Cher Alain Veinstein (À flux détendu)

Vous avez été pour moi un de ceux sur France Culture qui m’ont fait découvrir tout un pan d’une littérature contemporaine.

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Je m’adresse à vous pour la première fois. Excusez-moi de le faire seulement maintenant, quand les directions de Radio France et de France Culture viennent de supprimer votre émission, « Du jour au lendemain ». Je me contentais d’être un de ses auditeurs fidèles, et cela depuis qu’elle est apparue sur les ondes, il y a 29 ans. Pour ne pas même vous accorder une année supplémentaire – c’est-à-dire un trentième anniversaire –, il vous a été spécifié qu’à partir du 1er septembre « la grille de production des programmes frais de la chaîne s’arrêtera à minuit ». « Du jour au lendemain » débutant à 0 h 01… Un prétexte plus qu’une raison. On n’a pas eu toutes les franchises. On ne vous a pas dit qu’à 71 ans il fallait faire place nette à des voix plus à la mode. On ne vous a surtout pas parlé de la littérature que vous défendiez, celle que vous qualifiiez à juste titre de « littérature de nécessité et d’urgence » dans votre ultime émission, le 4 juillet, interdite de diffusion mais accessible sur le site de France Culture. Ce que je veux vous dire, c’est ceci : vous avez été, pour moi qui, il y a trente ans, étais un jeune homme peu doté culturellement et sans lien avec ce qui s’écrivait alors, un de ceux sur cette chaîne (avec Pascale Casanova) qui m’ont fait découvrir tout un pan d’une littérature contemporaine. Une littérature avide de se penser elle-même, liée à la modernité, critique et inventive, et bien sûr minoritaire. J’ai entendu chez vous mille auteurs, dont les livres de certains me sont aujourd’hui familiers, que vous interviewiez comme nul autre. Car c’était aussi cela, « Du jour au lendemain », une émission de silences, de formulations tâtonnantes pour dire au plus juste, une attention à la pensée en train de se déployer, souvent sans filet, aux antipodes du discours calibré promotionnel. Je vous écoutais alors sans savoir que, quelques années plus tard, je deviendrais critique littéraire. Vous l’aurez compris : c’est un peu grâce à vous.


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