Dossier : La politique noyée dans le talk-show

Le « Petit Journal » ou la LOL politique

Quelles sont les clés du succès de l’émission présentée par Yann Barthès ? Dérision et millième degré, mais guère de décryptage.

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Une émission quotidienne où l’on voit défiler l’ensemble de la classe politique, qui rassemble depuis 2004 jusqu’à 1,8 million de téléspectateurs, et dont même les jeunes raffolent ! Quelle est la recette miracle du « Petit Journal », 18 minutes diffusées chaque soir sur Canal +, pendant que les 20 heures tournent sur les autres chaînes ?

Premier ingrédient : un présentateur trentenaire plutôt beau gosse, en costard cintré et fine cravate fashion. C’est Yann Barthès, qui, sur fond de vrai-faux plateau de JT, ne se départit jamais de son ton « millième degré » et de ses mimiques mi-goguenardes, mi-blasées. Ajoutez une série de séquences au montage nerveux (avec, si besoin, incrustation de mots et de sons), où l’on découvre sans transitions les coulisses des meetings de l’UMP, les bourdes des journalistes du câble et les fans hystériques de Lady Gaga. Agrémentez de quelques morceaux de bravoure « journalistique » : la révélation des discours « copier-coller » de Sarkozy, les messes basses pas très catholiques de Berlusconi, ou le décompte des cars de CRS qui suivent le Président en déplacement. Mélangez bien. Vous obtiendrez… une savoureuse tranche de rigolade !

Car, après tout, pourquoi se prendre au sérieux quand le monde n’est qu’une vaste farce appelée « communication » ? Alors, au lieu de décrypter le sens, le « Petit Journal » manipule les signes. Qui, de fait, se valent tous. Des nouvelles boucles d’oreille de Martine Aubry (indices de sa candidature à la primaire du PS ?) au gringue de Jacques Chirac à une élue corrézienne sous le regard ulcéré de « Bernadette » . De Nadine Morano qui se déchaîne sur la piste de danse des jeunes de l’UMP au « top five » des meilleures petites phrases des points presse de « Dodo et Frédo » (surnoms de Dominique Paillé et Frédéric Lefèbvre, ex-porte-parole de l’UMP), le tout rehaussé d’une musique de cirque.
Dans le petit théâtre de la politique spectacle, les hommes politiques sont des clowns ou des pantins. Souvent ridicules – mais le ridicule ne tue pas –, en tout cas pas bien méchants. Et qui ne méritent, au fond, guère plus qu’une bonne dose de dérision. Vraiment ?


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