Migrants malades : les associations se préparent à désobéir

Une dernière action coup de poing s'est tenue ce mardi devant le Sénat, à la veille de l'examen des restrictions au droit d’asile pour les migrants malades par une commission mixte. Reportage.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Mardi 3 mai, 10h45. Une soixantaine de militants des associations Aides et Act Up Paris s'écroulent sur le parvis du Sénat, symbolisant les cadavres des étrangers malades auxquels la France pourrait désormais refuser le droit de séjour sur son territoire. Un corbillard noir fait son apparition: il est venu enterrer le défunt droit à un traitement médical pour les immigrés exclus des soins dans leur pays d'origine. De temps à autres, le petit cercle des militants étendus au sol se relève pour entonner quelques slogans entrecoupés de sirènes assourdissantes: « Malades expulsés, malades assassinés ! », « Malades étrangers, droit au séjour, ça ne se discute pas! ».

Ce mercredi, la réforme du droit au séjour pour raisons médicales, un volet du projet de loi « Immigration, intégration et nationalité », sera examiné par les deux assemblées, réunies en commission mixte paritaire. Si le texte reste en l'état, seuls les étrangers malades dont le traitement est « absent» dans le pays d'origine seront protégés de l'expulsion. Actuellement, 28 000 personnes atteintes de pathologies très graves bénéficient d’un titre de séjour, selon les chiffres d'Aides. Elles sont susceptibles d'être renvoyées dans leur pays, au motif que des soins y sont « présents », même s'il n'est pas garanti qu'elles puissent y avoir accès.

« Cette loi est scandaleuse d'un point de vue humain , s'indigne Olivier Denoue, directeur général délégué de l'association.  C'est pour cela que l'on fait un événement aujourd'hui, pour essayer d'influencer le texte. On espère décrocher un rendez-vous à Matignon, qui tire les ficelles de cette commission ». Avec cette manifestation sans autorisation de la préfecture, Aides et Act Up Paris jouent leurs dernières cartes : « Depuis octobre, toutes les voies possibles ont été exploitées pour protester contre cette réforme qui n'avait pas lieu d'être. On est obligés d'en arriver là! » s'exclame François Henri, un autre militant. Pourtant habituée à agir dans le respect de la légalité, l'association Aides s'estime prête à mener des actions de désobéissance civile pour soutenir les malades étrangers, si aucune modification n'est apportée à ce projet de réforme.

La cérémonie funèbre se poursuivra deux heures durant, jusqu'à ce que les forces de police délogent en douceur les manifestants. Dans le silence le plus complet, ils n'émettent aucune résistance. Pas de dialogue avec Matignon en perspective, mais un aller pour le commissariat. Motif de l'infraction: occupation de la voie publique. Tous seront relâchés quelques heures plus tard. « Sur les 14 parlementaires de la commission, 8 sont UMP. Il suffirait seulement un revirement d'opinion de la part de deux d'entre eux pour infléchir le texte ! » , espère François Henri.


→ Soutenez le premier reportage collaboratif de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice..

Politis.fr



Lire aussi sur Politis.fr

-Étrangers malades : le projet de loi s'est durci

-Aucune indulgence pour les migrants malades ? (17 février)

-Expulsé = condamné à mort ? (10 février)

-Loi sur l’immigration : dernière bataille à l’Assemblée, les associations se mobilisent (10 mars, vidéos)

Photo : AFP / Bertrand Langlois

Haut de page

Voir aussi

Grève du 13 janvier dans l’Éducation nationale : dans le cortège, le malaise est partout

Sur le vif accès libre
par et ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.