit à des commentaires malveillants venus aussi bien de Scaloni, l’entraîneur, que de Agüero, ancien joueur devenu « streamer », sur le thème « tous des Africains » voulant que l’équipe de France n’avait pas grand-chose de Français, c’est à dire de blanc. Un total déni de la diversité et des valeurs qui font un peuple. Toutes les équipes européennes comptaient d’ailleurs de nombreux joueurs noirs dans leurs effectifs, mais les Argentins sont fiers de ne compter dans leurs rangs que des hispano-américains qu’un Trump renverrait sans coup férir. On trouve toujours plus raciste que soi.
La palme revient à l’ex premier ministre espagnol Mariano Ravoy estimant qu’il n’y avait pas de Français dans l’équipe de France de football, comprendre qu’ils sont tous africains, ce que n’aurait même pas osé un leader de Vox, le parti fasciste ibérique. On sait comment les Le Pen avaient douché, en 1998 et après, les espoirs d’une France Black-blanc-beur, mais c’est insupportable pour les racistes de voir des joueurs noirs et maghrébins dans une équipe censée représenter un nation européenne foncièrement blanche. Un cauchemar qui annonce le grand remplacement.
Trump n’aime pas les noirs, sauf quand ils marquent des buts pour les USA. Comme Folarin Balogun, joueur américain de l’A.S Monaco. Un carton rouge et une intervention de Trump pour le faire annuler. Balogun a pu jouer contre la Belgique et Infantino renvoie la balle vers un membre du comité d’arbitrage de la FIFA qui aurait pris la décision tout seul. Trump aura été omniprésent dans cette coupe du monde, sinon physiquement, par ses commentaires imbéciles et ses tentatives d’intimidation. Il est vrai que ce mondial faisait la part belle aux États-Unis et laissait au Mexique et au Canada quelques strapontins, mais on n’a pas entendu Claudia Scheinbaum ou Mark Carney.
On avait déjà parlé des enjeux économiques la fois dernière, et on se bornera à évoquer ces pauses fraîcheur obligatoires, même quand la température était supportable. Deux spots publicitaires en plus, et passez muscade !
La télévision justement, avec les matchs diffusés par M6, la chaîne qui s’est refait une santé avec la compétition. On en serait presque à regretter le duo Roland – Larqué tant les commentaires étaient plats, simples descriptions des images, certes débordant d’enthousiasme mais sans grand talent. Et que dire des consultants qui se bornaient souvent à paraphraser les sorties du commentateur principal sans apporter grand-chose d’autre n’étaient les clichés habituels : la profondeur, la verticalité, la technique et la tactique, les statistiques… Sans oublier le pedigree de chaque joueur. Triste.
Et puis l’arbitrage, souvent défaillant, et ce n’est pas les arbitres français – Messieurs Turpin et Le Texier – qui auront été les moins critiquables. Des décisions souvent contestables après visionnage de la VAR et pressions des équipes, du banc et des supporters. Le pire ayant été ce France – Paraguay et son arbitre ouzbek intimidé par des joueurs paraguayens se comportant en voyous. On n’avait plus vu ça depuis le but de Giresse annulé à la suite du scandale causé par l’émir koweïtien, en 1982.
Et le sport dans tout cela ? On a parlé des quelques surprises et de belles équipes qui auraient mérité mieux : les Cap-verdiens bien sûr, mais aussi le Japon ou l’Égypte. Il n’y aura pas eu de scores fleuves et les soi-disant petites équipes ont souvent fait jeu égal avec les gros. Dommage que le plupart des équipes africaines aient craqué en fin de match, après avoir souvent mené. Un problème physique ?
Sinon, l’Argentine a joué sur Messi, comme d’habitude, l’Angleterre a pu compter sur Jude Bellingham et Harry Kane, celui qui a joué au golf avec Trump, l’Espagne a sorti sa sœur latine portugaise et a montré aussi sa force tranquille avec Yamal, Rodri et un milieu de terrain royal. Et la France? Enfin disons ce ramassis de nègres venus des ex-colonies ?
Épilogue, les Français pas Français avaient les faveurs du pronostic, mais se sont fait battre en demi-finales par la Roja espagnole, un 14 juillet en plus. Tandis que, le lendemain, L’Albiceleste triomphait des 3 Lions, sans nègre aucun, eux. On ne parlera pas de la petite finale avec un score de baby-foot qui a failli tourner à l’humiliation. Mbappé était meilleur buteur. En finale, c’est l’Espagne, mérité. « L’un des meilleurs événements jamais organisés », dira Trump, sifflé comme Infantino alors qu’il s’invitait avec sa discrétion habituelle dans la fiesta espagnole, à l’assaut du podium.
Mbappé, Dembélé, Olise, Yamal, Williams, Bellingham… Rien que des noirs parmi les meilleurs joueurs, excepté Messi. De quoi dégoûter Ravoy, Trump, Chilavert, Agüero, la Le Pen, Scaloni et madame Amarilla. Rendez-vous en 2030 (Espagne, Portugal et Maroc avec trois matchs en Amérique du Sud pour fêter le centenaire de la compétition), si on n’est pas morts de chaud avant.











