Courrier des Lecteurs

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Racisme ordinaire à Dijon

#83 · le 16 mars 2026 · Joëlle Mollot · Bénévole Cimade Dijon

La ville de Dijon met à disposition de la Cimade un local qui permet à l’association de tenir des permanences pour l’accompagnement social et juridique des personnes étrangères et d’aider leur accès à l’asile et à un titre de séjour. Ce local est situé en pied d’immeuble d’une résidence de co-propriétaires « Les Hauts de Montchapet ». Récemment, l’assemblée générale des copropriétaires s’est prononcée pour le démontage des bancs implantés dans le petit parc de la résidence, au motif que les « immigrés » s’y installaient. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que l’opération de démontage des bancs soit réalisée…Quelques jours après le vote de cette décision, un couple qui attendait tranquillement avec son enfant l’ouverture du local de la Cimade a dû sur le champ quitter le banc pour permettre son démontage.
Pour passer régulièrement aux abords de ce parc, je n’ai jamais constaté la moindre dégradation des lieux, ni d’incivilité, ni saleté, ni trafic. Il s’agit bien là d’une manifestation de racisme ordinaire qui hélas se répand dans notre société. L’humanité progresse à grands pas.

Choisir la démocratisation contre fascisation

#82 · le 13 mars 2026 · Christian Delarue

Il ne s’agit pas ici de fascisme pur ni de démocratie parfaite mais
de faire état de processus réels en contradiction. On présentera des
cercles de la fascisation et des cercles de la démocratisation afin de
repousser les idées d’extrême-droite qui se diffusent de part le
monde et qui en France pas plus qu’ailleurs ne tombent pas du ciel .
Dès lors il convient de voir d’ou elles sont tirées, donc de quelle
histoire nationale .

Cercles de fascisation : Le fascisme au sens strict se rapporte à
l’Italie de Mussolini et à l’Allemagne nazie. Mais il existe des
mouvements et régimes politiques dictatoriaux qui se sont déployés en
Europe par la suite et qui forment les seconds ou troisième cercles des
régimes à repousser pour leurs pratiques autoritaires : Espagne de
Franco, Portugal de Salazar, Grèce des colonels, etc.. La figure
autoritaire est de type bonapartiste-césariste. Elle correspond à un
fil historique en France qui existe ailleurs. André et Francine
Demichel avaient jadis distingué 4 types de dictatures : fascisme,
bonapartisme, de notables, militaire. Dans les 4 cas il y a montée des
dominations et des oppressions mais aussi dégradation de l’Etat de
droit avec arrestations et détentions arbitraires, corruption et
prédation.

Les idées racistes, sexistes, homophobes mais aussi anti-sociales,
anti-syndicales, anti-écologiques, anti-démocratiques puisent dans
l’histoire du principal parti politique d’extrême-droite le RN de
Marine Le Pen et le FN de Jean-Marie Le Pen. Le RN, né en octobre 1972,
rassemble des membres de l’OAS pro-colonialistes, racistes
anti-maghrébins et anti-noirs africains mais aussi anti-asiatiques
(guerre d’Indochine avant la guerre d’Algérie). Mais il faut noter
aussi la présence d’une autre branche elle très antisémite et
spencérienne (darwinisme social contre les faibles) qui remonte au
pétainisme (et plus loin encore), celui réactivé récemment par Mme
VASSAL à Marseille avec la citation, dans l’ordre, de « travail,
famille, patrie » .

Sur le champs « social », le RN et d’autres forces appuient sur ce qui
se fait déjà à droite le plus souvent mais aussi parfois à gauche,
en matière de casse du code du travail en favorisant par exemple le
fameux « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy, de défaire
plus encore le statut de la fonction publique déjà bien fracturé par
les embauches de non titulaires hors concours. De favoriser le travail
précaire, mal payé. Il va s’agir aussi de détruire plus encore les
services publics au service des besoins sociaux de la population
(logement, santé, transport, alimentation, etc) sans passer par le
profit , détruire aussi plus encore la Sécurité sociale .

