Avant le rassemblement dimanche, le Front de gauche prépare sa « prise de la Bastille »...

Dimanche 18 mars, la « marche pour la VIe République » doit réunir au moins 20 000 personnes. Reportage au QG du Front de gauche, où l’on s’est activé toute la semaine pour préparer l’événement.

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« La météo ? Je ne pense qu’à ça ! ». Pour la énième fois de la journée, Leila Chaibi, porte-parole du Front de gauche, tapote sur son ordinateur l’adresse du site de Météofrance : à l’endroit de la région parisienne, toujours ce satané nuage gris à grosses gouttes... « Des averses et deux degrés au dessous des normales saisonnières » , grogne celle qui continue pourtant d’espérer que le ciel sera avec le Front de gauche, dimanche, pour la Marche pour la VIe République.

Toute la semaine, un soleil radieux a transpercé le plafond de verre de « l’Usine », le QG du Front de gauche situé aux Lilas (93). C’est ici que les bénévoles ont préparé l’événement qui devrait être le point d’orgue de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Entre 20 000 et 30 000 personnes sont attendues de toute la France pour défiler de la place de la Nation à la place de la Bastille. Rendez-vous y est donné vers 17h pour écouter le discours du candidat devant les marches de l’Opéra.

« C’est Jean-Luc qui a eu l’idée d’une marche, pour marquer le début de la candidature officielle [le dépôt des candidatures est le 16 mars, NDLR]  » , précise Danièle Obono, une ancienne du NPA ayant rejoint le Front de gauche. Une manif organisé par un candidat à l’Elysée ? Du jamais vu pour une présidentielle…et l’événement le plus important en termes d’organisation depuis la création du Front de gauche. « Ça va être la réplique à Villepinte, expliquait cette semaine François Delapierre, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, dans un entretien au Monde . A eux, les salles confortables et les publics bien mis, à nous, la rue bouillante et tourbillonnante. A eux les symboles d'ordre et à nous ceux de la prise de la Bastille ».

### Emancipation

À « eux » les millions d’euros pour organiser les meetings géants, au Front de gauche… l’huile de coude et les bonnes volontés ! Loin des fastes des meetings des « grands » candidats, le « mini Villepinte » de Mélenchon doit faire avec un mini budget de 80 000 euros. Donc avec les moyens du bord…
Une vingtaine de militants présents dimanche viennent expressément de la Réunion. - Photo / Nicolas Portnoï
Depuis la semaine dernière, « l’Usine » s’est transformée en petite ruche où travaillent sans relâche des dizaines d’« ouvriers » bénévoles. L’ambiance y est détendue – au point que de la rue Chassagnole, on entend quelques sifflotements s’échapper du QG –, mais studieuse. Aujourd’hui c’est atelier « affiches et banderoles ». Vincent, graphiste qui a récemment pris sa carte, fait cette semaine ses premiers pas dans le militantisme. « C’est sympa de donner un coup de main… Il y a un esprit de liberté et d’efficacité » , dit-il tout en peignant avec application les contours d’une étoile dessinée sur une banderole.

« On laisse les militants inventer les slogans qui seront reproduits sur les panneaux » , commente Alain Gripoix, militant retraité reconverti pour l’occasion en « coordinateur matériel et déco », qui jure que la peinture utilisée pour les « sucettes » (ces pancartes tenues à la main par les manifestants) résistera à la pluie.

Dans le cortège, on devrait aussi voir un cercueil « pour enterrer la Ve République » , un petit train fait avec des caddies, trois chars sur lesquels se produiront comédiens et musiciens… Autre élément de déco à ne pas manquer, l’immense catafalque« Il y avait beaucoup de catafalques dans les manifs en 1936 » , indique Michel, en plein montage de l’échafaudage où sera accrochée une toile haute de plusieurs mètres de haut. 

Répétition générale

Dans un coin, Elsa, psychologue, découpe des cartons à décorer soi-même pendant le défilé. Elle participe par ailleurs à l’atelier « affiches » organisés près de chez elle, dans le 18e arrondissement de Paris. Tout un chacun peut y venir pour « combiner l’artistique et le politique , explique-t-elle.  A terme, notre but est d’organiser ces ateliers en pleine rue. Au fond, il s’agit de favoriser l’émancipation : on crée le message qu’on veut transmettre ».

Illustration - Avant le rassemblement dimanche, le Front de gauche prépare sa « prise de la Bastille »... « Le 18 mars, c’est comme une répétition avant la révolution citoyenne , ajoute Manuel Bompard, secrétaire national du Parti de gauche. La campagne du Front de gauche s’invente au jour le jour dans la mobilisation populaire. On se forme tous ensemble, on construit une culture commune, on essaie des pratiques militantes nouvelles » . Dimanche, entre Nation et Bastille, 800 bénévoles seront affectés à la sécurité, à la buvette, à la vente des livres… Une autre manière de mettre la main à la pâte.

En attendant, Manuel Bompard a dû gérer les autorisations en Préfecture – « ça s’est plutôt bien passé » – et surtout, le casse-tête des transports. Au total, 200 cars de toute la France, chacun ayant à son bord entre 50 et 70 passagers. Il y a aussi 200 à 300 personnes qui prennent le train en région, et même un train de 916 places spécialement affrété de Bordeaux, avec des places négociées à 60 euros. « Pour le co-voiturage, j’ai laissé les gens se débrouiller entre eux, par le bouche-à-oreilles ou sur les réseaux sociaux » , indique Manuel Bompard. Qui rapporte qu’un militant, salarié de Météo France, lui a certifié que la pluie tomberait durant la nuit samedi à dimanche, laissant ainsi les manifestants défiler au sec… Mieux vaut quand même prévoir son K-way dans le kit militant !  

Illustration - Avant le rassemblement dimanche, le Front de gauche prépare sa « prise de la Bastille »...


Photo : Nicolas Portnoï

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