Dossier : L'Amour au temps du libéralisme

L’amour dans la société de consommation

En deux générations, les frontières physiques et psychiques ont éclaté. Exposé à la tentation perpétuelle d’un « ailleurs » toujours plus enviable, le couple explose, mute et se réorganise.

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Il faut revoir les films de Raymond Depardon sur la France paysanne pour se souvenir de ce temps pas si lointain où l’on rencontrait son époux ou son épouse à quelques mètres de chez soi. Un temps où voyager était si rare (et si long) que l’horizon du couple se limitait à une vie de labeur au sein de la ferme familiale. En deux générations, la mondialisation, les nouvelles technologies de communication et la société de consommation ont tout emporté sur leur passage. Les frontières physiques ont éclaté. Les frontières psychiques et sentimentales aussi. Exposé à la tentation perpétuelle d’un « ailleurs » toujours plus enviable, le couple explose, mute et se réorganise. En quinze ans, le nombre de célibataires a presque doublé. Et on ne sait plus où donner de la tête sur ce grand « marché de l’amour » dont Michel Houellebecq souligne qu’il a ses « winners » mais aussi ses exclus. Dans cet infini des possibles, comment faire le « bon » choix ? L’aspirant à l’amour du XXIe siècle se voit condamné à se lancer dans cette quête erratique du « grand amour » sur laquelle prospèrent les sites de rencontre ou la télé-réalité. L’inénarrable « Tournez manège » des années 1990 a laissé la place à ces émissions de dating qui mettent en scène ad nauseam la rencontre entre partenaires : non loin du flanc des vaches (« L’amour est dans le pré »), plongés dans le noir (« L’amour est aveugle »… mais le télespectateur-voyeur voit, lui, en infrarouge !) ou bien nus comme des vers (« Adam recherche Eve ») ! Étranges miroirs de notre société…


Photo : QUATRE MARIAGES et UN ENTERREMENT
(1994, Mike Newell, avec Hugh Grant et Andie MacDowell)
« J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main… » Ces mots de Brassens pourraient servir de morale à ce marivaudage où un trentenaire so british craque pour une belle Américaine déjà fiancée.
Archives du 7e Art/Photo12/AFP

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