Plus grave encore, il va s’agir d’interdire les syndicats, les
réunions syndicales, les rassemblements ou manifestations syndicales.
Et s’il n’y a pas interdictions formelles il y aura empêchement
d’exercer ces droits de résistance sociale et de transformation
sociale. Ce qui s’est déjà réalisé, et pas qu’en France.

Cercles de la démocratisation : Cercle minimal : Les citoyens et
citoyennes votent mais pas les résidents étrangers sauf ceux
européens. La bonne compétition entre les candidats est plus ou moins
contrôlé. Cercle second : Le peuple est sollicité sur des questions
précises en répondant par oui ou non . On vote alors plus pour un
homme ou une femme que pour un projet. Troisième cercle : Le peuple est
sollicité mais après plusieurs mois de « démocratie délibérative »
comme en 2004 et 2005 pour aboutir au « non au TCUE » le 29 mai. Cercle
n°4: Le peuple est appelé à contrôler des élus mandatés. La
révocation est possible.

La question démocratique n’est pas que technique car elle
s’accroche culturellement à fil historique. Trois sont à noter : Le
fil historique _bonapartiste_ qui a débouché sur la notion de « chef
de l’Etat » pour Pétain. Le fil _communaliste_ issu de la Commune
de Paris de 1871 qui a donné la « démocratie conseilliste ». Le fil
_solidariste_ venu de Léon Bourgeois et Alfred Fouillé qui l’a
adapté pour le volet « démocratie sociale », qui se situe entre la
démocratie libérale et la démocratie socialiste des marxistes.

Social au sens large car on dirait aujourd’hui qu’elle a aussi un
volet fiscal (tant les riches sont peu ou pas imposés), territorial
(besoin de services publics), écologique (un nécessaire souci à
prendre en considération), géopolitique (refus de tout
impérialisme)…

Reconstruire une force de gauche majoritaire électoralement

#81 · le 10 mars 2026 · Pierre Duroselle

L’éditorial de Pierre Jacquemain publié dans le n°1904 me semble aveugle à beaucoup de faits.
Après le dégoût massif de l’électorat de Gauche par les gouvernements de la présidence Hollande, C’est bien LFI qui a reconstruit une force de gauche forte autour d’un programme de réformes progressistes.
LFI a toujours dit que son combat était de reconstruire une force de gauche qui soit majoritaire électoralement, pour pouvoir ensuite rassembler les autres forces de Gauche autour d’un programme progressiste .
Et c’est bien ce qu’a fait LFI, avec la NUPES (en permettant au PS, au PC et aux Verts d’avoir un groupe parlementaire malgré leurs déroutes aux élections présidentielles). Puis encore avec le NFP (en proposant 100 circonscriptions de plus au PS). Dans ces deux cas , cela a permis d’empêcher le RN de devenir majoritaire aux législatives et d’affaiblir les Macronistes.
Maintenant, ce que reproche LFI au PS, c’est d’avoir, en ne votant pas la censure, permis à deux gouvernements macronistes minoritaires de durer: le gouvernement Bayrou avec un programme plus austéritaire que celui de Barnier, puis le gouvernement de Lecornu avec un programme plus austéritaire que celui de Bayrou. Ce n’est pas une querelle idéologique. L’enjeu est la confiance que peuvent avoir l’électorat dans les candidats de Gauche.
Dans ces élections municipales, La majorité des candidats du PS déclarent qu’ils ne feront pas alliance avec LFI même au second tour. Tandis que LFI répète que ses candidats proposeront une alliance de second tour sur un programme municipal réellement progressiste.
Enfin, j’ai entendu les candidats de LFI systématiquement proposer leurs programmes avec des projets de réformes concrets pour dessiner un futur commun souhaitable. Et d’ailleurs d’autres candidats de Gauche ont fait aussi des propositions.
Voilà des faits qui montrent que la Gauche est bien en train de construire une remobilisation unitaire des électeurs à Gauche, pour battre l’alliance fasciste des Droites,( même si la majorité du PS est pour le moment hostile à toute alliance avec LFI, la principale force de Gauche électoralement ?!). Plutôt que de décourager en se lamentant, faisons connaître les programmes de réformes progressistes qui peuvent redonner confiance à l’électorat. C’est comme cela qu’ont été obtenues des victoires contre la droite extrême.

