Islande : le refus de la dictature financière

Les Islandais doivent régler une ardoise de quatre milliards d'euros consécutive à la chute d'une banque privée. Pour la deuxième fois en moins d'un an, les citoyens sont appelés aux urnes pour se prononcer sur le plan d'épurement de la dette. Le point sur un scandale très discret.

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Nouvel épisode dans la tragédie financière islandaise, dimanche 20 février : le président Olafur Ragnar Grimsson a appelé à un référendum, moins d'un an après le rejet d'un premier plan de remboursement.

Depuis la fin 2008, le pays est plongé dans la crise après la faillite d'une banque en ligne, « Icesave ». Sur cette île de 320 000 habitants, quatre milliards d'euros de placements financiers de ressortissants européens (britanniques et hollandais pour la plupart) sont partis en fumé. Dans l'urgence, l'ardoise a été payée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas et les clients lésés ont été indemnisés. Mais la dette colossale devra être remboursée... par le contribuable islandais.

Depuis 2008, le pays traverse une crise profonde : en deux ans le chômage a grimpé de 2 % à 8,6 %. En mars 2010, les Islandais ont rejeté à 93 % un premier plan de remboursement. Un second plan a été ficelé en ce début d'année avec des intérêts moindres (3 % contre 5 % prévus dans la première mouture) et un étalement du remboursement entre 2016 et 2046.

Ce projet d'accord international, voté par le Parlement et légitimé à grands renforts de sondages favorables, n'attendait plus que la paraphe du président islandais pour entrer en vigueur. Mais à la suite d'une pétition rassemblant 40 000 signatures, Olafur Ragnar Grimsson a décidé de convoquer de nouveau le suffrage universel.

« Il n'y a pas de révolution »

« On tient compte de la volonté du peuple , se satisfont Yvette et Mike Krolikowski, du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers monde (CADTM). En Islande, les citoyens ont encore une prise sur la politique internationale et la finance » .

Début 2009, un mouvement social s'est élevé par défiance envers les banques, imposant un renouvellement politique. Dans le même élan, une assemblée constituante à été élue pour refondre la constitution 1.

« Il n'y a pas de révolution en Islande , tempère pourtant Jean Tosti, membre d'Attac. L'Islande est gouvernée par des sociaux-démocrates qui font tout pour adhérer à l'Union européenne en se pliant à ses exigences... Simplement, les Islandais sont appelés à payer une dette privée, ce qui est inacceptable. Sur le fond, cette dette est illégitime. »

DSK : « L'Islande n'est pas immunisée »

En Islande, des voix regrettent pourtant le geste démocratique de Olafur Ragnar Grimsson. Le quotidien Frettabladidqui se disait lundi « choqué par la décision du président »* . Le rédacteur en chef du quotidien, Olafur Stephenson, brandit désormais le risque que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas portent l'affaire « devant les tribunaux »* en cas de rejet de cet accord. Il évoque ainsi la menace d'une sanction de l'Efta (European free trade association) qui régit les relations commerciales entre les pays.

Le manque de docilité du peuple islandais trouble aussi les plans du Fonds monétaire international (FMI). Dominique Strauss-Kahn, encore directeur du FMI, expliquait le 15 janvier lors d'une conférence de presse à Washington que l'Islande avait « des obligations internationales à respecter (…). Comme certains autres pays, [elle] ne peut pas être immunisée contre ce qui a été fait par son secteur financier » .

En cas de nouveau refus, la petite île de 320 000 habitants pourrait donc bien être un gravillon dans les souliers des dirigeants de la finance internationale.

Le suspens devrait prendre fin « le plus tôt possible » , espérait dimanche le président Olafur Ragnar Grimsson qui va tenter d'organiser le référendum « peut-être dans un mois » .


  1. Un projet de refonte de la constitution planait de longue date, mais la défiance envers les banques a précipité l'élection de cette assemblée constituante. Une élection invalidée par la Cour suprême pour vice de forme. 


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