Dossier : À (l'extrême) droite toute

À l’Assemblée, l’union des droites en bonne voie

Passé les nécessités de la présidentielle, la macronie envisage désormais très sérieusement de voter avec la droite et l’extrême droite. Une voie d’eau majeure dans la tradition du barrage républicain.

Certaines petites phrases ne trompent pas. « Ce sont des députés qui font du travail, comme tout le monde. Ils sont en commission, il faudra que leurs amendements soient entendus. » « Ils », ce sont les 89 députés du Rassemblement national. Des députés comme les autres, selon ce cadre de la Macronie battu aux législatives mais toujours actif. « Il ne faut désormais plus raisonner en termes d’opposition, pour personne. Si les députés RN ne jouent pas le blocage, pourquoi pas ? On va travailler les amendements, écouter les oppositions. De cette façon, il y a moyen de gagner quelques abstentions au moment du vote et le texte pourra peut-être passer. » L’heure est aux petits calculs. Et pour composer face à une gauche rassemblée, tout est désormais permis pour la majorité présidentielle qui n’a pas obtenu les 289 élus nécessaires pour être qualifiée d’« absolue ». Même avec l’alliance avec une extrême droite qui n’a jamais compté autant de députés depuis la Libération.

Déjà élus en 2017, puis réélus le 24 avril dernier grâce à un barrage républicain au second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron et ses troupes prennent quelques libertés avec ce qui a longtemps fait figure de digue morale infranchissable. Au soir de sa réélection, sur le Champ-de-Mars, le président louait ceux qui avaient voté pour lui dans le but d’amoindrir le score de Marine Le Pen, en se sentant « dépositaire de leur sens du devoir, de leur attachement à la République ». Jusque-là, l’alliance était toujours inenvisageable. Mais alors que tout le monde pensait Jupiter intouchable, l’Assemblée inattaquable, l’élection imperdable, Emmanuel Macron a finalement été bousculé. Un déséquilibre qui semble lui avoir fait perdre sa boussole idéologique, égarée dans le jardin d’hiver de l’Élysée sous la verrière décorée par Daniel Buren, où était organisée, le 19 juin, la soirée électorale du Président et de ses plus proches ministres et conseillers. Un revirement net, brutal. En moins de deux mois.

« Lâcher quelques trucs »

Et les digues ont peu à peu commencé à sauter. Sur BFM TV, au soir du second tour des législatives, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, est face à l’ex-ministre sarkozyste et aujourd’hui eurodéputé RN Thierry Mariani, quand il lâche l’une de ces petites phrases qui font dérailler le système sur BFM TV : « Les Français veulent en revanche incontestablement qu’on puisse avancer avec beaucoup de bon sens. C’est en réalité à l’Assemblée nationale que nous verrons comment nous essayons d’avancer ensemble. » Parallèlement, sur France 2, le président du MoDem et allié d’Emmanuel Macron, François Bayrou, lance face à Philippe Ballard, élu RN dans l’Oise : « Je ne sais pas si ça s’appelle extrême droite. » Le lendemain sur France-Info, Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance (ex-LREM), enfonce davantage le clou : « On avait malheureusement des cas où c’était compliqué de définir qui était le candidat le plus républicain. Regardez un duel entre François Ruffin et le RN… » Le 21juin sur le plateau de France 5, la députée LREM des Hauts-de-Seine Céline Calvez, lance froidement : « Quand on a besoin d’avoir une majorité et si c’est bon pour les Français, on va aller chercher les voix du Rassemblement national. »

« Les Français ne veulent de toute façon plus du front républicain », ose un député.

« Pour être clair : que l’on prenne en compte un amendement LFI ou RN, je m’en branle. S’ils apportent des trucs, pourquoi y serait-on forcément opposé ? », affirme aujourd’hui un député très actif de la majorité qui explique que la ligne de conduite ne doit pas suivre les logiques partisanes mais _« l’intérêt général et le coût financier ».

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