Le "vrai" Nouveau Front Populaire dont nous avons besoin

#80 · le 10 mars 2026 · Laurent Cloarec

Désormais « sociétaire », je te lis depuis ton numéro 0 et ton lancement par l’équipe de Bernard Langlois…
Cela fait longtemps que la présente réponse me « démange », et je saisis l’occasion de l’éditorial de Pierre Jacquemain dans le numéro 1905 (« À gauche, le goût perdu de la victoire ») pour le faire.
Nous sommes au bord du gouffre, toutes les maisons brûlent, et il est quasiment « minuit dans le siècle », mais face à cette catastrophe annoncée, les dirigeants des partis dits de « gôche » (je ne mets pas les militant.e.s de base dans le même panier) ne pensent effectivement qu’à se disputer des « parts de marché » au profit (croient-ils) de leur petite boutique/chapelle électoraliste.
Pendant ce temps, les citoyen.ne.s (en général) désespèrent des politiciens, et le « peuple progressiste » (en particulier) n’en peut plus de voir/entendre ces dirigeants s’étriper médiatiquement (et/ou « trahir » le programme commun adopté quelques mois auparavant)…
Autant, si ce n’est davantage qu’un accord de cartel électoral signé dans l’urgence (et en partie sous pression de la rue), ce sont pourtant ces personnes, bien souvent non « encartées », qui en juillet 2024, par leur mobilisation dans les lieux publics et de portes en portes chez leurs voisins, ont arraché l’élection d’une majorité relative de député.e.s du NFP quand les médias dominants et les sondeurs pronostiquaient une victoire écrasante de l’extrême-droite.
Lors de sa naissance, ce journal avait déjà comme crédo de tenter d’œuvrer contre la « désunion de la gauche » avant les échéances électorales de 1988.
Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts et de nombreuses péripéties ont malheureusement illustré le caractère systémique de cette désunion des appareils au détriment des intérêts des populations qu’ils prétendent représenter. Les deux derniers épisodes de la NUPES en 2022 et du NFP en 2024 le confirment tristement : on « sauve les meubles » au dernier moment pour les élections (et désormais, même plus) , et à peine celles-ci passées, les alliances volent en éclat, sans que les militant.e.s, sympathisant.e.s, électeurices de base de ces alliances aient la possibilité d’intervenir (les quelques tentatives de former des collectifs unitaires de base du NFP n’ont reçu aucun soutien ni aucune publicité de la part des directions nationales, quand elles n’ont pas été découragées).
La passivité face à des décisions prises ailleurs et « en haut » est ainsi favorisée, à l’opposé des valeurs d’émancipation et des intentions affichées dans les jolis programmes électoraux quant à un nécessaire élargissement de la démocratie.
La sidération devant le cynisme des diverses (extrêmes) droites pour se maintenir au pouvoir, et poursuivre leur programme de destruction sociale, ainsi que leur escalade autoritaire ont fini de démoraliser la plupart des motivé.e.s.
Le « vrai » Nouveau Front Populaire dont nous avons besoin, c’est celui de tous les citoyen.ne.s, dans leur diversité et à travers , qui peuvent agir à tous les niveau en partant de la base, qu’ils/elles soient militant.e.s de partis, de syndicats, d’associations ou « inorganisé.e.s »s.,
C’est à ce « peuple » et aux structures qui permettent encore sa mobilisation et son regroupement qu’un journal alternatif et indépendant comme « Politis » devrait désormais donner la parole et consacrer l’essentiel de son travail éditorial et politique.
Sans vouloir faire la « publicité » d’un autre journal, c’est néanmoins d’analyses, d’expériences et d’outils comme ceux présenté-e-s par vos confères de « Socialter » avec leur numéro hors-série « Résister aux nouveaux fascismes » dont nous avons besoin pour trouver la force et la joie de ne pas subir ce qui se prépare.
« El Pueblo unido jamás será vencido » criaient les chilien.ne.s dans les rues de Santiago du Chili au début des années 1970 : en 2025, en France et ailleurs, cette unité populaire – qui ne peut plus dépendre d’intérêts de boutiques ou d’egos surdimensionnés – est devenue une question de survie.

