Congrès du PS: match nul à l'AG fédérale de Paris

Dernier round avant le vote des militants. Mardi soir à Paris, les chefs de file des quatre motions ont défendu chacun leur orientation dans un combat rhétorique minutieusement préparé, mais assez stérile.

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Derrière le pupitre de la grande salle de la Mutualité , un sourire éclaire le visage de Jean-Christophe Cambadélis : « Ce soir, c'est un peu un match à domicile. » L’ancien député de Paris et actuel patron du PS ne s’est pas trompé de champ lexical : à certains moments de la soirée, il est question de sport plus que de politique.
Pour la première (et dernière) fois depuis le début de la campagne, et deux jours avant le premier vote des militants, cette AG fédérale rassemble autour de la même table les premiers signataires des quatre motions en lice pour le congrès de Poitiers. L'affiche est alléchante. Mais malgré les apparences, le « débat » entre premiers signataires que Christian Paul, représentant de la motion B, appelait de ses vœux n’aura pas lieu. Durant les deux heures trente de réunion, ce n’est pas à un échange d'idées qu’assisteront les quelque 500 militants parisiens présents, mais à une série d’uppercuts rhétoriques entre Cambadélis et Paul, les deux principaux adversaires – qui n’ont pas oublié de décocher quelques tacles à l’ outsider de la motion D, Karine Berger. Spectacle révélateur d’un parti en pleine crise existentielle, où les sociaux-démocrates et les sociaux-libéraux qui le composent s’entredéchirent…

### Inventaire

_ Dans ce match, les points se comptent à l’applaudimètre. Cambadélis a donc pris soin de rameuter ses supporters pour faire la claque. Premier à s'exprimer, le locataire de Solférino prend de la hauteur, égrène les multiples crises (terrorisme, réchauffement climatique, montée du FN, recul de la gauche…) que traverse le pays. Ce congrès ne consiste pas à « répartir les postes, mais à être à la hauteur de l’histoire » , ajoute le premier secrétaire avec grandiloquence. « Nous [le PS, NDLR] ne sommes pas le partenaire junior du gouvernement, on peut discuter ! Mais il y a une ligne rouge : le PS ne peut pas renverser le gouvernement » , lâche-t-il dans un crochet à Christian Paul accueilli par les hourras de ses fidèles chauffés à blanc.

_ Au chef des frondeurs de monter sur le ring. Paul compte aussi ses soutiens dans l’assistance, qui tentent de couvrir les quelques sifflets qui accompagnent son arrivée derrière le pupitre. Soulignant la « défaillance démocratique » dont souffre le pays, le député de la Nièvre décrit un PS « en danger » où il entend « faire l’inventaire de nos manquements » s’il est élu à sa tête. Malin, il se fait gardien des promesses de 2012 : la loi bancaire, la réforme fiscale, l’accueil des étrangers, poussant ainsi les « pro-Camba » à la faute – certains se retrouveront à huer les critiques adressées à… Angela Merkel.

_ Maniant l’art de la formule ( « infléchir sans affaiblir » le quinquennat), il ironise sur son adversaire, évoquant au détour d'une expression ( « vaisseau fantôme » ) ce papier de l’Obs qui a déclenché la fureur de Cambadélis : un article où le premier secrétaire se targue cyniquement d’avoir arrangé le texte de la motion A pour le faire signer par des militants qui pensent tout et son contraire, et reproche aux cadres de Solférino de ne pas travailler assez – ce qui lui a valu, en début de semaine, une menace de grève... « L’habileté peut constituer une fragilité » , ajoute Paul dans une dernière saillie pour son challenger. « Je ne suis pas devant vous pour administrer la fin de vie au PS, [mais le] courage, c’est d’oser défier le discours des puissants » , conclut-il avant de repartir sous une « standing ovation ». Paul : 1 ; Camba : 0.

### « C’est Mélenchon ! »

C’était sans compter la deuxième manche. Chef de file de la motion C, Florence Augier, simple militante et conseillère à Pôle emploi, évoque dans une prononciation laborieuse sa voisine qui vit avec ses trois enfants dans un 28 mètres carrés. Dans un brouhaha incessant, elle appelle à rompre avec « l’asservissement consumériste » et à renouer avec la démocratie de terrain. Vient ensuite l’appel à la discipline d’une Karine Berger (motion D) pour qui le congrès est surtout l’occasion « d’ouvrir la bataille de 2017 auprès de François Hollande » et qui tente de s’imposer comme la candidate de la « synthèse » entre la motion A et la motion B.

_ S’ensuit une bonne heure d’interventions de militants. « Nos différences ne sont pas insurmontables » , dit l’un. « Rassembler, ce n’est pas créer une cohabitation à l’intérieur du PS » , objecte un autre. Entre les pro-Paul et les pro-Camba, volent les noms d’oiseaux : « On est pas une bande de gauchistes ! » , se défend un partisan du premier. « C’est Mélenchon ! » , hurle un supporter du second. Ambiance...

_ Dernier tour de piste des premiers signataires pour cinq minutes de conclusion. Christian Paul semble s’être quelque peu radouci : « Le congrès ne doit pas “trancher”, ce n’est pas une guillotine, il s’agit de construire ensemble. » Le mot de la fin revient à Cambadélis. Pour sa « dernière intervention avant le vote » , le premier secrétaire a préparé son coup : « Depuis le début de ce congrès, vous n’avez pas entendu de ma bouche des formules assassines » , annonce-il, tel un fauve se léchant les babines. Joueur : « Mais je voudrais répondre à mes détracteurs. À Christian Paul, je voudrais répondre que… ha ha !, se marre-t-il, laissant une pause pour faire durer le suspense. En toute amitié… je voudrais dire à Christian Paul qu’il y a une phrase qui m’a blessé au cours de son propos liminaire. Non, les réformes du gouvernement ne sont pas dictées par Mme Merkel. J’assume… » . Et de finir par une anaphore à mi-chemin entre le « Moi, président » de François Hollande et le « J’accuse » de Zola... Cette fois « Camba » marque le point.
Score final: 1-1. Jusqu’à jeudi, en tout cas.


Photos: JOEL SAGET & KENZO TRIBOUILLARD / AFP

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