Le flatteur des religions

Tout en défendant la neutralité de l’État en matière de laïcité, Macron courtise les élites cléricales conservatrices.

Pouria Amirshahi  • 3 mai 2018 abonné·es
Le flatteur des religions
© photo : ludovic MARIN / POOL / AFP

C’est dans un meeting de campagne présidentielle, le 18 octobre 2016, que le candidat Macron affirme clairement sa vision de la laïcité, tournant le dos à l’ère Valls : « La laïcité […] est faite pour permettre à chacun de s’intégrer dans la vie en commun. Pas pour mener une bataille contre telle ou telle religion en particulier, pas pour exclure, pas pour montrer du doigt. Comment peut-on demander à nos concitoyens de croire en la République si certains se servent de l’un de nos principes fondateurs, la laïcité, pour leur dire qu’ils n’y ont pas leur place ? […] En France, aucune religion n’est un problème. Ce qui est un problème […], ce sont certains comportements, placés sous le signe du religieux, quand ils sont imposés à la personne qui les pratique. Aucune obligation, aucune pression, aucune coercition n’est acceptable. »

Dans un échange en octobre 2017 avec Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit, deux de ses plus ardents zélateurs, qui le rencontrent pour les besoins du film qu’ils réalisent, La T­raversée, Emmanuel Macron livre cette formule : « La République est laïque, pas la société. » Sur un terrain miné depuis plus d’une décennie par les hystéries identitaires, il a donc plutôt gardé le cap d’une démarche apaisée, détournée de l’obsession de l’islam et encline à cultiver le principe premier de la laïcité : la neutralité de l’État et la liberté des citoyens, ce que défendaient les législateurs de 1905, Aristide Briand en tête. Constant, Macron l’a d’ailleurs réaffirmé le 15 avril dernier, lors d’un entretien télévisé. « Quand vous croisez une femme voilée, quel est votre sentiment ? » lui demande Jean-Jacques Bourdin. « Je la respecte », répond le chef de l’État – une réponse à rebours des stigmatisations et amalgames des Le Pen et autres Wauquiez.

S’il s’est donc posé en gardien de l’esprit laïc, le président de la République n’a pas totalement remporté la dispute opposant les républicains aux républicanistes, les laïcs aux laïcistes. C’est bien prudemment qu’il a désavoué son ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, qui voulait interdire de sorties scolaires les mères voilées. Ce dernier ne s’est d’ailleurs pas senti empêché de mettre sur pied un énième « Conseil des sages de la laïcité », même s’il a dû consentir à la présence, notamment, de Jean-Louis Bianco, qu’on sait proche d’Emmanuel Macron sur ce point. Les plaies françaises sont encore à vif, et il n’est pas dit que les néoconservateurs tels que l’ex-député Malek Boutih aient renoncé au geste pyromane.

Bien que laïc, donc, le Président n’en a pas moins flirté avec une ligne ambiguë dans son rapport aux Églises et aux communautés confessionnelles. S’il a pointé, le 22 décembre 2017, les risques d’une « radicalisation de la laïcité », c’est d’abord devant les représentants des cultes. Cultes qu’il encourage d’ailleurs « à vivre pleinement leur foi » et qu’il veut séduire jusqu’à se montrer compréhensif envers les états d’âme des dirigeants religieux et communautaires, notamment sur le mariage homosexuel ou la PMA. Il l’a affirmé en septembre 2017 devant les protestants, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, ou encore le 9 avril dernier au collège des Bernardins, devant la Conférence des évêques de France. N’a-t-il pas déclaré aussi, lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, en juillet 2017, en présence de Benyamin Netanyahou : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car c’est la forme réinventée de l’antisémitisme » ?

En affirmant devant les communautés religieuses ce que leurs dirigeants, très conservateurs, voire réactionnaires, veulent entendre, Emmanuel Macron n’écorne pas la laïcité. Il entreprend surtout un glissement encore plus poussé vers la droite.

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Publié dans le dossier
Macron, un an : La droite parallèle
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