Dossier : Fin de régime

Cinq ans de ménage à quatre, le pari de la Nupes

Après sa percée électorale, l’alliance de la gauche et de l’écologie, première force d’opposition, devra prouver qu’elle n’est pas un feu de paille électoral. Il lui faudra pour cela relever cinq défis.

Ce n’était pas l’euphorie follement espérée, dimanche 19 juin, au sein des quatre partis qui composent la Nupes. Mais pas de déception pour autant, tant le bilan de l’épisode législatif comporte de satisfactions (lire page 6).

La première de toutes, c’est évidemment la constitution inespérée de cette Nouvelle Union populaire écologique et sociale, début mai. Dans l’incertitude de son succès à venir dans les urnes, les cadres de ses différentes composantes affirmaient alors, main sur le cœur, qu’elle visait bien plus loin que le second tour des législatives, qu’il s’agissait de construire ensemble et dans la durée une véritable force de changement. Avec 142 député·es (et peut-être un peu plus en cas de ralliements parmi les 13 députés divers gauche), la Nupes s’attaque à cette feuille de route dans la confortable position de première force d’opposition à l’Assemblée nationale. Mais déjà dans l’inconfort d’avoir à affronter ses divergences internes sans faire claquer les portes à la moindre occasion.

1- Apprendre à (bien) travailler ensemble

Dans l’immédiat, et s’ils jouent collectif dans la répartition des postes, les partenaires de la Nupes sont en mesure d’occuper les positions de pouvoir qui reviennent, par le jeu du règlement de l’Assemblée nationale, au premier pôle d’opposition : le troisième questeur (les deux premiers revenant à la majorité), la première vice-présidence et, surtout, la présidence de la commission des finances : la composition de cette instance stratégique reflétant les équilibres de l’Hémicycle, l’attribution de cette charge par ses membres ne devrait pas échapper à la Nupes si elle s’accorde à présenter une candidature unique (la majorité ne participe pas à ce vote). La socialiste Valérie Rabault, rompue à la pratique des finances publiques ? L’économiste Aurélie Trouvé, ex-porte-parole d’Attac, fer de lance de la lutte contre l’évasion fiscale ? Autre exercice pratique : la Nupes fera-t-elle l’effort de faciliter le ralliement aux 12 député·es PCF de trois divers gauche afin de lui permettre de former un groupe parlementaire ?

La mandature résonnera-t-elle d’une polyphonie ou bien de cacophonies ?

Et s’il n’est pas imaginable d’entendre la Nupes s’exprimer d’une seule voix à l’Assemblée nationale, la mandature résonnera-t-elle d’une polyphonie ou bien de cacophonies qui feront les délices des autres bancs de l’Hémicycle ? La Nupes devra définir une stratégie d’opposition efficace, aussi bien politiquement qu’au nom de l’intérêt commun. La critique systématique l’exposerait à apparaître dans une posture semblable à celle du RN. L’adhésion, en ordre dispersé, à certains projets macroniens d’utilité publique serait exploitée pour la fragiliser. Son échappatoire ? La créativité parlementaire.

2- Enterrer la tentation (et le soupçon) de l’hégémonie

Le premier test en la matière n’aura pas tardé. Dès le lendemain du second tour, Jean-Luc Mélenchon proposait de constituer un groupe unique Nupes à l’Assemblée nationale, « de manière à ce que, sans aucune discussion possible, il soit établi qui mène l’opposition dans le pays et que dès lors nous soyons prêts à tous moments, y compris s’il y a de nouvelles élections, à présenter la candidature de la Nupes ». EELV, le PS et le PCF ont immédiatement décliné, dans une unité de style et de ton : l’accord d’alliance a défini que chaque formation (si elle le peut) aurait son groupe parlementaire, articulé aux autres dans un intergroupe lorsqu’il s’agira de défendre des positions communes. Il n’est pas illogique de vouloir rehausser l’ambition de la Nupes, au vu de la nouvelle configuration politique, particulièrement face aux 89 députés d’extrême droite. Cependant, et alors que LFI dispose de plus de député·es que ses trois partenaires réunis, cette offre est de nature à raviver leurs craintes de voir ce parti exercer un magistère dominant sur l’opposition parlementaire. À titre de rétribution ? « Vous pouvez les applaudir, car ce sont évidemment les insoumis, en premier lieu, qui ont permis cette coalition », saluait dimanche soir Julien Bayou, secrétaire national d’EELV. L’apprivoisement réciproque est loin d’être achevé et nécessitera encore de nombreux gages de confiance de chaque côté, comme l’ont exprimé l’écologiste David Cormand et le communiste Fabien Roussel pour tempérer les enthousiasmes entourant la Nupes au-delà du 19 juin.

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