Artiste et délinquant ? (« À flux détendu »)

Bernard Rancillac aurait « vandalisé » son propre tableau.

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Hommage à Picasso. C’est un tableau exposé en Belgique, à la galerie de la Patinoire royale, dans une exposition organisée par l’ex-ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon sur les peintres de la Figuration narrative. Soudain une main s’en approche munie d’un feutre, qui écrit « Ceci est un faux » et signe : « BR ». C’est-à-dire les initiales… de l’auteur présumé du tableau, Bernard Rancillac ! Voilà qui n’est pour le moins pas banal. Le 9 juin, Bernard Rancillac a en effet commis ce geste parce qu’il prétend qu’ Hommage à Picasso, peint en 2003, n’est pas de lui mais de sa compagne d’alors. Laquelle l’a vendu à un collaborateur de l’artiste qui l’a lui-même revendu au galeriste Constantin Chariot, le directeur de la Patinoire royale. Or, des photographies et des vidéos, prises par l’ex-compagne, montrent Bernard Rancillac en train de peindre ladite toile. Démêler le vrai du faux dans cette affaire est hasardeux. Ce qui est sûr, c’est que si la toile est réellement de sa main, Bernard Rancillac a commis un acte illégal en la vandalisant. Seulement voilà : le peintre a été traité ce jour-là comme un dangereux « délinquant » – c’est le mot que la police a prononcé à son encontre. Photos judiciaires, empreintes digitales, fouille au corps et six heures de garde à vue. On imagine l’état du vieux monsieur – Bernard Rancillac a 83 ans – quand on lui a enfin permis de quitter le commissariat. Jean-Jacques Aillagon et Constantin Chariot ont eu, quant à eux, des propos peu amènes, l’un des deux le traitant de « sénile ». Il est curieux d’organiser une exposition intitulée « La résistance des images » et d’attendre des artistes qu’ils se conduisent comme des banquiers ou des employés de bureau. Bernard Rancillac a toujours été réfractaire, excessif, inattendu. Même s’il se trompe, il ne mérite ni la violence ni la goujaterie.


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