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Piètre comédie

Si le remaniement a les allures d’une opération de basse politique, le gouvernement, lui, existe bel et bien. Comme au théâtre, il y a les premiers rôles et les figurants.

On est généralement hors sujet quand on évoque les institutions. Et j’ai conscience que mon propos ici n’échappera pas à la règle. Il y a toujours plus urgent qu’à ouvrir une réflexion sur cette satanée élection présidentielle qui vampirise toute notre vie politique. Je ne peux m’empêcher cependant d’y revenir aujourd’hui, au terme d’une semaine qui aura mis en évidence le ridicule de la situation. Je veux parler évidemment de ce remaniement qui aurait pu être imaginé par Jarry ou Ionesco, mais qui est l’œuvre solitaire d’un roitelet républicain. Lorsqu’on aperçoit les motivations du metteur en scène de cette piètre comédie, on se dit qu’un gouvernement, c’est décidément peu de chose, et qu’il est fait peu de cas des dossiers en cours. Où sont dans cette affaire la perspective du krach financier, le drame des agriculteurs et celui des migrants ? Et que peut signifier dans ces conditions devenir ministre ? Quelque chose comme une décoration de pacotille. Un cadeau offert à une vieille maman. À condition de ne pas trop éprouver le sentiment désagréable d’être un jouet dans un jeu qui vous dépasse.

Voyez Emmanuelle Cosse, que l’on aime bien à Politis. Elle ne pouvait pas ignorer qu’elle est une « prise de guerre » pour François Hollande, tout occupé à briser Europe Écologie-Les Verts en vue de 2017. À la rigueur, on aurait compris que la nouvelle ministre du Logement (une perfidie pour François Hollande, qui l’installe à la place naguère occupée par Cécile Duflot) accepte l’offre en échange d’une forte concession présidentielle. L’abandon de Notre-Dame-des-Landes par exemple.

Mais elle n’a obtenu (est-ce bien elle ?) que la promesse d’un référendum qui sera une manœuvre de plus. Rien donc, sinon un coup porté à ses amis. Et puis, il y a Jean-Marc Ayrault. L’ancien Premier ministre revient dans un gouvernement dont il avait été méchamment chassé. Parce qu’il parle allemand, dit-on, et qu’il a un bon contact avec Angela Merkel. Mais plus sûrement parce qu’il incarne encore un peu la gauche du Parti socialiste. Après le départ de Christiane Taubira, il fallait bien ça ! Au total, ce gouvernement est un brouet indigeste, touillé dans la seule perspective de l’élection présidentielle. Et puis, comme la parité n’y était plus, on a inventé quelques ministères pour des femmes. Comble de la misogynie ! Avec une mention spéciale tout de même à cet étrange ministère de l’Égalité réelle. On aurait tort de le croire dépourvu de sens. Le concept a une longue histoire, et souvent vertueuse, de Condorcet à Marx. Mais l’expression, hélas, a récemment été reprise par Emmanuel Macron pour un tout autre usage : mieux vaut un petit boulot que rien, quand l’entreprise ne peut pas vous offrir le Smic… On peut redouter que cette interprétation l’emporte sur l’acception marxiste… L’extension de l’auto-entreprenariat, la simplification des règles de licenciement ou, encore, le recours au référendum d’entreprise pour remettre en cause la durée du temps de travail : autant de projets qui sont au programme des prochaines semaines. Autant de démonstrations d’égalité réelle.

Car il ne faut pas s’y tromper. Si le remaniement a les allures d’une opération de basse politique, le gouvernement, lui, existe bel et bien. Comme au théâtre, il y a les premiers rôles et les figurants. Le pouvoir, en vérité, est entièrement entre les mains du duo exécutif, formé du Président et du Premier ministre. Tous les autres, ou presque, sont sous tutelle, à l’exception de quelques francs-tireurs comme Emmanuel Macron ou Ségolène Royal. Ce remue-ménage ne change rien à la politique, la vraie. Au programme, toujours et encore : austérité et état d’urgence. Comme si de rien n’était. Et c’est bien sûr cette absence d’alternative qui rend dérisoire l’obsession présidentielle. Lorsqu’en 1965 la machine médiatique s’est emparée de l’élection au suffrage universel, rénovant une formule qui avait mauvaise réputation depuis Louis-Napoléon Bonaparte, il y avait un enjeu politique.

Les plus anciens se souviennent de l’opposition De Gaulle-Mitterrand. Les deux affrontements Giscard-Mitterrand en 1974 et en 1981 avaient également du sens entre le libéral et le socialiste qui prônait la rupture avec le capitalisme. Mais aujourd’hui ? Pour que cette élection veuille dire quelque chose, il faudrait que soient réunies au moins deux conditions : que les candidats proposent de vraies alternatives et que le pouvoir économique soit réellement entre les mains du vainqueur. Or, c’est peu dire qu’elles ne sont réunies par aucun candidat du « système ». Ceux-là sont soumis à la doxa néolibérale. Et le pouvoir économique et social s’est déplacé vers une technostructure européenne. Pour autant, faut-il renoncer à mener le combat ? Évidemment non. Mais le terrain, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas favorable. Changer profondément les règles de notre vie politique doit faire partie du débat.


Photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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