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Un trop grand chapeau

Grâce à l’affaire de la déchéance de nationalité au moins, les plus naïfs ou les plus complaisants savent dans quel pétrin nous sommes !

Tout le monde l’a compris : si rien ne bouge, la gauche sera bientôt un champ de ruines. Et ça ne sera pas seulement le résultat d’une présidentielle ou d’une législative catastrophique – on finit toujours par se remettre des débâcles électorales ! La défaite qui se profile sera cette fois culturelle et idéologique. C’est-à-dire profonde. Et peut-être irréversible. Les principes les plus élémentaires auront été rayés du grand livre de l’histoire du mouvement humaniste et social. C’est sans doute ce constat qui a conduit des intellectuels et quelques politiques à lancer un appel pour une « grande primaire à gauche ».

Leur démarche est louable. On en comprend bien la philosophie. Le mouvement est plus important que la fin. Pour eux, il n’est pas temps de se demander quel nom pourrait sortir de ce trop grand chapeau. Les signataires veulent surtout un débat. Un vrai débat « sur les inégalités, la crise écologique, l’éducation, les discriminations, la réforme des institutions, les libertés, la justice, la sécurité, la fiscalité, les territoires, l’Europe, la mondialisation… ». L’énumération est longue. Et elle est en soi accablante pour le gouvernement actuel, car elle donne la mesure des blocages dont il est responsable. Mais, c’est sans doute l’affaire de la déchéance de nationalité qui a réveillé les consciences. Merci François Hollande ! Grâce à lui au moins, les plus naïfs ou les plus complaisants savent dans quel pétrin nous sommes ! Et si on voulait donner un autre exemple de l’état intellectuel et moral de notre exécutif bicéphale, il faudrait encore citer le discours de Manuel Valls, samedi, devant l’Hyper Cacher, cible de l’attentat antisémite de janvier 2015. Je l’évoque ici parce que quelques-uns des mots prononcés heurtent au plus profond la philosophie de la gauche. Quand un homme qui se dit (qui se croit ?) encore de gauche en vient à fustiger toute tentative de compréhension du phénomène jihadiste, c’est que nous sommes tombés bien bas. Marcel Gauchet a eu raison de juger ce propos « ahurissant ». Il l’est en effet, et au sens premier du mot : il rend stupide. Sans compter que dans un discours qui se veut antiraciste, le refus de vouloir comprendre conduit tout droit au racisme. Si ces tueurs ne sont pas le produit de processus qu’il faut analyser pour pouvoir les combattre, alors d’où viennent-ils ? De quel gène assassin sont-ils porteurs ? Nous pataugeons en plein sarkozysme !

Évidemment, la pétition pour une primaire à gauche ne cite pas cet exemple. Sa rédaction était antérieure. Elle est néanmoins très sévère pour la politique du tandem Hollande-Valls. Et il ne fait aucun doute que cette initiative est une énorme pierre dans le jardin de François Hollande, qui, comme tout Président sortant, se rêve en candidat naturel à sa réélection. Mais – et c’est ici que surgissent nos interrogations – le texte est lourd de beaucoup d’ambiguïtés. Supposons par exemple, et par extraordinaire, que MM. Hollande et Valls, en désespoir de cause, et à défaut d’inversion de la courbe du chômage, jouent le jeu de cette primaire. Et que, pour finir, la « grande primaire de la gauche » accouche d’un candidat de droite ou de centre-droit dans leur genre… On imagine les signataires de notre appel, soudain pris au piège, et contraints de faire campagne pour ceux-là mêmes qu’ils voulaient écarter. Ou, hypothèse tout aussi absurde, Valls contraint de soutenir Mélenchon… D’où l’intérêt de préciser sérieusement le périmètre de la politique souhaitée, sans aller jusqu’à parler d’une primaire de « la gauche de la gauche » dont, d’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot (qui ne doit pas être très loin derrière l’initiative dont il est question ici) ne voudraient peut-être pas. Une primaire n’a de sens que si elle organise la confrontation entre gens qui ont encore quelques idées et principes en commun. Sinon, mieux vaut passer directement à la case premier tour de la présidentielle. Les auteurs de l’appel sous-estimeraient-ils la profondeur des désaccords ? Mais me voilà dans le rôle désagréable de Cassandre.

Alors, dans l’immédiat, retenons surtout que le mouvement enclenché a le mérite d’exister et de susciter un premier débat. Ne serait-ce que sur la définition de la gauche, et l’identité politique de ceux qui s’en réclament. La confusion est telle que la réponse est devenue incertaine. Gageons que les prochains jours vont aider ceux qui ont encore des doutes à y voir plus clair. La loi « Macron 2 », qui sera peut-être une loi « El Khomri 1 », du nom de la ministre du Travail, et la présentation, le 18 janvier, par François Hollande de ses nouvelles mesures pour l’emploi apporteront quelques clartés supplémentaires dans le grand débat qui devrait agiter notre pays : comment sortir du chômage ? Par le bas et la précarité en fabriquant des travailleurs pauvres ? Ou par le haut, avec de vrais emplois ? Il y a là matière à définir la gauche.


À nos lecteurs : Nous vous proposerons la semaine prochaine une nouvelle formule. Nouvelle maquette, nouveau site Politis.fr, mais, bien sûr, fidélité à nos idées. Découverte autour d’un pot amical le 20 janvier à 19 h 30 (voir p. 29). Attention : petite salle et inscription indispensable.

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