Almamy Kanouté : candidat de la diversité des opinions

Candidat aux législatives à Fresnes sur une liste autonome, Émergence, Almamy Kanouté appartient à une génération de militants qui bravent les formations politiques traditionnelles. La gauche dans l’œil du viseur.

Erwan Manac'h  • 6 juin 2012
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Almamy Kanouté : candidat de la diversité des opinions

Un large sourire se dessine sous une épaisse barbe.  De celles qui effraient en politique et font pleuvoir les accusations d’extrémisme et de communautarisme. Une barbe grâce à laquelle, assure aussi Almamy Kanouté, les électeurs le reconnaissent facilement dans la rue.  « Il ne faut pas en avoir peur,  s’amuse l’intéressé qui a basé toute sa com’ sur un jeu contre les apparences *. Elle serait une coupe afro si je la portais sur la tête. »*  

Illustration - Almamy Kanouté : candidat de la diversité des opinions

Militant associatif de 32 ans, Almamy Kanouté, dit « Mam », sillonne seul la 7e circonscription du Val-de-Marne, mardi 5 juin après-midi. Il s’interrompt sans cesse pour saluer une connaissance, tendre un tract ou répondre à l’un de ses deux téléphones. Sans financement ni relais médiatiques, il s’est résolu à mener une campagne de terrain *, « à l’endurance ».*  

Se méfier des «mains tendues»

Enfant du quartier des Groux, Almamy Kanouté appartient à une génération de militants qui rejettent aujourd’hui les partis, toutes tendances confondues.  « Je ne crois plus le discours vieux de 30 ans qui tente de nous faire croire qu’on pourra changer les choses de l’intérieur » , balaye-t-il .  

Contre une politique jeunesse « inadaptée aux attentes » ; pour apaiser les tensions entre la police et la population ou mettre de la transparence dans la gestion des attributions de logements sociaux; il veut investir sous une bannière indépendante le « milieu pourri » de la politique. « J’ai eu du mal à l’accepter, je ne pensais jamais m’engager. Mais j’ai dû m’y résoudre », raconte-t-il. Entre le « clientélisme » et la promotion d’une « diversité de façade » , Almamy Kanouté se méfie beaucoup des « mains tendues »  :  

« Les élus identifient les acteurs des quartiers pour leur faire des offres au nom de la diversité. Mais en acceptant ces strapontins, on oublie nos bases de militants, nos valeurs. La vraie pipette en politique, c’est la rue. »   

La légitimité par le terrain

Après des études de mécanique de précision et plusieurs années de métier, il devient assistant d’éducation puis éducateur de rue, aujourd’hui en poste dans un club de prévention dans le 15e arrondissement de Paris. Son engagement, d’abord dans l’association «83e avenue» qu’il crée en 2002, se traduit en politique en 2008 pour les municipales, alors que sa liste « Fresnes à venir »  recueille 11,11 % des scrutins et le hisse dans l’opposition au maire socialiste Jean-Jacques Bridey .  

  • 1979 : naissance dans le 18e arrondissement de Paris.
  • 2002 : création de «83e avenue», association « interculturelle et intergénérationnelle » qui organise notamment des après-midi dansantes.
  • 2004 : son projet d’éducation « jeune en campagne » est mis en place avec un financement de la fondation Dexia.
  • 2005 : il s’engage pour les droits de victimes de l’incendie du boulevard Vincent Auriol, où près de 50 personnes ont trouvé la mort.
  • 2008 : il est élu conseiller municipal, en seconde place sur la liste « Fresnes à venir ».
  • 2010 : tête de liste Émergence aux élections régionales en Île-de-France.
Depuis, il creuse son sillon à Fresnes et alentour, profitant d’une popularité qui ne se dément pas localement. Lors des régionales en 2010, il dirige la liste Émergence, une « addition » de mouvements engagés dans d’autres villes dans la même démarche. Se présentant sous l’étiquette « Émergence » dans ces législatives, comme 8 autres candidats, il mène la bataille avec des moyens rudimentaires *. « Les médias ont les yeux rivés sur le match Mélenchon – Le Pen. Nous, on essaie de nous battre avec des armes en bois. »*   En face, le député sortant Richard Dell’agnola (UMP) croise le fer avec 11 candidats

Peu importe le score obtenu aux régionales (0,42 % – 12 240 voix) et les attaques des militants locaux qui l’accusent de semer la division ou le communautarisme. Almamy Kanouté veut croire que le temps aura raison du « plafond de verre » qui tient les militants de terrain loin des hémicycles. Il nourrit surtout la certitude que son passé de militant et d’éducateur lui donne la vraie légitimité pour accéder aux responsabilités. « On n’appelle pas à la révolution quand on n’est pas dans la rue,  tacle-t-il à l’endroit du Front de gauche.  Avant, c’était les communistes qui étaient dans les quartiers, proches des gens, dans toutes les structures d’éducation populaire. Où sont-ils aujourd’hui ? »  

Objectif : municipales 2014

Comme lui, des dizaines de candidats « autonomes » se présentent à travers la France pour les législatives, avec l’objectif de ramener les abstentionnistes dans le jeu démocratique. À Clichy-sous-Bois, Mohamed Mechmache, cofondateur du collectif AClefeu, est notamment candidat dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, pour le mouvement « Affirmation » (lire notre reportage sur le tour de France des militants d’AClefeu). Les associations du Forum social des quartiers populaires (FSQP) qui ont donné naissance, dans la difficulté, à la « Force Citoyenne Populaire » (FCP) le 3 juin, n’ont pas réussi à unir ces initiatives locales pour présenter les 50 candidats qui leur auraient permis de bénéficier d’un financement public national.

Il reste des divergences à dépasser et quelques écueils à éloigner.  « Je ne veux pas que les médias me catégorisent comme un candidat des quartiers,  s’inquiète notamment Almamy Kanouté, je suis le candidat de tout le monde  ». Les militants, qui jouissent parfois localement d’une forte popularité, ne sont pas tous prêts à hypothéquer cette renommée en fondant leurs organisations sous une bannière nationale. En attendant, Almamy Kanoute veut croire en son destin à Fresnes. Avec cette troisième candidature en 4 ans, il veut poursuivre son « apprentissage » . Faire un dernier tour de piste pour préparer les municipales de 2014. Un scrutin plus à sa portée.

Politique
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