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Madame Vallaud-Belkacem, fermez des classes et ouvrez des prisons !

TRIBUNE. Pour Jean-Riad Kechaou, il serait temps de décréter l’État d’urgence dans l’éducation.

Cinq classes. On nous annonce la fermeture de cinq classes dans les trois écoles primaires du quartier où j’enseigne, celui des Coudreaux, à Chelles (77). Cela signifie, potentiellement, le passage de 24 à 30 élèves par classes.

L’enseignement élémentaire est ainsi abandonné par notre chère ministre alors qu’il aurait fallu l’aider davantage pour éviter d’avoir à le faire quand il est trop tard (lutte contre le décrochage, soutien scolaire, formation des jeunes). Avec la fermeture de cinq classes, notre quartier est donc saigné, froidement.

De la sécurité oui, de l’éducation non !

La crise sociétale que traverse notre pays mis en exergue par les récentes attaques terroristes auraient dû nous faire réagir. Les mesures répressives qui ont suivi ces attentats n’ont pas été accompagnées de mesures ambitieuses ni dans l’éducation ni dans les dispositifs étiquetés « politique de la ville ».

Prenons donc ce quartier des Coudreaux pour faire simple et comprendre à une échelle locale le drame qui se trame à l’échelle nationale. Le nouveau maire de Chelles, élu en 2014, a décidé d’installer des caméras dans la cité HLM sensible du quartier afin d’y combattre la délinquance et vient d’annoncer l’arrivée prochaine d’une annexe du poste de police municipale, qu’il souhaite armer. En parallèle, les éducateurs de rue n’ont pas vu leur contrat renouvelé comme dans beaucoup d’autres communes.

Fin 2014 toujours, l’État décide de supprimer le réseau d’éducation prioritaire qui permettait aux collège et écoles du quartier d’encadrer convenablement des enfants issus pour la moitié de catégories socioprofessionnelles défavorisées. L’enseignante qui assurait la cohérence éducative de ce réseau a bien évidemment perdu son poste en septembre 2015 alors que la réforme du collège préconise justement le travail par cycle, la classe de sixième étant la dernière année du cycle 3 nommé « cycle des consolidations » (CM1, CM2 et Sixième). Dans notre quartier, on nous détruit donc le lien qui existait déjà entre le collège et les écoles tout en nous encourageant à renforcer ce lien…

La réussite n’est plus gratuite

« La société est coupable de ne pas donner l’instruction gratis ; elle répond de la nuit qu’elle produit »

Victor Hugo, Les Misérables.

L’une des trois écoles, située à proximité de la cité sous vidéosurveillance accueille également un nombre important d’élèves immigrés, qui découvrent parfois la langue française en classe maternelle. Avec trente élèves par classes, comment une enseignante pourra-t-elle gérer les carences de langage d’une partie de ses élèves d’une part et l’hétérogénéité de sa classe d’autre part, sachant que certains élèves ont autre chose à faire que découvrir les mots de base de notre langue. La classe d’initiation (CLIN) de la ville, qui s’occupait de la prise en charge des élèves primo-arrivants, a aussi été supprimée en 2014, l’école devant se contenter de la venue d’un maitre supplémentaire qui a en charge un autre établissement…

Bien évidemment, les dérogations sont légion et l’établissement privé de la ville se voit dans l’obligation de refuser des élèves en n’oubliant pas de les trier avant. On nous expliquera ensuite que l’enseignement public est de moins bonne qualité. Les cours particuliers explosent aussi pour pallier aux carences de nos établissements. La réussite n’est donc plus gratuite en France et les élèves en difficulté issus des classes sociales défavorisées n’ont pas cette chance d’être secouru individuellement.

Dans ce quartier de banlieue enclavé avec un bus toutes les demi heures pour le centre ville et sa gare RER, où il n’y a pas de bibliothèque ni lieu de culture, l’État renonce donc à relever ces défis si importants : la réussite scolaire, la lutte contre la délinquance et la radicalisation religieuse. Ces maux que l’on stigmatise et que l’on identifie comme un mal inhérent à ses populations de banlieue alors qu’ils ne sont finalement que la conséquence d’inégalités terribles que l’on préfère ignorer.

En grève le 26 janvier !

L’histoire de ce quartier est bien évidemment à généraliser à l’échelle nationale, 200 classes sont fermées sur le seul département de Seine-et Marne qui est pourtant en pleine explosion démographique, notamment la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. La raison ? À budget constant, le rectorat de Créteil se voit dans l’obligation d’aider davantage la Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France. Évidemment que celui-ci a besoin d’aide supplémentaire mais on ne peut sacrifier les jeunes du département voisin qui a, lui aussi, son lot de misère. Ce serait faire du socialisme à géographie variable…

Pour couronner le tout, la réforme du collège prévu pour 2016 n’annonce rien qui vaille : baisse des horaires disciplinaires, aide « personnalisée » en classe entière (ce n’est pas une blague), possibilité de mener des projets interdisciplinaires avec un seul professeur (ce n’est toujours pas une blague) et surtout l’attaque faite à la mixité sociale en supprimant dans de nombreux établissements des classes européennes et l’option des langues anciennes.

A cela s’ajoute une pénurie de candidats à l’enseignement secondaire. Les étudiants se détournent logiquement d’un métier dévalorisé, cela signifiant que les concours sont plus accessibles et le niveau des futurs enseignants revu à la baisse. Le manque d’enseignant, notamment sur l’académie de Créteil, oblige le rectorat à recruter en vacations ou en contrats à l’année des personnes diplômées d’une licence qui, parfois, ne correspond pas à la matière qu’ils enseignent (ce n’est, malheureusement, toujours pas une blague). Des enseignants qui, faut-il peut-être le rappeler, n’ont pas été formés.

Plus que jamais, la grève du mardi 26 janvier s’annonce massive tant l’exaspération est grande chez l’ensemble des enseignants, de la maternelle au lycée. Nous ne pouvons accepter d’être les témoins passifs de cette politique aux antipodes de nos attentes.

Il serait ainsi de bon ton, madame la Ministre, de décréter l’État d’urgence dans l’éducation !

Jean-Riad Kechaou


Policiers armés : http://www.leparisien.fr/chelles-77500/chelles-brice-rabaste-lr-veut-armer-les-policiers-municipaux-29-09-2015-5137933.php

Pénurie de candidats : http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/capes-penurie-de-candidats-a-l-enseignement-secondaire_934825.html

vidéosurveillance dans la cité : http://chellois.com/2015/09/01/chappe-les-cameras-reinstallees-sous-surveillance-policiere/

Photo : YANN KORBI / citizenside.com / AFP

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