Poème pour Gaza

#79 · le 10 mars 2026 · Antonio Mendoza

Si l’écho des cristaux tombe sur la peau/
blessant le crépuscule/
et la bouche a le goût d’un cri sourd/
qui noie la miséricorde de la rouille/
dans les larmes/

Si l’horreur est éclairée par des feux et des flammes/
où les visages des innocents craquent/
dans la couronne d’épines/
quand la ligne est tordue/
et le sentiment est remplacé par la rhétorique/

Les fous éclairent leur chemin avec des torches/
dans les pupilles aveugles de la terreur/
et les étoiles brûlent les entrailles/

Si les enfants pleurent désespérément/
dans leurs lits de faim/
condamnés dans le silence dense et pourri de la destruction/

Si les roses connaissaient la douleur/

Si nous pouvions transcrire sur notre peau/ la terrible cruauté qui se cache/
derrière le cri de l’épitaphe du silence d’un enfant/
qui étouffe ses larmes/
dans la poitrine gelée du désespoir.

On tape toujours sur Mélenchon

#78 · le 06 mars 2026 · Jean-Paul Allétru · Montrouge

Je suis atterré de la curée des média qui font flèche de tout bois, les médias Plerin, mais aussi ceux du service public, ou « le quotidien de référence ». Et parfois, hélas, aussi mon hebdo préféré.
Vous dites qu’il multiplie les gestes rendant « tout compromis impossible avec les socialistes ». Quels socialistes ? Ceux qui ont fait pour ces élections municipales la promotion de listes « format Bagneux », c’est-à-dire toute la gauche sauf LFI ?
Ceux qui, refusant de censurer le gouvernement, ont cassé le nouveau Front Populaire, et nous condamnent ainsi à avoir jusqu’au bout un gouvernement composé des battus des élections de 2024 (qui, sans majorité, peut néanmoins gouverner) ? Ceux qui, comme Hollande, ont discrédité la gauche au point qu’il n’était plus possible de s’en réclamer ?
La machine à perdre est en route. Bardella peut se réjouir.

Ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qu’il faut faire taire

#77 · le 04 mars 2026 · Marc Dauguet

Désolé, je suis incapable de vous donner la référence de cet extrait radio (ou télé ?) où François Mitterrand est cité à propos de Jean-Luc Mélenchon disant grosso modo « qu’il était sans doute l’un des plus brillants mais que son principal ennemi c’était lui-même ».
Toute réflexion faite, le principal ennemi de Jean-Luc Mélenchon reste quand même l’extrême droite, qui a réussi à entraîner la classe politique « bien-pensante » à lui faire endosser le rôle principal de l’antisémitisme, preuve de l’efficacité de la propagande fasciste qui inonde notre République.
À quel moment Marine Le Pen ou Jordan Bardella vont-ils avoir l’audace et le courage (ou le culot ?) d’aller se donner en spectacle à Colombey-les-Deux-Églises, pour nous garantir de la France qu’iels prétendent représenter, et publiquement se tenir frontalement devant la tombe du général de Gaulle, lui qui s’est fait l’écho de toutes celles et de tous ceux qui, sur le territoire métropolitain, s’étaient déjà dressés contre une dérive certaine de l’État français, contre le nazisme, et qui a reconstruit son pays en associant des communistes au gouvernement après la Libération ?
Et il faudrait aujourd’hui que je ne m’en souvienne pas, voire que je remercie Pétain ? Ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon qu’il faut faire taire, ce sont les lâches et qui sait peut-être… les prochains collabos ?
Réveille-toi la France !

