Loi Travail : «La mobilisation va grandir»

La version “corrigée” du projet de loi Travail présentée par le gouvernement lundi est encore loin de satisfaire William Martinet, président de l’Union national des étudiants (UNEF).

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Entre 240 000 et 500 000 personnes sont descendues dans les rues le 9 mars pour s’opposer au projet de loi réformant le code du travail. Pour la première fois depuis la mobilisation lycéenne en 1990 sous François Mitterand, un gouvernement de gauche a proposé une rencontre aux organisations jeunesse. Une concertation qui n’aura pas pour autant permis de résoudre le conflit sur ce projet de loi, dont le texte sera en Conseil des ministres le 24 mars.

Si le gouvernement a reculé sur certains points du texte comme le temps de travail des apprentis mineurs ou le plafonnement des indemnités prudhommales, sa réécriture n’a pas convaincu William Martinet, président de l’Union national des étudiants de France (Unef). Celui qui dénonce « un dialogue de sourds » aboutissant à des corrections qu’il qualifie de « bricolage », appelle les jeunes à continuer la mobilisation. Entretien.

Qu’est-ce qui ressort pour vous de ces cinq jours de concertation avec le gouvernement sur le projet de loi Travail ?

William Martinet : Dans le principe, c’est compliqué d’expliquer qu’en si peu de jours, on va produire un projet de loi qui va déterminer la vie de millions de gens sur le marché du travail, et l’avenir de toute une génération. Forcément, le résultat ne peut qu’être du bricolage. Nous avions déjà dit, le 11 mars à Manuel Valls, que 5 jours de concertation seraient insuffisants. De toute façon, sur le fond, cet échange entre le gouvernement et les organisations jeunesse est un dialogue de sourds. Suite aux annonces du 14 mars, on voit que le gouvernement a reculé sur certains points comme le temps de travail des apprentis mineurs ou le plafonnement des indemnités prudhommales. C’est une bonne chose, et il l’a fait sous la pression de la mobilisation. Sauf qu’au delà, ce projet de loi reste un projet qui va précariser les jeunes sur le marché de l’emploi. Les accords d’entreprise vont permettre, pour ceux qui sont déjà dans l’entreprise, de baisser la rémunération des heures supplémentaires et faciliter les conditions de licenciement si jamais un salarié n’accepte pas ces modifications de son contrat de travail. Dire à un employeur qu’il va pouvoir faire travailler ses salariés plus longtemps, tout en pouvant les rémunérer moins s’ils font des heures de plus, je ne vois pas en quoi cela va les pousser à recruter. C’est tout le contraire.

Nous entendons le premier ministre parler de « mesures jeunes » dans ce projet, mais on attend encore de les voir. Il a parlé de l’universalité de la garanti jeunes, que nous avions demandé, mais sans aucun financement derrière. Ca restera donc un effet d’annonce. Qu’est-ce qui, dans ce projet de loi, va permettre que nos diplômes seront reconnus dans les entreprises, et qu’on ne sera pas payé au smic après un bac + 5 ? Ces autres contre-propositions que nous avons soumises au gouvernement sont passées à la trappe.

Vous êtes pour le retrait pur et simple de cette loi, mais vous ne seriez pas contre une modification du code du travail s’il était réalisé en concertation avec les organisations jeunesse, sur une plus longue période ?

Bien sûr, vu le niveau de chômage des jeunes et celui de leur précarité, le statut quo n’intéresse pas grand monde. Pourtant c’est la critique qu’on nous renvoie parfois, ce qui est incroyable. Pendant des années, on a demandé que les choses changent auprès du ministère du travail, ils ont toujours refusé d’écouter nos propositions. Aujourd’hui, un projet profondément régressif nous tombe sur le nez et, parce qu’on le refuse, on deviendrait ceux qui défendent le statut quo ? Cela ne tient pas.

Quelles sont les principales inquiétudes des étudiants vis-à-vis du travail qui remontent auprès de l’Unef ?

C’est autant le chômage que la précarité, parce que les deux sont indissociables. Pourquoi un employeur se permet d‘employer un jeune par le stage, l’intérim ou le CDD avant de lui faire espérer, peut-être, un CDI sans reconnaître ses qualifications et en continuant à le payer au Smic ? Parce qu’il y a un chômage très important et que les jeunes sont sous pression lorsqu’ils se présentent devant leur employeur. Nous contestons le fait de ne pas avoir d’autres solutions qu’un tunnel de précarité pour pouvoir accéder à l’emploi. Qu’il faille précariser les jeunes pour qu’ils acceptent plus facilement un emploi, c’est une théorie à laquelle on ne croit pas. Ce « bizutage social » a été accepté de gré ou de force ces dernières années, pourtant le chômage est toujours aussi élevé. Or, on nous propose d’aller encore plus loin : désormais, même en CDI dans une entreprise, on continuera à être précaires. C’est une fuite en avant vers toujours plus de précarité, sous prétexte de réduire le chômage.

Vous attendez vous à une forte mobilisation jeudi ?

Du côté des jeunes et des lycéens, la mobilisation va grandir. Jeudi, c’est un peu particulier parce que les syndicats professionnels n’ont pas appelé en tant que tel à la mobilisation. Je ne sais pas quelle sera celle des salarié, mais l’objectif est que le nombre d’étudiants et de lycéens dans la rue augmente. On était 100 000 à Paris la semaine dernière, il faut être plus nombreux cette semaine. La concertation décidée par le gouvernement avec les organisations jeunesse est le résultat de la mobilisation des jeunes, nous pouvons donc avoir un réel poids.


Photo : THOMAS SAMSON / AFP

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