Mélenchon cultive l’espoir

Dans « En quête de gauche », le sénateur de l’Essonne analyse la mutation idéologique du PS et appelle de ses vœux une « force nouvelle » à gauche.

Denis Sieffert  • 13 septembre 2007 abonné·es

Sans autre forme de procès, le dernier livre de Jean-Luc Mélenchon a été placé dans la rubrique « règlements de comptes ». Il y côtoie l’abondante littérature socialiste de cette rentrée. Le délit est suffisamment grave pour mériter le châtiment suprême : le mépris. Il faisait partie des interdits de l’université d’été de La Rochelle, où l’on avait préféré supprimer la traditionnelle librairie plutôt que de prendre le risque vertigineux du débat.

Mais quel contresens ! Ou quelle mauvaise foi ! L’ouvrage, qui se présente sous la forme d’un long entretien avec notre ami Michel Soudais, est d’abord une réflexion sur l’évolution du Parti socialiste et de la gauche européenne en général. Le sénateur de l’Essonne remonte aux origines d’une droitisation à laquelle le PS français a longtemps résisté. Il rétablit au passage une vérité souvent oubliée : ce n’est pas Tony Blair mais bien Bill Clinton qui a promu le « recentrage » après que le parti démocrate américain eut essuyé des échecs électoraux avec des candidats réputés trop à gauche, comme Mc Govern ou Mondale. Au sein du Democratic Leadership Council, le futur président a posé les jalons d’une « troisième voie ». Mélenchon rappelle que Blair et Gordon Brown ont fait plusieurs fois le voyage, et puisé dans ce creuset idéologique, inspirant à leur tour l’Allemand Schröder, les Italiens D’Amato et Prodi et le Hollandais Wim Kok. Autrement dit, une bonne partie de l’Europe officielle.

Mélenchon retrouve la trame de cette mutation. Il cite discours et manifestes qui louent la nouvelle « politique progressiste libérée des archaïsmes » ; évoque le livre d’Anthony Giddens (le théoricien de Blair) au titre si édifiant : Par-delà la gauche et la droite . Il se souvient de l’embarras des députés de gauche après la prestation d’un Tony Blair applaudi à tout rompre par la droite à l’Assemblée nationale.

Pour Mélenchon, le glissement n’est pas social-démocrate mais démocrate tout court, au sens américain. Il se fait toujours au nom du principe de réalité *. « Qui n’accepte pas le « réel » tel qu’il est établi par ces gens,* observe-t-il, n’exprime donc plus un désaccord : soit il ment, soit il est tout simplement insensé. » « C’est habile, dit-il, mais c’est d’essence totalitaire. » La démonstration repose sur de nombreux exemples des méfaits de cette politique sur le plan social et du point de vue des services publics.

C’est sur cette toile de fond que l’auteur aborde le cas particulier du PS. Et c’est à ce stade qu’il fait entrer en scène François Hollande, qu’il tient pour le pourvoyeur de cette politique dans la gauche française. C’est là aussi qu’il analyse la campagne d’une Ségolène Royal « plus démocrate que socialiste », et dont la philosophie de l’ « ordre juste » sort tout droit, selon lui, de la doctrine sociale de l’Église. On ne peut donc faire moins polémique. Sauf à considérer que la sacro-sainte « synthèse » à laquelle il a lui-même parfois, et coupablement, succombé n’est plus seulement une posture de congrès mais une version insidieuse de la censure.

Dans la dernière partie, Mélenchon revient, parfois très en détail, sur la séquence politique qui s’est ouverte avec le coup de tonnerre du 21 avril 2002. Le ton est tonique malgré les vents contraires. Il analyse longuement le sens de la victoire du « non » au référendum européen, tout en refusant d’en faire pour toujours l’alpha et l’omega d’une gauche de la gauche. Ceux qui se sont impliqués dans cette période, et notamment dans l’entreprise des collectifs antilibéraux, trouveront là un éclairage personnel, donc discutable, sur les causes de l’échec, dont il exonère largement la direction du parti communiste. Mais aussi des pistes pour une « force nouvelle » « respectueuse des histoires de chacun » et qui s’adresse « à toute la gauche ». Il convoque en référence l’exemple de Die Linke, ce regroupement de communistes et de la gauche socialiste en Allemagne.

Mélenchon ne dissimule pas que le choix des communistes influencera « profondément (ses) propres décisions ». Ce qui renvoie à la question que lui pose Michel Soudais en guise d’introduction : « Songez-vous sérieusement à quitter le parti dans lequel vous militez depuis 1976 ? » Si la question reste sans réponse, on devine que ce qui le retient encore au PS ce n’est plus le PS lui-même, mais l’absence d’alternative à gauche. Une alternative dont il ne veut pas désespérer.

Politique
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