Intangibilité des contre- pouvoirs

#76 · le 24 février 2026 · René Robert

Nous assistons à une déstabilisation de ce qui tenait lieu d’ordre mondial. Elle englobe des prétentions territoriales, des remises en cause du droit international, un véritable colonialisme idéologique. La captation de données personnelles facilite le contrôle des individus que l’on charge ensuite de la responsabilité exclusive des vulnérabilités provoquées par des mécanismes structurels qui les dépassent. A cela s’ajoute la diffusion d’éléments d’information répétés en boucle, fragmentés, destinés à susciter l’émotion, sans mise en perspective des événements. La liberté d’expression est également convoquée pour étayer des opinions réactionnaires. Un discours banalisé, silencieux sur les conséquences d’une haine qui détruit tout, y compris ceux qui l’éprouvent, traite alors les réfugiés comme des migrants menaçants, tandis qu’il qualifie d’emblée d’ « assistés » les allocataires de droits. Quant aux plus démunis, ils restent invisibles. Un cynisme assumé permet même aux partisans d’une société de contrôle et de répression d’hurler à l’injustice ou au « coup d’Etat judiciaire » quand les condamnations se rapprochent d’eux.
L’acceptation de la tyrannie a été préparée de longue date. L’actualité quotidienne offre désormais une illustration de cette emprise mondiale. Elle est particulièrement choquante quand elle affecte un pays comme les U.S.A. dont le régime démocratique a longtemps servi de référence. Il serait imprudent de simplement déplorer les palinodies de leur Président. Cet affairiste invétéré est entouré d’idéologues, propagandistes d’un autoritarisme global pour qui la force écrase le droit. En France, cette orientation trouve des relais. Ceux-ci redoutent juste que les absurdités d’outre- Atlantique ne desservent leurs intérêts. Sinon, notre pays connaît aussi la stratégie de la division, la négation de l’universalisme, le mépris de l’environnement, l’ultranationalisme, la disqualification et la répression de la contestation, la remise en cause de résultats électoraux, comme ceux de 2005 et de 2024…
La chute des régimes autoritaires est indissociable de leur existence. Il n’en reste pas moins que l’action délétère de tels « grands humanistes » laisse des traces durables, quelquefois indélébiles. L’autoritarisme n’assure pas l’autorité. Le déclinisme participe au déclin. L’exploitation des discordes les exacerbe. Montesquieu écrivait : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Le monde a un grand besoin d’apaisement. Ce serait un net progrès en ce sens que de redonner un rôle essentiel aux contre-pouvoirs.

