L’effondrement de l’écologie de marché

L’écologie surplombant le social ne peut convaincre la classe populaire.

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Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ? Peut-on s’en tenir à un effet « vote utile » au dernier moment ? Le premier tour de la présidentielle a illustré un point essentiel. L’écologie politique qui prétend avoir le monopole de l’écologie sombre parce qu’elle n’associe pas véritablement à égalité l’écologie et le social, c’est-à-dire la remise en cause du productivisme et celle du rapport capital/travail. Certes, les écologistes politiques parlent de justice sociale, mais le capitalisme, absent de leur discours, ne se réduit pas à plus de justice sociale. Ils sont malheureusement confortés par des théories prétendument philosophiques qui, sous couvert de reconnaître les êtres non humains et de mettre fin à la coupure culture/nature, anthropomorphisent cette dernière, ou qui glosent sur une « classe écologique », occultant le clivage des classes bourgeoise et populaire au nom d’un anti-marxisme obscurantiste.

Dès lors, la question du travail, dont la dévalorisation résulte de son exploitation accrue pour produire de la valeur pour le capital, est absente, laissant la place aux mythologies de la « fin de la valeur travail » ou du « revenu d’existence ». La disparition, au sein du registre écologique dominant, de la centralité du travail vivant, comme producteur à la fois de valeur économique et de lien social, empêche de comprendre l’épuisement des gains de productivité, consubstantiel au capitalisme néolibéral, ainsi que le lien que cet épuisement entretient avec celui de la planète. Il ne reste plus alors à l’écologie politique qu’une posture où l’écologie surplomberait tout, en miroir du socialisme du XXe siècle, pour qui produire toujours plus suffisait pour engendrer le progrès. Au mieux, ce surplomb relègue la transformation des rapports sociaux de production à un peu moins d’inégalités sociales ; mais il laisse dans l’ombre ce qui est à la racine de celles-ci : la logique de l’accumulation du capital.

Bien sûr, les 120 propositions de Yannick Jadot n’étaient pas négligeables, mais qu’est-ce qui les unissait ? Serait-ce la croyance en la capacité des mécanismes de marché de parvenir à une régulation de la course à l’accumulation et au profit ? La guerre de Poutine contre l’Ukraine apporte la preuve que l’écologie de marché est une impasse : tous les experts néolibéraux assuraient que l’augmentation des prix des énergies fossiles accélérerait la transition vers les renouvelables. Or on assiste à l’inverse : le signal prix fonctionne à l’envers en incitant les pétroliers à remettre en chantier des forages d’hydrocarbures qui redeviennent brusquement rentables. Seule une planification écologique démocratique contribuerait à accomplir le saut qualitatif que représente une transition sociale et écologique. Tant sur les plans conceptuel que politique, l’écologie surplombant le social ne peut convaincre la classe populaire de se saisir des enjeux du climat et de la biodiversité si le travail vivant est ignoré (1).

(1) En finir avec le capitalovirus, Jean-Marie Harribey, Dunod, 2021.

Par Jean-Marie Harribey Membre du conseil scientifique d’Attac.


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