Un grand enjeu des municipales

#75 · le 26 février 2026 · Patrick Salez

Un truc qui me fait peur quand je lis les programmes électoraux des municipales, c’est la primauté accordée à la sécurité. J’ai tellement aimé 2020 quand l’environnement arrivait en première position, générant un poids accru des écologistes dans les politiques locales.
Sondages récents : les Français pensent à 89% que nous vivons dans une société violente, 60% craignent pour leur propre sécurité et 79% des parents se disent inquiets pour la sécurité de leurs enfants. La sécurité s’impose comme l’enjeu central des programmes et du débat public. C’est visible dans les grandes villes (58%) mais également dans les villes moyennes (54%) et ce n’est absent ni des préoccupations des petites villes (38%), ni de celles des zones rurales (23%).
Il y a bien sûr les petites nuisances et les incivilités du quotidien ainsi, à l’autre bout de la chaîne, que les homicides dont ceux liés au narcotrafic. Mais il y a surtout un doublement en dix ans du nombre de victimes de tentatives d’homicides. Criminologues, sociologues et psychologues sont à l’unisson : l’affaiblissement de l’empathie et la déshumanisation de l’autre jouent un rôle central dans l’escalade des passages à l’acte violent. Et au delà des données préoccupantes de la statistique et des experts, comme pour les températures annoncées par la météo, c’est le ressenti qui compte : un besoin d’être rassuré !
Le thème est politiquement clivant. L’extrême droite et la droite répondent par la sécurisation et la répression à outrance. La gauche a moins de goût pour le sujet mais quand elle le prend en main, c’est plutôt par la prévention. Et ses propositions s’attachent à régler les causes plutôt que les conséquences : inégalités économiques, discrimination sociale, insuffisances de la justice, exposition à des contenus numériques violents, perte de la médiation du langage, etc.. Elle fait prévaloir le rôle pacificateur des services publics, du lien social et de l’éducation sur la tentation ultra-sécuritaire. J’ajoute que l’insécurité sociale, l’insécurité professionnelle et l’insécurité alimentaire me semblent compter au moins autant que l’insécurité physique.
Le problème est que dans cette ambiance très anxiogène, les programmes à vocation immédiatement rassurante l’emportent. Rachida Dati promet ainsi aux Parisiens la sécurité comme première priorité : 5000 policiers municipaux armés, 8000 caméras de surveillance, une police musclée dans les « zones de non droit ». Avec le risque que le programme sécuritaire très voisin de Sarah Knafo lui fournisse des voix déterminantes au second tour. Alors c’est promis, si Rachida prend l’Hôtel de ville, j’émigre…aux Etats-Unis.

L'affaire « Quentin de Lyon »

#74 · le 20 février 2026 · Jean-Claude Moog

Depuis une semaine, tous les médias parlent de la mort d’un militant d’extrême droite connu comme tel. Le groupuscule féminin d’extrême droite Némésis voulait perturber une conférence de Rima Hassan. Il participait à cette opération avec un groupe devant sécuriser cette provocation. D’après la presse, il pratiquait la boxe et la musculation, et était entrainé à la confrontation physique.
Dans ce contexte, lâché par les autres membres de son groupe et isolé, il a été battu à mort par des personnes d’obédience opposée. Le recours à l’agression physique et l’acharnement sur un homme à terre, même sans l’intention de donner la mort, sont inadmissibles, au-delà du fait qu’ils soient illégaux. Ils discréditent et disqualifient leurs auteurs, de droite ou de gauche. Comme pour les actions du black bloc, ils desservent la cause qu’ils prétendent défendre.
Mais cette affaire pose une autre question. La presse rend compte des confrontations, parfois physiques, qui ont cours dans la métropole lyonnaise depuis des années, causées par les attitudes agressives des groupes d’extrême droite. Dans ce contexte, l’absence de protection policière d’une conférence d’une députée de gauche relève d’un manquement évident.
Que les responsables de la sécurité et de l’ordre public laissent ce genre d’évènement sans protection donne à penser qu’ils laissent le champ libre aux opérations de provocation, et qu’ils entendent pousser les protagonistes à des confrontations qui peuvent, comme nous le constatons, dégénérer avec mort d’homme.
Cette pratique de la macronie de ne pas faire respecter le cadre républicain et de laisser planer l’insécurité sur les rassemblements de gauche montre bien sa volonté de déstabiliser.
Ensuite, le bord politique de la victime dépendra du rapport de force ponctuel entre les personnes présentes au moment de l’altercation.
Qu’après les faits, un ministre de la justice qui participe à ce programme d’insécurité lance des accusations avant toute forme d’enquête marque clairement ses complicités politiques et rend caduque tous les discours qu’il peut formuler sur la présomption d’innocence. Elle le disqualifie à son poste.
L’absence des forces de l’ordre pour protéger une conférence pacifique d’une députée de la France Insoumise contraste avec les mobilisations et les interventions policières contre les écologistes, les gilets jaunes ou les opposants aux réformes des retraites. Elle correspond aussi à leur laxisme lors des exactions des manifestations paysannes des syndicats paysans de droite ou d’extrême droite. Elle démontre le projet de faire s’opposer les « extrêmes », tout en faisant passer les textes législatifs répressifs de la droite et de l’extrême droite.

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